Les Finances royales et Templiers   Opérations financières des Templiers   Les Finances royales et Templiers

Les Templiers sont les comptables du trésor royal

II. — Séquestres et consignations.
L'usage de confier aux Templiers des fonds qui devaient à un moment donné recevoir une affectation spéciale fut assez général en France et en Angleterre. On en trouve déjà des traces au XIIe siècle.

En 1158, Henri II, roi d'Angleterre, et Louis VII, roi de France, réglèrent les conditions d'un mariage à conclure ultérieurement entre leurs jeunes enfants, Henri et Marguerite. Dans la dot de sa fille, Louis VII comprenait Gisors et deux autres châteaux ; mais il était entendu que ces places seraient gardées comme en séquestre par les Templiers (a Templariis tanquam in sequestro custodirentur) jusqu'au jour où le mariage serait effectivement conclu  (15).

En 1201, les Templiers avaient dans leur caisse une somme de 5oo livres de Provins que Thibaud, comte de Champagne, avait léguée à Eustache de Conflans. Ils ne consentirent à la remettre au frère du légataire que sur un ordre de la comtesse Blanche, qui les garantit contre toute répétition et qui s'assura elle-même un recours sur le sénéchal Geoffroi de Joinville  (16).

Jean sans Terre, en 1214, employa un moyen assez ingénieux pour s'assurer des partisans dans les provinces de l'ouest de France. Aux grands barons dont les principaux domaines étaient compris dans les conquêtes de Philippe Auguste et qui pouvaient être tentés de suivre la fortune du vainqueur, le roi d'Angleterre s'engageait à servir des pensions annuelles plus ou moins considérables ; mais les promesses d'un prince dont la parole n'était pas sûre et dont les ressources étaient à peu près épuisées n'auraient peut-être pas suffi pour exercer une influence décisive sur une noblesse disposée à se rallier à la cause du roi de France. En même temps qu'il promettait une pension, Jean faisait verser au trésor des Templiers de la Rochelle une somme suffisante pour en assurer le payement exact pendant un certain nombre d'années. C'est le procédé dont il usa vis-à-vis d'Alice, comtesse d'Angoulême ; il lui promit pour sa dot une pension de 5oo livres, monnaie de Poitiers, et, par une lettre du 6 septembre 1214, il ordonna de remettre au commandeur de la Rochelle une provision de 2,5oo livres sur laquelle seraient prises les cinq premières annuités de la pension (Ratuli).

La même année, le commandeur de la Rochelle encaissa une provision de 30,000 livres, représentant cinq annuités de la pension que Jean sans Terre avait promise à Raoul d'Exoudun, comte d'Eu, pour l'indemniser de la perte de sa terre de Normandie, confisquée par le roi de France Philippe Auguste (Rotuli).

Au mois de mars 1224 (nouveau style), Guillaume, comte de Vienne et de Mâcon, s'engagea à rendre la terre de Chénas au sire de Beaujeu, dès que celui-ci aurait consigné entre les mains de l'abbé de Cluny ou des Templiers 1,000 marcs d'argent dont il était débiteur  (17).

En 1228, des sommes considérables durent être mises en dépôt au nouveau Temple de Londres, pour servir à l'achat des terres qui constitueraient la dot d'Isabelle d'Ecosse, femme de Roger le Bigot  (18).

Henri III, roi d'Angleterre, ordonna, le 20 février 1248, de consigner au nouveau Temple de Londres le montant des pensions de 5oo et de 200 marcs qu'il devait payer à Thomas de Savoie et à Amédée, comte de Savoie (Rymer).

Le 12 juin 1259, Gui de Châtillon, comte de Saint-Paul, s'engagea à déposer au Temple de Paris, dans la quinzaine de la Saint-Jean, 1,240 livres parisis, et à la Toussaint, 1,000 livres de la même monnaie, qui étaient dues à Eustache de Milli, chevalier, sur le prix de la vente de la terre de Bec-querelle, vendue à Robert d'Artois  (19).

Quand la comtesse de Leicester refusa de donner son consentement au traité conclu entre Henri III et saint Louis, parce qu'une clause lui en paraissait contraire à ses droits de douairière, le roi d'Angleterre ne trouva moyen de faire lever l'opposition qu'en s'engageant à déposer au Temple de Paris une somme de 15,000 marcs, qui devait y rester comme garantie des satisfactions à donner à la comtesse  (20). Il fut convenu que les mandataires de Henri III pourraient la retirer sur la présentation dune lettre des évêques de Lincoln et de Londres portant que les réclamations de Simon de Montfort auraient été réglées  (21).

Suivant les conventions arrêtées au mois d'août 1269 pour le mariage de Blanche d'Artois avec Henri, frère de Thibaud, roi de Navarre, le comte d'Artois, frère de la princesse, donnait 23,000 livres tournois, dont 20,000, déposées au Temple de Paris, devaient être remises à un parent de Blanche, en deux payements égaux, pour être employées en achat de terres ou de rentes au nom de la princesse  (22).

Parmi les titres qui furent trouvés le 29 septembre 1282 à Edimbourg, dans le trésor du roi d'Ecosse, on remarqua un engagement pris par les grands d'Angleterre de déposer au Temple de Londres des sommes d'argent destinées sans doute à se ménager l'appui du roi d'Ecosse dans la lutte engagée contre Henri III  (23).

Au commencement du règne de Philippe le Bel, Camus de Meulan, prévôt de Bourges, auquel on reprochait plusieurs méfaits, dut déposer au Temple une somme de 200 livres tournois. Le Parlement, dans la session de la Pentecôte 1290, l'autorisa à retirer la moitié de cette somme et déclara que le reste serait acquis au roi à titre d'amende (Olim).

Par les exemples qui viennent d'être rapportés, on voit que, pendant tout le cours du XIIIe siècle, en France et en Angleterre, les rois et les princes s'accordaient à reconnaître les trésors des Templiers comme des caisses où l'on pouvait, en toute sûreté, consigner des sommes destinées à des payements éventuels, prévus par des traités publics ou par des contrats d'intérêt privé.
Sources: Mémoires de l'Institut national de France, Académie des inscriptions et belles-lettres. Mémoire sur les opérations financières des Templiers. de: Léopold Delisle — 1889.

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Notes
Pour les références à: Olim, edition Beugnot.
Pour les références à: Rotuli litteraram patentium, edition Th. Duffus Hardy.
Pour les références à: Rymer nouvelle Edition.
15 — Guillaume de Neubridge, De rebus angl., 1. II, c. 24 ; dans Recueil des historiens.
16 — Cartuiaire de Champagne, ms. latin 5992 de la Bibliothèque nationale folio 235. L'acte est publié à l'Appendice, n· I.
17 — Huillard-Bréholles, Titres de la maison de Bourbon.
18 — Calendar of documents relating to Scotland preserved in Her Majesty's public record office Londre, edited by Joseph Bain.
19 — Pièce du Trésor des chartes d'Artois, analysée par Richard, Inventaire des archives du Pas-de-Calais, série A, p. 2 5. Elle est publiée à l'Appendice, n· X.
20 — Champollion, Lettres de rois.
21 — De Laborde, Layettes du Trésor des chartes.
22 — Charte de saint Louis, au Trésor des chartes d'Artois, analysée par Richard, Inventaire des archives da Pas-de-Calais, série A, p. 30. Voyez aussi Inventaire des archives de la Chambre des comptes à Lille (Paris, 1865 ; in-4). P. 623, N· 1595.
23 — Un ancien inventaire mentionne en ces termes l'engagement des barons: "Excusatio nuntiorum régis Scotie facta per quosdam magnates Anglie, et de alia securitate facta per eosdem super quadam summa pecunie deponenda ad Templum Lundonie". Rymer, nouvelle édition, t. I, p. 616.

Sources: Mémoires de l'Institut national de France, Académie des inscriptions et belles-lettres. Mémoire sur les opérations financières des Templiers. de: Léopold Delisle — 1889.

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