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L'enquête pontificale sur les possessions des Chevaliers de l'Hôpital ou Chevaliers de Malte

Grand Prieuré d'Auvergne
Préface
En 1878, M. Anatole de Charmasse, a publié un travail qui a pour titre :« Etat des possessions des Templiers et des Hospitaliers en Maçonnais. Charollais, Lyonnais, Forez et partie de la Bourgogne, d'après une enquête de 1333 » déposée à la Bibliothèque nationale.

Jusqu'à présent, dit l'auteur, l'histoire des ordres religieux et militaires du Temple et de l'Hôpital n'a guère été étudiée que dans ce qu'elle a d'épique et de propre à séduire l'imagination. Du premier, en effet, on connaît, surtout, les exploits en Terre-Sainte, l'orgueil proverbial, les étranges et mystérieuses pratiques qui lui ont été imputées, la fin tragique ; — du second, les luttes vaillantes et prolongées contre l'Islamisme. Leur existence d'outre-mer a eu toutes les préférences de l'histoire, et du double rôle qu'ils ont joué, en Orient et en Occident, le premier est le mieux et presque le seul connu. On ne nous les a encore montrés que de loin.

L'étude de leur situation en Occident et des nombreuses stations qu'ils ont possédées sur notre sol, a rencontré beaucoup moins de faveur et leur histoire territoriale et économique est encore à faire. Et cependant, les éléments de cette histoire existent en grand nombre. Ils ont été rassemblés plusieurs fois, avec une avide précision et par des mains trop intéressées pour n'en négliger aucun. Qu'elle était donc la situation, la nature et l'étendue de leurs possessions ?
Quel en était le revenu ?
En quoi consistaient ces richesses, objets de tant de poursuites ardentes, prétexte de tant d'accusations, cause de tant de persécutions et de ruines ?

« Nous pouvons répondre à ces différentes questions pour tous les établissements situés dans le ressort du Bailli royal de Maçon, c'est-à-dire en Maçonnais, Charollais, Lyonnais, Forez et partie de la Bourgogne, au moyen d'une information spéciale dont ils furent l'objet en 1333 ».

Cette information fut faite par ordre de Philippe de Valois. Dans quel but s'est demandé M. de Charmasse !
« Est-ce par un simple mouvement de curiosité ou bien le roi poursuivant l'œuvre de Philippe-le-Bel, n'espéra-t-il pas se faire attribuer les biens des Templiers que le Pape avait remis aux chevaliers de l'Hôpital, après la condamnation et la suppression de l'Ordre du Temple ? »

Quelle qu'ait été la pensée secrète de Philippe de Valois,« cette enquête, ajoute M. de Charmasse, ne constitue pas moins pour nous une source très précieuse d'informations sur le nombre et l'importance des établissements que les deux Ordres religieux et militaires du Temple et de l'Hôpital possédaient dans la région ».

Toutefois, l'œuvre de M. de Charmasse ne concerne qu'un certain nombre de commanderies, renfermées uniquement dans le ressort du Bailli royal de Maçon et appartenant à des Langues ou Nations différentes. Les éléments lui ont manqué pour faire une statistique complète sur toute une Vénérable Langue, comme a pu l'entreprendre et terminer M. Mannier, en 1872, sur les commanderies du Grand-Prieuré de France.

M. Mannier s'est appliqué à rechercher surtout l'origine et les titres de fondation des divers établissements du Temple et des Hospitaliers, — leur nature, situation et emplacement, à l'aide d'anciens terriers, — les causes qui ont accru ou diminué leur importance et souvent amené leur ruine et suppression, — leurs revenus à diverses époques, — les commanderies dont ils faisaient partie et les noms des commandeurs ou chevaliers de l'Ordre chargés de leur administration et cela dans un double intérêt historique et géographique.

M. Mannier a eu un plein succès ; son œuvre restera comme un monument historique des plus utiles, et pour l'élever, il a eu la bonne fortune d'avoir à sa disposition les archives des Hospitaliers conservées, au siècle dernier, au Temple de Paris et qui sont passé aux archives nationales.

« Les anciennes archives des Hospitaliers du Grand Prieuré de France conservées aux archives nationales de Paris comptent au moins quatre cents cartons renfermant plus de dix mille titres ou pièces, huit cents registres environ qui sont des inventaires, des comptes, des terriers, des visites prieurales ».

A mon tour, j'ai entrepris, mais sur le Grand-Prieuré d'Auvergne, dont l'ancienne province lyonnaise a fait partie, un travail semblable à celui qu'a su si bien faire M. Mannier sur le Grand Prieuré de France. Toutefois, je n'ai pas eu à ma disposition des matériaux aussi complets que ceux dont a pu faire usage ce savant écrivain. Il est vrai qu'aux archives départementales du Rhône, est conservée sous la dénomination de Fonds de Malte, une collection très considérable de titres qui formaient, autrefois, les archives du Grand-Prieuré d'Auvergne et qui étaient déposées dans l'hôtel de la Commanderie de Saint-Georges de Lyon ; mais la Révolution a traversé ces archives ; c'est dire qu'elle en a lacéré et enlevé bien des monuments, et l'Etat, lui-même, a, dans ce siècle, porté un coup funeste à cette grande collection, en donnant à divers départements, sur leurs demandes, une partie des titres des commanderies comprises jadis dans leur circonscription territoriale. Ce n'est donc pas avant un long temps, qu'il me sera possible de publier mon étude sur le Grand-Prieuré d'Auvergne dont aucun écrivain ne s'est encore occupé. Mais en attendant l'achèvement de ce long et lourd travail, je crois devoir faire paraître un document entièrement inédit, conservé dans le fonds de Malte et qui donne au moins un aperçu des immenses possessions territoriales du Grand-Prieuré d'Auvergne dans les quinze provinces et les nombreux évêchés où se trouvaient ces cinquante-six commanderies. C'est un cahier de 59 pages, petit in-quarto, sans nom d'auteur et écrit probablement dans les premières années du siècle dernier, par un agent fiscal de l'Ordre de Malte. Il a pour titre :« Etat de la consistance, situation, valeur, revenu et des charges de toutes les commanderies du Grand-Prieuré d'Auvergne, tiré sur les visites faites en 1615 et 1685, avec le temps des« ameilleurissements » et renouvellement des terriers et les noms des modernes commandeurs, avec l'état des fermes d'aprésent ».

Comme on le voit par ce titre, ce cahier peut suffire à donner une idée approximative de l'état de chacune des commanderies du Grand-Prieuré d'Auvergne, à une certaine époque. En effet, dans chacun des chapitres de ce cahier est indiqué, d'abord, le nom de la commanderie, sa situation topographique, avec l'indication de la province, du diocèse et du baillage dans lesquels elle a existé, — puis vient le nom de chacun de ses membres ou filleules, suivi des mêmes indications topographiques que pour le chef, et en regard est inscrit le montant de leurs revenus ; enfin à la suite se trouve un tableau de toutes les charges qu'avait à supporter chaque commandeur et l'indication de son revenu net, avec la date du dernier terrier, et le nom du titulaire de la commanderie.

Peut-être voudrait-on rencontrer aussi dans ce cahier la date de la fondation de chaque commanderie, son origine, pour savoir si elle a été établie par les Templiers ou par les Hospitaliers, héritiers des biens de l'ordre du Temple, les vicissitudes de sa longue existence, et les noms de tous ses commandeurs, chevaliers, servants d'armes et chapelains ; mais le cahier est muet à cet égard. — J'ai réservé pour une autre étude sur le Grand-Prieuré d'Auvergne, tous les documents que j'ai recueillis sur ces divers points dans le fonds de Malte à Lyon et ailleurs. Pour le moment, je me borne donc à la seule reproduction littérale du cahier dont j'ai parlé. Toutefois, en le publiant, je dois dire qu'il sera loin de satisfaire tous les lecteurs, en ce que les noms de bien des localités citées sont loin d'être correctement écrits. — J'ai tenté en vain de les rectifier, mais ces noms sont pour la plupart ceux de simples hameaux d'une paroisse ou seulement ceux d'anciennes maisons ou fermes isolées, jadis, dans les forêts ou dans les montagnes, — qui ne se trouvent sur aucune carte, même départementale, et encore moins dans les dictionnaires des communes. Ce sera donc à ceux qui liront mon étude à suppléer à mon insuffisance et à restituer tous ces noms défigurés par l'écrivain du cahier. Du reste, on sait, avec quel sans gène, nos anciens estropiaient dans leurs écrits les noms propres ou de lieux.

Mais en même temps que je publie cet Etat des commanderies, je crois devoir le faire précéder de recherches historiques sur les archives de l'ancien Grand-Prieuré d'Auvergne, conservées à Lyon. Il n'est pas de jour que les familles, de nombreux érudits, souvent venus de loin, et même le domaine de l'Etat, n'aient à faire des recherches dans ces archives. Mais généralement, on ignore le lieu où elles se trouvent ; on les croit déposées aux Archives Nationales, à Paris, ou même perdues, en grande partie. On ne sait même pas d'avantage en quoi consistent les titres et les monuments que le temps et les révolutions ont bien voulu nous laisser, car l'incurie de certains commandeurs en a fait perdre beaucoup, la Révolution en a détruit un grand nombre et, comme je l'ai déjà dit, l'Etat, lui-même, a eu la malheureuse idée, dans le cours de ce siècle, de morceler cette grande et précieuse collection qui aurait dû rester toujours entière. Je crois donc être utile aux travailleurs en constatant sommairement ce qui nous en reste actuellement, à Lyon, car son triage qui a demandé un long temps, est à peine achevé, et ce ne sera pas avant bien des années que l'Inventaire raisonné en pourra être entrepris et achevé. C'est ainsi aussi que j'ai cru devoir dresser un état des 55 commanderies qui ont formé le Grand Prieuré d'Auvergne.
Sources : Léopold Niepce : Le Grand-Prieuré d'Auvergne - Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Lyon, Librairie Générale Henri Geors - Bâle - Genève - 1883.

 

Mise au point de Jack Bocar
Pour ma part, j'ai contrôlé tous les noms de lieux cités dans cette étude à l'aide des cartes de Cassini, pour 95% d'entres-eux, ils sont correctes, j'en ai copié à chaque fois une image. Je ne pense pas les placer sur le site pour le moment, ce ne sont que des situations ou localisations sur les dites cartes de Cassini, d'autre part, c'est un travail considérable de programmation.
Pour quelques-uns, je n'ai pas retrouvé de concordance sur les cartes de Cassini, c'est pour cette raison que vous verrez devant chacun d'entres-eux un point d'interrogation.

J'ai trouvé et trouve toujours la forme de la mise en page confuse, mais, je n'y ai pratiquement rien changé à l'originale de Monsieur Niepce.

J'ai volontairement, et ce, dans un premier temps, omis quelques lignes sur les biens des Hospitaliers de Saint-Jean. Je ferai plus tard, une réactualisation de cette page. Mon propos est plus axé sur les biens des Templiers.
Jack Bocar

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