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Les Croisades, les possessions des Ordres Militaires en Orient

La fin d'une épopée : La chute de Saint-Jean-d'Acre (1)
Sept mois après la mort de saint Louis, Beibars voulant chasser les chrétiens du Levant, commença par attaquer le Crac gardé par les Hospitaliers. La place tombait le 8 avril 1271.

Après lui, le sultan Qélaoun enlevait en 1285 Margat, autre grande place forte de l'Hôpital, puis il se rendait maître en 1287 du port de Lattaquié. Enfin, la ville de Tripoli capitulait en 1289. Les Francs ne possédaient plus que Beyrouth, Saïda, Tyr, Saint-Jean-d'Acre et, un peu plus au sud, la forteresse d'Athlit que gardaient les Templiers. Qélaoun mourut le 10 novembre 1290.

Son fils al Ashraf Khalil lui succéda.

Quelques mois plus tard, il arrivait devant Saint-Jean-d'Acre avec un matériel de siège considérable et une armée comptant soixante mille cavaliers et cent soixante mille fantassins. Le 5 avril 1291, il investit complètement la place.

Les chrétiens ne pouvaient lui opposer que huit cents chevaliers et sergents montés, et quatorze mille combattants à pied, parmi lesquels des pèlerins peu entraînés à la guerre.

Plan de Saint-Jean d'Acre en 1291
Voir le plan topographique de Saint-Jean d'Acre
Sources : Paul Deschamps

Cette lutte si inégale où les chrétiens se défendirent héroïquement nous a été racontée en grands détails par un combattant, témoin oculaire, qu'on appelle le « Templier de Tyr », secrétaire du grand maître des Templiers, Guillaume de Beaujeu.

Les Hospitaliers et les Templiers étaient alors en grand conflit, mais devant cet ultime péril, Guillaume de Beaujeu et le grand maître des Hospitaliers, Jean de Villiers, ainsi que leurs frères, s'unirent pour se battre vaillamment et chercher la mort ensemble. Ils se partagèrent en secteurs la défense de l'enceinte, composée de deux murailles : les Templiers établis au nord depuis le rivage; puis les Hospitaliers protégeant le faubourg de Montmusart, jusqu'à la porte Saint-Antoine.

Plus au sud, Amaury, frère du roi Henri II de Chypre et de Jérusalem, à la tête des chevaliers de Syrie et de Chypre, défendait un grand saillant avec à l'avant-mur la tour Neuve d'Henri II et, au second mur, la tour Maudite. Le commandeur Conrad de Feuchtwangen et les chevaliers Teutoniques les appuyaient. Enfin, à l'extrême sud et jusqu'à la mer, derrière les tours Saint-Nicolas, du Légat et du Patriarche, se tenaient Jean de Grailly à la tête des gens d'armes du roi de France, Otton de Grandson commandant ceux du roi d'Angleterre, enfin la troupe de la « commune d'Acre. »

Le 15 avril, les Templiers firent, tout au nord, une sortie par la porte Saint-Lazare pour incendier les machines ennemies, mais ils échouèrent.

Le 4 mai, le roi Henri II arriva de Chypre avec deux cents chevaliers et cinq cents fantassins et un ravitaillement considérable qui rendirent courage aux combattants et permirent de prolonger la lutte.

Cependant al Ashraf donnait l'ordre de démolir les tours et, à chacune, des équipes de mille mineurs, se relayant, sapaient les ouvrages. Le 15 mai, un pan de muraille s'effondrait, et la tour Neuve était enlevée. La porte Saint-Antoine allait être prise, quand les Templiers et les Hospitaliers, encouragés par le maréchal de l'Hôpital Mathieu de Clermont, repoussèrent les assaillants.

Mais la fin était proche. Le 18 mai, le sultan ordonna l'assaut. Les mameluks enlevèrent la tour Maudite puis se portèrent contre la porte Saint-Antoine. Ce fut encore Mathieu de Clermont qui les fit reculer. Puis le moment arriva de la résistance suprême : le Templier de Tyr nous raconte que les deux grands maîtres, prenant chacun avec eux une douzaine de frères, s'avancent dans l'espace étroit entre les deux enceintes pour tenter, semble-t-il, de reprendre la tour Maudite.

Mais devant les masses musulmanes qui accablaient cette poignée de combattants de feux grégeois qui les aveuglaient et de carreaux d'arbalète « rien ne valut, ils croyaient férir sur un mur de pierre. » Guillaume de Beaujeu, alors qu'il levait le bras, reçut une flèche dans l'aisselle. « Et quand il se senty féru à mort, il se retira. Ses compagnons lui criant de ne pas partir, il répondit d'une voix forte : « Seignors, je ne peus plus car je suy mort ! vées le cop ! » Et adonc veymes le pilet clavé (le trait fiché) en son corps. » On le porta au Temple où il expira.

Mathieu de Clermont alla vers lui : « et vi le maistre dou Temple qui estoit mort, et retourna à la bataille et mena avec luy tous ses frères que nul ne le vost abandonner... et là se combaty vigoureusement et occit, luy et ses compagnons, mout de Sarazins, et en la fin il fu mort, luy et les autres, come chevaliers preus et hardis, bons crestiens, et Dieus ait leur âme. »

Jean de Villiers, grièvement blessé, fut sauvé par les siens. Jean de Grailly, blessé aussi, et Otton de Grandson, furent refoulés vers le port. Grandson réussit à faire embarquer les blessés et les survivants sur des navires vénitiens. Ainsi Jean de Grailly et Jean de Villiers purent gagner Chypre.

Le patriarche de Jérusalem, Nicolas de Hanapes, qui avait pendant tout le siège soutenu le courage des combattants, parvint, étant blessé, à gagner le port et monta sur un vaisseau, mais, au lieu de s'éloigner, il voulut sauver des combattants restés sur le rivage et le navire surchargé coula avec tous ceux qui l'occupaient ou s'y accrochaient.

Le grand port de Tyr fut enlevé le 19 mai.

Saïda fut prise le 14 juillet; Beyrouth, le 21. Tortose, aux Templiers, fut évacuée le 3 août, et la forteresse d'Athlit, au sud de Saint-Jean-d'Acre, le 14 août.

De la chute de Saint-Jean-d'Acre il reste un témoin : quand on visite Le Caire, on est très surpris de rencontrer dans une rue un portail du plus pur style français du temps de saint Louis; il provient de l'église Saint-André de la grande cité. Le vainqueur, le sultan al Ashraf Khalil (2), mourut peu après, et c'est alors qu'on démonta pierre à pierre le portail; on en transporta les éléments au Caire et on le remonta, comme un trophée, à l'entrée du tombeau de son frère et successeur, le sultan Malik Nasir Mohammad.

Portail d'une l'église de Saint-Jean-d'Acre
Portail du XIIIe siècle, provenant d'une église de Saint-Jean-d'Acre, transporté et remonté au Caire, après la victoire des Sarrasins en 1291.
Sources : Paul Deschamps

Lire la chute de Saint-Jean Acre par René Grousset

1. R. Grousset : Histoire des Croisades et du Royaume de Jérusalem, tome III, pages 751-763.

2. Dans la longue inscription qui exalte ses hauts faits à l'entrée de la citadelle d'Alep, le sultan mamelouk al-Malik al-Ashraf Khalil (689/1290-692/1294) est qualifié d'« Alexandre de son temps. » Bien que l'épithète ait été utilisée avant lui par des émirs turcs et par Baybars, elle reçoit une signification particulière en raison de ses victoires éclatantes remportées contre les Francs et les Arméniens et, en conséquence, de ses espoirs de reconquête de l'Irak sur les Mongols. La dynastie mongole des Ilkhans, qui régnait sur la Perse, se réclamait d'un Alexandre devenu un héros national iranien. L'Alexandre qu'évoque al-Malik al-Ashraf est plus proche de l'« Homme aux deux cornes » qui, dans le Coran, édifie le mur contre Gog et Magog. Les exploits du sultan, dont l'ambition était de restaurer le califat à Bagdad, acquéraient ainsi une dimension eschatologique qui faisait de lui à la fois un conquérant universel et le fondateur d'une nouvelle ère de l'islam.

Sources : Paul Deschamps - Au Temps des Croisades - Hachette Littérature. Paris 1972

 

La commanderie de l'Ordre des Hospitaliers â Acre
La Commanderie Hospitalière de Saint-Jean d'Acre constituait l'un des monuments majeurs de l'ancienne ville médiévale ; on n'en connaissait guère, jusqu'â présent, qu'une â deux salles voûtées, tout le reste étant enterré ou caché par des constructions ottomanes. Les fouilles menées depuis plus d'un demi-siècle ont permis de renouveler totalement la connaissance de cet ensemble monumental de premier plan, qui comprenait salles, cuisines, latrines, dortoirs et logis d'accueil pour les pèlerins. Cette synthèse des travaux archéologiques révèle ce complexe jusqu'â présent inédit en langue française.
Une étude très approfondie de Monsieur Eliezer Stem - Suite

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