Possessions templières d'après le Procès   Maisons du Temple dans les Baillages de France   Possessions templières d'après le Procès

Liste des Maisons du Temple et de quelques dignitaires d'après les pièces du Procès

Les Baillages du Temple en France et en Orient
Champagne, Marne, Haute-Marne, Lorraine
France, Seine-et-Marne, Picardie, Loiret, Marne
Bourgogne, Lyonnais
Phonthieu, Vermandois, Beauvaisis
Orient

Maisons du Temple en Orient   (Palestine et Syrie)
Lors de la chute du Temple, le convent des Templiers avait son siège en Chypre, en face même de cette côte de Syrie, dont il s'était vu chasser, mais non sans espoir de retour. Il y avait, d'ailleurs, tout au plus une quinzaine d'années qu'avait eu lieu le triste exode, et les Templiers et les Hospitaliers en choisissant l'île de Chypre comme nouvelle résidence, avaient sans doute gardé le secret espoir de pouvoir bientôt se rapprocher des Lieux-Saints. Mais la male chance voulut que la cause du Christ fût vaincue, et avec elle celle du Temple.

Les Templiers avaient donc possédé des maisons fortifiées sur tout le littoral depuis la petite Arménie jusqu'à l'Egypte, en passant par Antioche, Tripoli et le royaume de Jérusalem. Nous avons vu déjà que le grand-maître Guillaume de Beaujeu avait trouvé la mort en 1291, lors de la prise d'Acre, et que les survivants du Temple avaient dû se réfugier en Chypre ; mais il ne faudrait pas croire que les Templiers aient dès lors renoncé à toute tentative d'offensive.

Une fois, au moins, ils purent croire le moment favorable, alors que les Chypriotes, profitant de la défaite du sultan d'Egypte par les Tartares Mongols (24 déc. 1299), avaient débarqué à Rosette. Le roi de Chypre s'était mis à la tête de l'expédition dont les Templiers faisaient partie sous la conduite du grand-maître. Celui-ci se trouvait précisément à Famagouste, lorsque la nouvelle de la défaite des Sarrasins était parvenue en Chypre. Après Acre, ce fut Tortose et son îlot qui furent repris par les Croisés et occupés comme par le passé ; cette illusion de la conquête dura à peine deux ans. Dans le courant de l'année 1302 se produisit à nouveau le désastre et le retour des survivants à Famagouste.

C'était là, pour les Templiers du moins, un fâcheux prélude, si l'on songe que, dès 1305, des bruits étranges, venus on ne sait d'où, circulaient déjà sur le fait des Templiers ; mais l'Ordre qui se savait à l'abri de tout soupçon ne s'en inquiéta pas et mal lui en prit.

Même en se reportant à l'année 1291 et aux années un peu antérieures, il ne devait pas manquer, dans le cours du procès, de frères du Temple ayant séjourné non seulement en Chypre, mais encore à Sidon ou à Acre. D'une manière générale, on peut même dire que la plupart des chevaliers du Temple interrogés avaient été outre mer, sans compter un grand nombre de frères sergents. Néanmoins, les allusions faites par eux au temps où ils avaient pu séjourner en Syrie sont assez restreintes.

Il y avait donc eu jadis un précepteur de la Terre d'outremer, dont l'autorité avait dû s'étendre sur toutes les maisons du Temple, de l'Arménie à l'Egypte. Vers 1285, ce précepteur n'était autre que frère Thibaud Gaud ou Gaudin, lequel fut grand-maître, et que le Procès nous montre assistant, comme précepteur d'Outre-mer, à un chapitre du Temple tenu à Acre.

Sans doute Thibaud Gaud, appelé aussi le moine Gaud, était-il déjà le précepteur de la Terre d'outre-mer vers l'an 1279, alors qu'étant venu à Paris, il avait eu occasion de procéder à une réception en la maison du Temple, « per quemdam fratrem vocatum monachum Gaudi, preceptorem terre Ultramarine. Thibaud fut, croyons-nous, le dernier de ces précepteurs.

Passons maintenant à l'énumération des maisons du Temple d'outre-mer. Nous suivons l'ordre géographique, en allant du nord au sud.
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Château-pèlerin Royaume de   (Jérusalem)
— La maison du Temple du Château-pèlerin, aujourd'hui Athlit se trouvait située au sud d'Acre. Un frère sergent du Temple originaire d'Auvergne et qui avait été « portenarius dicti Castri Peregrini », c'est-à-dire chargé de la garde des portes de cette ville forte, avant de solliciter l'habit du Temple « societatem ordinis Templi », aurait été reçu, vers le mois de juin 1286, dans la maison du Temple du Château-pèlerin, par le frère Thibaud Gaud, chevalier « Theobaldo Galdi milite », alors précepteur dudit lieu, mais plus exactement précepteur de la Terre d'Outre-mer et, par conséquent, du Château-pèlerin.

Un chevalier du Temple, reçu vers l'an 1270, interrogé le lundi 19 avril 1311, raconte qu'il serait allé outre mer et qu'il aurait séjourné notamment quatre mois au Château-pèlerin. Cette maison du Temple est encore mentionnée dans ces deux extraits du Procès : « duo fratres ordinis commorantes in Castro Peregrini » et « quidam preceptor Castri Pelerini, de partibus Cirye (sic). »

On trouvera dans les Documents concernant les Templiers, publiés par M. J. Delaville Le Roulx, pièce21, le nom d'un précepteur de cette maison en 1262, frère Guillaume « de Vanoz, chastelain de Chastel-Pelerin. »

Pour plus d'informations sur Château-Pèlerin, voyez : G. Rey, Etude sur les monuments de l'architecture militaire des croisés en Syrie et dans l'île de Chypre.
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Cherokitia Royaume de   (Chypre)
— Le précepteur de Brindisi déjà nommé, au temps où il était en Chypre, aurait été envoyé par le grand-maître, comme « visitator seu gubernator domus Templi que dicitur Circhothia juxta civitatem Limissoni ad 6 leugas. » On retrouve le nom de cette maison du Temple dans la déposition d'un chevalier séculier, qui, en raison de ses pérégrinations, s'était souvent trouvé en contact avec les Templiers : « in Gyria (sic) et in Cypro in Nicossia post captioonem Templariorum, apud casale de Heroquitia [alias Chierochitia]. »
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Famagouste Royaume de   (Chypre)
— Un chevalier du Temple français, frère « Gavanus », ou « Galvanus de Raval », aurait été reçu, vers 1302, en la maison du Temple de Famagouste par le frère Jacques de Molay, maître de l'Ordre, en présence du frère Rambaud de Caromb, grand-précepteur dudit Ordre, du frère « Dalmare de Tymono », turcoplier, et du frère Etienne de Saffed, prêtre. »

L'existence du Temple de Famagouste est encore affirmée par le récit d'un prêtre étranger à l'Ordre, qui était, en 1310, trésorier de l'église de Beirout « Paschalis presbyter thesaurarius Barutensis » et qui, habitant Famagouste, y avait coudoyé les Templiers. Or, jamais il n'avait remarqué en eux quoi que ce soit qui fût à reprendre.
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Historique du royaume de   (Chypre)
L'arrivée et l'établissement des Lusignan dans l'île.

Lorsqu'en 1192 Guy de Lusignan achetait Chypre à Richard Coeur de Lion, personne ne pouvait soupçonner l'importance, mais aussi le rôle essentiel que jouerait cette transaction dans le destin de Chypre, ou encore dans celui de la dynastie des Lusignan.

Mais voyons les choses par le commencement. En 1191, le gouverneur de Chypre, alors province de l'Empire byzantin, était l'usurpateur Isaac Comnène, qui s'était autoproclamé empereur de l'île qu'il gouvernait depuis 1184. Partant pour la Troisième Croisade, Richard Coeur de Lion prit la mer avec son armée pour aller libérer Jérusalem, alors aux mains du Sultan d'Egypte Saladin. Certains des vaisseaux de sa flotte, y compris celui qui transportait sa fiancée Bérengère de Navarre, essuyèrent une tempête et s'échouèrent sur les côtes de Chypre. Isaac Comnène refusa d'approvisionner le vaisseau de Bérengère en eau et en vivres. Richard considèrent qu'Isaac avait insulté sa fiancée, et saisit ce prétexte pour conquérir l'île. La conquête de Chypre par le roi d'Angleterre était dès lors passée dans les faits. Richard, une fois qu'il eut pillé le pays, décida qu'il n'avait aucun intérêt à le gouverner.

Tout d'abord il vendit l'île aux Templiers, qui gouvernèrent le pays en essayant d'exploiter ses richesses naturelles et ses produits. Après la révolte des habitants de Nicosie, à Pâques de 1192, les Templiers restituèrent l'île à Richard. Posséder une base à Chypre leur suffisait pour qu'ils pussent exploiter l'île. Richard revendit immédiatement l'île au roi de Jérusalem, Guy de Lusignan.
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La Roche-Guillaume   (petite Arménie)
Un Templier, syrien sans doute, Pierre de Tripoli, frère sergent, aurait été reçu, vers 1288, par le frère Simon de « Farabello », précepteur en Arménie, en la maison du Temple sise en ce pays « que est in Rocca Guillelmi. » Il y avait là un prêtre de l'Ordre, d'origine anglaise, frère Guillaume.
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Limisso Royaume de   (Chypre)
— Limisso ou Limassol fut choisie par les Templiers comme chef-lieu de l'Ordre, comme résidence habituelle du convent : « Nimotii in domo Templi ubi conventus residebat. »

Probablement les rois de Chypre se remémorant les origines de la milice du Temple à Jérusalem, offrirent-ils une partie de leur palais aux Templiers. On trouve, en effet, dans le Procès, non seulement un précepteur du Temple à Limisso, peut-être celui connu sous le nom de précepteur des chevaliers, mais encore des frères sergents, précepteurs du palais à Limisso.

En Chypre, comme en France, les Templiers furent arrêtés : « fratres Templi detentos apud Nimocium » ; mais ils ne furent mis ni à la question ni à la torture. Interrogés en 1310, ils parurent tout aussi étonnés que leurs juges de ce malheureux procès dont la véritable cause ne soit pas encore bien connue.

Le précepteur « de la maison du Temple et de la terre en Limisso », en 1307, était un chevalier français, frère Jacques de Domarin ou Dommarien ; reçu vers 1295 en la maison du Temple de Dijon a, il devait être en Chypre dès l'an 1300, car l'un des témoins étrangers au Temple, habitant l'île et qui fut interrogé en 1310 en cette île, y aurait vu, dix ans auparavant, le frère Jacques de « Don Marin », depuis précepteur de la maison du Temple de Limisso « in Nimocio. »

Ajoutons que Jacques aurait assisté, vers 1307, à une réception faite au Temple de Nicosie : « frater Jacobus de Doymalin, preceptor terre in Nimotio. »

Outre ce précepteur de Limisso — en France, on aurait dit de la baillie de Limisso, — il y aurait eu concurremment des précepteurs du palais en Limisso ; si nous ne nous abusons, ces frères, tous sergents du Temple, n'auraient été que les « dispensatores » du palais du roi. C'est d'abord frère « Johannes de Lisivis, sergens, olim preceptor palatii in Nimocio » ; il aurait été reçu vers 1303 en une maison picarde qui n'est point désignée, mais qui pourrait bien être celle d'Oisemont, par frère Guérin de Grandvilliers, alors précepteur du Temple en Ponthieu.

Il y avait aussi un certain frère Martin de Laumusse, ainsi appelé du nom d'une maison du Temple, voisine de Mâcon, où il avait été reçu Templier vers 1291 ou 1292 : « frater Martinus de Lamussa (alias Lamissa), sergens, olim preceptor palatii de dicto ordine Templi. »

Enfin, un troisième précepteur du nom de Jean, sans doute anglais d'origine « frater Johannes Anglicus, olim preceptor palatii, sergens », avait été reçu en Pouille, au Temple de Barletta, vers l'an 1300.

Le nom du dernier chapelain du Temple de Limisso nous est également connu ; il se nommait frère Etienne de Saffed : « frater Stephanus de Saffect [alias Sapheth], presbyter prior domus Templi in Nimocio. »

Quant aux réceptions qui avaient pu avoir lieu en cette maison de Limisso, il y eut celle faite vers 1303 ou 1302 par le maître de l'Ordre, Jacques de Molay, d'un servant, « frater Abraham de Castro albo, Tripolitani diocesis, faber serviens ordinis », à la profession duquel aurait assisté frère Aimon de « Osiliers », maréchal du Temple.

Jacques de Molay aurait encore procédé, « in capella domus Templi de Limasso », en 1304, à la réception d'un chevalier italien Antonio, neveu du frère du Temple Hugucio de Verceil, qui était camérier du défunt pape « Hugucionis de Vercellis cubicularii quondam domini pape » et à celle du frère sergent Jacques de La Rochelle, qui était au service du grand-maître. Il y avait là plus de cent vingt frères, parmi lesquels le précepteur de Chypre, frère Raimbaud de Caromb, chevalier. Tous ces frères du Temple étaient sans doute venus assister à l'un des chapitres, dont parle, par exemple, le précepteur du Temple de Brindisi, alors qu'il raconte avoir assisté outre mer au convent de l'Ordre du Temple, qui se tenait alors à Limisso en Chypre.

Enfin, le frère servant préposé aux harnais et animaux du grand-maître, interrogé le 21 octobre 1307, dit qu'en 1305, entre la Pentecôte et la Saint-Jean-Baptiste, il aurait séjourné à Limisso « in Cipro, in villa de Limecon. »

Précepteur de Limisso : 1307, frère Jacques de Domarin, chevalier.

Précepteurs du palais :
1307, frère Martin de Laumusse, sergent ;
1307, frère Jean « de Lisivis », sergent ;
1307, frère Jean L'Anglois, sergent.
Prieur ou chapelain : 1307, frère Etienne de Saffed.
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Nicosie ou Leucosia Royaume de   (Chypre)
— Nous avons dit plus haut que les Templiers avaient dû avoir des maisons dans l'île de Chypre avant l'année 1291, et notamment à Nicosie, en nous basant sur ce fait qu'un chevalier aurait été reçu Templier vers 1288, en cette ville, en présence de cinq ou six frères du Temple. Quoi qu'il en soit de notre supposition, la maison de Nicosie « Nicossie in domo Templi, fratres Templi Nicosie in ecclesia Templi » aurait été très importante ; c'est ainsi que le dernier précepteur du Temple de la Fouillouse, avait assisté à un chapitre général à Nicosie.

Il y aurait eu à ce chapitre environ quatre cents frères, parmi lesquels Jacques de Molay, qui même avait pris la parole. C'était l'année de la prise d'Acre.

Vers 1293, le précepteur de la maison était un chevalier, frère Baudouin de « Ardan », lequel aurait reçu en celte année un frère sergent messin, Gérard « de Pasagio », frère Jean, clerc, étant clavaire.

Le prieur ou chapelain du Temple de Limisso, Etienne de Saffed, déjà nommé, avait été reçu vers 1295 en la maison de Nicosie par le grand-maître Jacques de Molay, dont nous constatons à nouveau la présence dans cette ville en 1302 ou 1303. Cette fois il est assisté d'un frère « socius magistri », un picard nommé Geoffroi. Puis, c'est un chevalier du Temple qui aurait été reçu en 1307 par frère Aimon, maréchal de l'Ordre, remplaçant le grand-maître, en présence du précepteur de Limisso et du frère Bertrand [alias Barthélemi], turcoplier. Il est aussi fait mention dans le Procès de Chypre d'un prêtre chapelain de la maison du Temple de Nicosie, qui s'appelait Gui.

La chapelle de cette maison possédait, d'ailleurs, des reliques fameuses, parmi lesquelles le chef de Sainte-Euphémie. C'est le précepteur du Temple de Brindisi qui se charge de nous l'apprendre, lorsque, questionné sur les prétendues idoles, inventées par les ennemis du Temple, il répondit n'avoir jamais vu que le chef orné d'argent qui contenait la tête de sainte Euphémie, en l'église du Temple de Nicosie « Nichosie insule Cipri. » D'après le même, une autre tête renfermée dans un reliquaire ou chef orné d'argent était aussi gardée dans le trésor du Temple, proche la chapelle de la maison, mais cette relique n'était qu'un gage donné aux Templiers par l'abbé du « Templum Domini » à Jérusalem.

Les mentions de personnes étrangères à l'ordre du Temple, qui avaient pu se rendre compte par elles-mêmes de la piété des frères du Temple ne sont pas rares dans le Procès de Chypre, soit à Nicosie, soit à Limisso : « in Nicossia et in Nimocio ita devotos esse in eorum ecclesiis. » L'un a vu le frère Jacques de Domarin et le frère Aimon, maréchal de l'Ordre, communiant dans l'église du Temple de Nicosie ; un autre, un certain Jean Le Frison « Frisoni », prêtre de Nicosie, qui avait été clerc de la maison du Temple de cette ville pendant quatre années, dit avoir connu un Templier et avoir servi de chapelain : « stetit cum fratre Petro Drudo, tunc fratre domus Templi et balivo secrète Nicosiensis ecclesie, 8 annis pro suo capellano. » C'est à ce titre qu'il eut occasion de le confesser et de lui donner la communion.

Précepteur de Nicosie : vers 1293, frère Baudouin de « Ardan », chevalier.
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Royaume de Chypre   (Chypre)
— L'île de Chypre se trouvait être située à peu près en face de Tortose où les Templiers avaient eu une maison, et l'on sait que l'ordre du Temple, forcé d'abandonner à la hâte toutes ses possessions de Syrie, était venu s'y réfugier dans le courant de l'année 1291. Chypre ne devait pas être cependant une terre inconnue pour eux, et, selon toute vraisemblance, les Templiers n'avaient pas dû arriver à cet échec final sans avoir songé dès longtemps à s'établir dans l'île. Un chevalier du Temple, limousin, aurait d'ailleurs été reçu, vers l'an 1288, en la maison du Temple de Nicosie : « in Cipro in civitate Nicosiensis (sic) », par le précepteur de Chypre, frère Bertrand « de Fossa », en présence de cinq ou six frères. Si donc la date indiquée est exacte, la question se trouve tranchée par là-même.

Limisso devint le chef-lieu de l'Ordre et Nicosie et Famagouste eurent leurs maisons du Temple, celle de Nicosie tout au moins, paraissant exister déjà, ainsi qu'il vient d'être dit. Les fonctions de précepteur de la Terre d'outre-mer, ou grand-précepteur du Temple, ayant cessé brusquement ; il semble que le précepteur de Chypre l'ait remplacé. Ce grand-précepteur de Chypre était, en 1307, un chevalier du Temple, provençal, frère Rambaud ou Raimbaud de Caromb : « Raymbaudus de Caron » « Ranbaldus de Ciaren. » Reçu jadis en la maison de Richerenches (11), ce personnage était précepteur de Chypre au moins en 1302, car il aurait assisté comme tel à cette époque à une réception faite par le grand-maître à Famagouste.

Précepteurs du Temple en Chypre :
Vers 1288, frère Bertrand de la Fosse ;
Vers 1302-1307, frère Rambaud de Caromb, chevalier.
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Royaume de Jérusalem.   (Temple)
— Bien que la maison du Temple de Jérusalem fût la première en date de toutes les maisons de l'Ordre, il ne pouvait en être question en 1307, cette ville étant alors depuis longtemps perdue pour la chrétienté. Cependant il est parlé dans le Procès du précepteur du Temple pour le royaume de Jérusalem, ainsi que du drapier ou sous-maréchal : « fratrem Symonem de Turri, preceptorem regni Jerosolimitani, fratrem Guillelmum, draperium et permarescallum Ordinis illarum partium. » Mais Simon de la Tour fut-il bien précepteur du royaume de Jérusalem, pour le Temple ? Ce qui n'est pas douteux, c'est qu'il fut châtelain (commandeur) de la maison du Temple de Safed ou Safet, en 1262, et peut-être jusqu'à la perte de cette place forte (1266). Quant à Guillaume, alias « Guillaume de de Malai », ou « Malay », il tenait lieu de maréchal, en 1262, et le fut effectivement à la fin de cette même année.
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Saint-Jean d'Acre Royaume de   (Jérusalem)
— Dans l'histoire du Temple, on ne peut parler de cette ville sans que ce nom évoque presque aussitôt le souvenir de la défaite du grand-maître Guillaume de Beaujeu, qui, blessé mortellement, ne devait pas survivre à la prise de cette place (mai 1291). On sait que les Templiers qui purent échapper au massacre, se retirèrent dans l'île de Chypre : « post destructionem Acon, cum esset in Chipro », ainsi s'exprime dans le Procès un chevalier du Temple, limousin. Quant à ceux qui périrent, ils n'auraient pas été moins de 300 : « en temps du frère G. de Berninet [sic, pour Beaujeu], nostre maistre, que mori en Acre à mers, IIIe frères qui morirent aveque li en Acre. »

Les noms de ces héros resteront pour la-plupart à jamais ignorés, le hasard seul en ayant sauvé quelques-uns de l'oubli : tel, ce frère sergent du Temple, originaire d'Auvergne, qui avait nom Guillaume Guinamant et qui fut tué lors de la prise. »

La maison du Temple d'Acre devait être considérable, car c'est-là, croyons-nous, qu'était alors le chef-lieu de l'Ordre « ad domum Templi Aconensis », « in Ancon a fratre Guillelmo de Bellojoco, tunc Magistro ordinis in domo Templi. » Ainsi dans deux actes datés de cette ville (1262), se trouvent mentionnés, outre le commandeur de la maison frère Gonsalve Martin, le grand commandeur frère Amauri de La Roche, le maréchal, le drapier, le commandeur des chevaliers et le turcoplier, en un mot les dignitaires de l'Ordre. Comme toutes les maisons du Temple elle possédait une chapelle : « ad ecclesiam domus templi Aconensis. »

Une des plus anciennes réceptions faites à Acre, d'après le procès, aurait eu lieu vers 1279 ou avant, suivant la déposition d'un Templier détenu, faite en 1311 « sunt 32 anni et amplius » ; c'était à l'occasion d'un chapitre du Temple (in pleno conventu) tenu par le frère Thomas Bérard, alors grand-maître de l'Ordre. En réalité, cette date de 1279 ne serait pas exacte, et il faudrait se reporter au plus tard à l'an 1273, Thomas étant mort le 25 mars de cette année d'après la Chronique du Templier de Tyr. Thibaud Gaud ou Gaudin, qui fut dans la suite grand-maître, était parmi les frères présents, et il est permis de supposer que Thibaud était peut-être alors précepteur de la maison, car le notaire Antonio Sici le donne comme tel, alors que, se reportant à cette lointaine époque, il cite, au fur et à mesure de ses souvenirs, le grand-maître, « fratrem Guillelmum deBellojoco transfretatum in domo Anconitana », le prieur ou chapelain de la maison, Antoine, natif de Syrie, et le frère Thibaud, dit le moine Gaud, précepteur d'Acre « fratrem Theobaldum dictum Monnegaudi, preceptorem Anconitanum. »

Thibaud n'était plus précepteur d'Acre vers 1285, lors de la réception d'un chevalier du Temple provençal, survenue à l'occasion d'un chapitre tenu par le grand-maître Guillaume de Beaujeu et ce, en présence de Thibaud Gaud, devenu précepteur de la terre d'Outremer, de Jacques de Molay, du frère Pierre de « Severi », drapier, du frère Pierre de « Montade », précepteur d'Acre et du frère Florent « de Villa », compagnon du grand-maître.

Pierre de Montade (alias Moncade), commandeur du Temple d'Acre, fut tué lors de la prise de Tripoli par le sultan Malik el-Mansour et les Sarrasins, le 26 avril 1288 (Le Templier de Tyr, pp. 235 et suiv.).

Précepteurs d'Acre :
En 1262, frère Gonsalve Martin ;
Sans date, frère Thibaud Gaud, dit le moine Gaud ou Gaudin, chevalier ;
Vers 1285, frère Pierre de Montade.
Prieur ou chapelain : Frère Antoine de Syrie.
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Sidon Royaume de   (Jérusalem)
— Le dernier précepteur de la maison du Temple de Sidon, fut ce frère Adémar de Peyrusse chevalier, originaire du diocèse de Rodez, lequel aurait été tout d'abord précepteur du Temple de Tortose et qui serait venu à Sidon vers 1286. Son prédécesseur aurait été également un français ; en effet, le notaire italien déjà cité, Antonio Sici, qui avait été longtemps au service du Temple, tout en n'en faisant pas partie, se souvenait du précepteur du Temple de Sidon (in Sydonensi villa), lequel était alors un picard, frère Mathieu dit le Sarmage, ainsi que du précepteur des chevaliers, frère Philippe, du gonfalonier (cofalonerius erat quidem magister famulorum et vocabatur Symon) et même du compagnon (socius) du précepteur de Sidon, frère Geoffroi, qui aurait été plus tard maître de l'Ordre (Joffridus, qui postea fuit magister ordinis). Ce dernier souvenir n'est pas tout à fait exact, Geoffroi n'ayant été en réalité que le second de Jacques de Molay. Voir ci-dessus ; à moins qu'il ne s'agisse de Geoffroi de Vichiers, le visiteur de France.

Le dernier précepteur du Temple de La Fouillouse, au diocèse de Clermont, qui avait été outre-mer, et principalement à Sidon où il était resté cinq ans, nous apprend, dans son interrogatoire, qu'il aurait vu recevoir, vers 1286, au Temple de cette ville, par le précepteur Adémar de Peyrusse, un chevalier flamand nommé Guillaume. Il aurait assisté, deux ans plus tard, à la réception faite en cette même maison de Sidon, par son précepteur Adémar, d'un certain Durand Lastic, frère sergent originaire d'Auvergne, lequel devait être détenu plus tard à Riom. Il y avait alors (vers 1288), en la maison du Temple, plus de quatre-vingts frères.

Enfin, Adémar était encore précepteur du Temple de Sidon en 1291 car un Templier qui se trouvait être du même pays que ce précepteur, Bertrand Guasc, dit avoir été reçu l'année même où Acre fut perdue, en la chapelle du Temple de Sidon et par le frère Adémar, en présence d'une quarantaine de frères, parmi lesquels il en était des divers points de la France : « de lingua Occitana et de lingua Gallicana. » Cette réception avait d'ailleurs été brusquement interrompue, et le chapitre du Temple, à l'issue duquel avaient lieu les réceptions, avait été dissous à la hâte, les Sarrasins étant parvenus à faire irruption dans la ville, ce qui pourrait faire supposer qu'elle était assez mal gardée : « intérim Sarraceni invaserunt dictam civitatem Sydonem et fuit clamatum ad arma et capitulum fuit separatum. » Bertrand Guasc n'était, du reste, qu'un Templier d'occasion ; parti de France comme pèlerin, avec l'intention de visiter les lieux saints, l'argent était venu à lui manquer avant qu'il eût pu conduire son projet à bonne fin ; il s'était alors fait Templier. Dans les quelques détails qu'il donne sur sa réception, ce frère du Temple est amené à parler de la sacristie attenant à la chapelle du Temple de Sidon et du lit qui s'y trouvait. Quelque minime que soit ce détail, nous croyons cependant ne pas devoir le négliger. Sans doute un Templier couchait-il dans cette sacristie : « sacristiam propinquam dicte ecclesie » et plus loin : « de capite lecti qui erat in dicta sacristia. »

Précepteurs de Sidon :
Sans date, frère Mathieu, dit le Sarmage, picard ;
Vers 1286-1291, frère Adémar de Peyrusse, chevalier.
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Tortose Comté de   (Tripoli)
Tortose, aujourd'hui Tartus, et île d'Aradus, aujourd'hui Ruad.

— Tortose était une ville forte située au nord de Tripoli. Les Templiers y eurent une maison, ainsi que dans l'île située à peu près en face, nommée Aradus. Dans le Procès, la ville et l'île semblent avoir été confondues sous une même appellation, Tortose.

Nous avons dit plus haut, à propos des tentatives faites par les Templiers pour rentrer en possession de quelques-uns de leurs anciens châteaux-forts de la côte syrienne et de la Palestine, que le grand-maître avait pu se maintenir quelques mois à Tortose et dans l'île d'Aradus, de 1300 à 1302 ; or, cette assertion se trouve confirmée par l'un des témoins ouïs en Chypre sur le fait du Temple, lequel raconte que quarante Templiers auraient été pris en l'île de Tortose, vers cette époque. Sans doute André de Ventadour, chevalier du Temple, limousin, avait-il été du nombre de ces prisonniers, car il est dit dans le Procès qu'il fut pris à Tortose par les Sarrasins : « apud Tortosis per Saracenos. » Ce frère du Temple aurait été reçu en France, au Temple de Bellechassagne (19).

Il est certain que les Chypriotes ne tardèrent pas à être chassés à nouveau de Tortose et des autres points dont ils étaient parvenus à s'emparer ; la question est de savoir si la cause de cet échec devait être rejetée sur le seul Ordre du Temple, comme le prétendit le précepteur de la maison du Temple de Payns (10), ou si ce désastre était imputable à tous les Croisés. Quoi qu'il en soit, le précepteur de Payns, dans une cédule en français dirigée contre son Ordre, cédule qu'il livra à ses enquêteurs lors de son interrogatoire (avril 1310), prétendit, entre autres choses, que, « au derrerain chapistre qui fo tenus par lu Visitaur et fu a lau chadelor feste Nostre Dame, pourposa frère Renaus de la Folie contre frère Gerot (alias Geraut) de Villers et par un autre frère estoit perdue l'ille de Tourtose... »

Le précepteur ou châtelain de la maison du Temple de Tortose était, vers 1285, le chevalier du Temple Adémar de Peyrusse, le même qui devint peu après précepteur de la maison du Temple de Sidon : « fratrem Ademarum de Peyruza (alias Peyrucza), militem, castellanum deTortossa. » Ce fut lui qui, étant châtelain du Temple de cette ville, reçut le chevalier frère Bertrand de Sartiges dont le nom se trouve à diverses reprises dans le Procès.

Un autre chevalier, frère Pierre « de Sivriaco », aurait succédé à Adémar comme châtelain du Temple en question, et c'est en cette qualité qu'il aurait reçu, à Tortose même, un chevalier originaire d'Auvergne. Peut-être est-ce de lui que veut parler le notaire italien, Antonio Sici, quand il dit : « in quadam villa seu castro quod Tortosa vocatur, quidem frater Alamanus miles, nomine Petrus, preceptor... »
Précepteurs de Tortose :
Vers 1285, frère Adémar de Peyrusse, chevalier ;
Sans date, frère Pierre « de Sivriaco », chevalier.

Pour le Temple de Tortose, voir : Etude sur les monuments de l'architecture militaire des Croisés en Syrie et dans l'île de Chypre, par G. Rey.
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Tripoli Comté de   (Tripoli)
— Le frère sergent du Temple, Thomas de Pampelune, qui, au moment de la chute de son Ordre, était précepteur d'une commanderie en Espagne, aurait été reçu vers l'an 1280, à la Toussaint, en la chapelle de la maison du Temple de Tripoli, par le précepteur de la maison, assisté de son compagnon : « in capella domus Templi civitatis Tripolitane, per fratrem quondam Rodoricum de Cuyre, militem, tunc preceptorem Tripolitanum, présente fratre Rodorico Ynanhes, socio dicti preceptoris. »

Quelques années après, vers 1287, une autre réception aurait été faite en cette même chapelle du Temple par le frère Gérard Fabrisacot, chevalier, précepteur de la maison.

Précepteurs de Tripoli :
Vers 1280, frère Rodrigue « de Cuyre », chevalier ;
Vers 1287, frère Gérard « Fabrisacot », chevalier.
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Tyr Royaume de   (Jérusalem)
— Un frère sergent du Temple, Jean de Saint-Georges, aurait été reçu vers l'an 1300, à la Pentecôte, par le frère Guigue Hérimond, alors précepteur de Sur, et dans la maison du Temple de cette ville : « frater Guigo Herimundi, tunc preceptor Suri, in Suro... » La date assignée pour cette réception confirmerait même ce que nous avons dit ci-dessus, à savoir que, pendant les années 1300 à 1302 ou 1303, les Templiers étaient parvenus à rentrer momentanément dans certaines de leurs possessions d'Orient.
Sources : Trudon-des-Ormes, Liste des Maisons et de quelques Dignitaires de l'Ordre du Temple, en Syrie, en Chypre et en France. D'Après les pièces du Procès des Templiers. Revue de l'Orient Latin, tomes V, VI, VII. Ernest Leroux, Editeur. Paris 1897, 1898, 1899.

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