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Le plus illustre souverain musulman du Moyen-âge

Saladin fonde la Dynastie des Ayyubides
Ayyubides La mainmise de Saladin sur l'Egypte convoitée affligea les chrétiens. Déjà menacés au nord par Alep, à l'est par Damas, les États latins d'Orient devaient dorénavant se garder du côté du Sud où la frontière du royaume de Jérusalem se trouvait à son tour menacée par l'Egypte redevenant avec Saladin le foyer de l'Islam militant. Amaury avait échoué dans ses tentatives d'obtenir, soit par la ruse, soit par l'épée, un droit de protectorat sur la riche vallée du Nil. Il lui apparaissait clairement qu'il fallait de toute urgence protéger le patriarcat de Jérusalem et les vastes domaines de ses évêques. Aussi dépêcha-t-il sans tarder des courriers en France, en Angleterre, en Allemagne, à Byzance, à Rome, afin de mettre les grands chefs de la chrétienté au courant de la situation, et leur demander de susciter une nouvelle croisade. Les circonstances n'étaient guère favorables en Europe. Le pape Alexandre III était brouillé avec Frédéric Barberousse ; le roi d'Angleterre avait bien du mal à conserver son trône rudement secoué par son implacable ennemi, l'archevêque de Cantorbéry ; quant à Louis VII, roi de France, il ne se sentait pas disposé à recommencer une nouvelle expérience après son échec devant Damas. Seuls les Grecs accordèrent une flotte de deux cent vingt vaisseaux. En recevant cette magnifique armada, le roi de Jérusalem décida d'agir. Il vint mettre le siège devant Damiette, clé de la vallée du Nil.

La flotte byzantine ne put forcer l'entrée du port. Après cinquante jours de siège, la cité demeura imprenable. Saladin y avait placé ses meilleures troupes kurdes. Non seulement les assiégés tinrent les Francs en échec, mais ils ne leur accordèrent aucun repos, les harcelant, incendiant les monumentales machines de siège que les Grecs avaient apportées et une partie de la flotte byzantine toujours impuissante à forcer l'entrée du port. La campagne dura plus longtemps que ne l'avait espéré le roi de Jérusalem et les vivres vinrent à manquer. Les assaillants durent se contenter de pousses de palmier et de châtaignes pour se nourrir. En outre, des pluies torrentielles firent déborder le Nil et le camp chrétien, transformé en marécage, devint intenable. Les musulmans, bien abrités derrière leurs fortifications et ne manquant de rien parce que Saladin avait eu le temps d'accumuler des stocks de blé, profitaient de l'aide providentielle du ciel, des eaux, des vents et des fièvres pour infliger des pertes sensibles aux chrétiens. Découragés, ceux-ci négocièrent la paix. Ils payèrent une forte indemnité et évacuèrent une fois de plus le territoire égyptien. Saladin sortait grandi de cette aventure. Il avait été l'âme de la résistance de Damiette. Avec un ennemi intérieur espérant un revers pour le frapper, il avait définitivement sauvé l'Egypte.

Le 13 décembre 1169, le roi de Jérusalem regagna la Palestine avec ses chevaliers faméliques, se consolant tant bien que mal en apprenant que, pendant ce malheureux siège de Damiette, les Croisés avaient surpris les musulmans dans la forteresse d'Akkar, dans la région de Homs, faisant prisonniers le gouverneur de la place et une douzaine de mameluks. Ce qui restait de la flotte grecque leva l'ancré à son tour et disparut corps et biens sous les flots au cours de ce fameux tremblement de terre qui secoua la côte syrienne, détruisant d'innombrables villages et de grandes villes, Antioche, Tripoli où un seul homme fut retrouvé vivant, Alep, Hama, Baalbek où les hautes colonnes de marbre du temple colossal de Jupiter Héliopolitain s'écroulèrent dans un fracas d'Apocalypse.

Après le départ des Croisés, Saladin voulut prévenir le retour de leurs incursions en Egypte. Il se dirigea vers Darûm, forteresse construite par Amaury sur les ruines d'un couvent pour protéger les frontières de la Transjordanie, du côté de l'Egypte. La petite garnison repoussa tous les assauts. Il attaqua ensuite Gaza, située aussi aux confins du désert où, jadis, une musulmane portant encore la trace des fards de ses noces, se battit furieusement contre les ennemis de son époux et, armée d'un pilier de tente, expédia sept combattants dans le paradis de Mahomet. Les habitants, surpris par la soudaineté de l'arrivée de Saladin, voulurent se réfugier dans la forteresse. Mais Milon de Plancy, gouverneur de la place, fit fermer les portes du château pour contraindre la population à défendre celles de la ville. Les chrétiens s'armèrent alors, décidés à défendre chèrement leur vie, celle de leurs femmes et de leurs enfants. Leur courage fut inutile. Saladin lui-même, à la tête d'une petite troupe hardie, pénétra dans la cité. Les habitants, bousculés de toutes parts, supplièrent les défenseurs de la citadelle de laisser au moins entrer les femmes et les enfants. Milon de Plancy refusa. Les portes restèrent obstinément fermées devant les malheureux que les musulmans massacraient avec plaisir. La ville fut pillée et incendiée. La forteresse ayant résisté à toutes les attaques, Saladin reprit la route de Darûm où il eut encore l'occasion d'anéantir un important détachement de chrétiens que le roi de Jérusalem venait d'envoyer au secours de Milon de Plancy. Puis il poussa une pointe du côté de Ramla et d'Ascalon avant de rentrer en Egypte, tandis qu'une partie de ses Syriens s'emparait de la ville d'Aila, l'antique Élath des livres hébreux, située sur la mer Rouge au terme de la route construite par un légat de Trajan. Très prospère à l'époque de David, ensuite annexée à la province romaine d'Arabia, la possession de cette ville, dont deux cents chevaliers s'étaient emparés en 1116, permettait aux Francs de Transjordanie de prélever de substantiels droits de douane sur les foules de pèlerins musulmans se rendant à La Mecque, ainsi que sur les caravanes de marchands trafiquant entre l'Egypte et la Syrie et recueillant les produits de l'Extrême-Orient, des Indes et de la Perse ; en outre, les chrétiens possédaient là une excellente base et ils espéraient étendre leur domination sur la mer Rouge, centraliser le transit des marchandises à leur profit, interrompre les communications entre l'Egypte et l'Arabie. La prise de ce port ne fut point une tâche aisée, et Saladin avait dû faire construire des vaisseaux dont les éléments, transportés à dos de chameaux à travers le désert jusqu'aux rivages de la mer Rouge, furent assemblés sur place.

De retour au Caire, Saladin apprit que Nûr ed-Dîn voulait qu'à l'avenir le nom du calife fatimide, régnant en Egypte, fût supprimé de la « salât », prière officielle du vendredi, et remplacé par celui du calife abbasside de Bagdad. Cette réforme insolite, dépossédant brutalement le souverain de l'Egypte de son prestige de « vicaire du Prophète », risquait de heurter les convictions religieuses de l'Egypte où les Fatimides, descendants de Fatima, fille de Mahomet, accusaient les Abbassides qui se réclamaient, eux, de l'oncle du Prophète, d'avoir usurpé la suprême autorité religieuse. Saladin comprit que l'on ne pouvait pas changer ainsi de doctrine du jour au lendemain dans un pays fidèle à ses traditions. Il répondit à Nûr ed-Dîn qu'il était extrêmement souhaitable de préparer les esprits avant d'imposer une telle réforme fondamentale. C'était l'évidence même, mais le calife de Bagdad se montra moins compréhensif. Impatient d'étendre sa juridiction et de liquider à son avantage une vieille querelle de famille il manifesta une certaine défiance contre Saladin et il le fit savoir à Nûr ed-Dîn, ajoutant que l'autorité de son délégué en Egypte devait être suffisamment affermie pour étouffer tout mouvement hostile et que Saladin s'était jusqu'alors montré bon soldat et valeureux administrateur et n'avait certainement pas manqué de placer des troupes aux points stratégiques et des hommes de confiance dans l'administration. C'était exprimer clairement qu'il entendait que la prière du vendredi fût dite en son nom immédiatement. Ainsi pressé par le calife, Nûr ed-Dîn ordonna à Saladin, et cette fois en termes non équivoques, de faire lire dans les mosquées du Caire et de province la salât au nom du calife de Bagdad. Saladin se montra en l'occurrence très adroit. Il ne brusqua rien, prépara peu à peu les esprits, fit enseigner la doctrine des Abbassides dans les collèges et dans les écoles, nomma des cadis dans les principales villes égyptiennes. Toute cette propagande en faveur des Abbassides se fit sans tapage. Ainsi, insensiblement, Saladin accomplit une véritable révolution, faisant accepter par ses sujets la prépondérance spirituelle du califat de Bagdad. Et certain vendredi, dans la prière prononcée à la Grande Mosquée du Caire, le nom de l'Abbasside remplaça celui du Fatimides. Les troupes syriennes que Saladin avait placées ce jour-là aux principaux carrefours et dans les souks de la capitale n'eurent pas à intervenir. L'arme au pied, elles virent s'écouler la foule des croyants qui, édifiés mais respectueux, acceptèrent sans protester – Allah fait bien tout ce qu'il fait – le fait accompli. A Bagdad, de somptueuses réjouissances célébrèrent cet événement. Nûr ed-Dîn fut nomme sultan et Saladin reçut des étendards noirs, symboles de l'union et couleur des Abbassides – il est écrit que l'étendard noir ramènera l'homme dans la voie droite – et le glorieux titre de « Restaurateur de l'autorité du commandeur des croyants. » Et tandis que les bons musulmans se réjouissaient de cette brillante victoire des Abbassides, le dernier des califes Fatimides du Caire, el Adid ed-Dîn Allah, petit-fils de Hafiz, mourait fort à propos au fond de son harem. Fut-il assassine ainsi que le rapportent les chroniqueurs chrétiens, par le frère de Saladin, et sur l'ordre de celui-ci ?
Instrument sans volonté de ses vizirs, il mourut comme il avait vécu, sans éclat, sans bruit, quatorzième et dernier d'une dynastie qui connut en Egypte ses heures de gloire.

A l'âge de trente-cinq ans, Saladin monta sur le trône d'Egypte, fondant la dynastie des Ayyubides. Un sang nouveau, un sang kurde, régénérait l'Islam. Saladin, entrant dans l'Histoire, allait montrer qu'il était digne de jouer un grand rôle sur la scène du monde, et les Etats latins du Levant allaient désormais avoir contre eux un politicien habile et redoutable et non plus l'un de ces insignifiants monarques orientaux incapables de gérer les intérêts historiques qui leur étaient confiés. L'empire fatimide, fondé d'abord en Afrique du Nord, avait vécu. Les Abbassides, soumis aux influences de l'Asie centrale, triomphaient au Caire, comme ils avaient triomphé des précieux Omeyyades, dont les souverains avaient respecté, dans leur résidence de Damas, les traditions et l'idéal de la vieille Arabie. L'Egypte, un instant égarée, retrouvait une foi conforme aux enseignements du Prophète. En passant au pouvoir de Saladin, souverain reconnu par Bagdad, l'Egypte, cessant de mener une existence particulière, se débarrassant de ses hérésies, devenait la fille aînée de l'Islam. Elle était jusqu'alors restée isolée, et au fur et à mesure que le califat légitime s'affaiblissait, elle avait pratiquement cessé d'entretenir des relations de vassale avec Bagdad. Elle redevenait, avec Saladin, une pièce maîtresse sur l'échiquier politique de l'Islam pour lequel le point de vue religieux était en quelque sorte l'âme et la raison du monde musulman. Cette pratique d'un haut idéal jointe à la légitimité d'une famille apparentée au Prophète, pouvait justifier les prétentions des Abbassides. C'est pourquoi, et c'est ce qui se passa en Egypte avec Saladin, les théologiens, qui étudiaient la sunna, appliquant des méthodes scientifiques pour dégager l'esprit de la loi divine, permirent à l'Islam de connaître une ère de grand rayonnement dans ce pays. Étant donné que non seulement les règles de la vie rituelle, mais encore la conduite de l'État avait pour base le droit religieux; étant donné aussi que la jurisprudence devait répondre aux exigences de la loi divine, dont les Abbassides étaient les dépositaires, il fallait que celle-ci fût précisée avec la plus minutieuse exactitude. Telle est la raison pour laquelle nous verrons apparaître en Egypte avec Saladin, fidèle aux enseignements qu'il avait reçus à Baalbek, tant de juristes, tant de cadis.
Sources: Saladin le plus pur Héros de l'Islam — d'Albert Champdor — Editions Albin Michel; 1956

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