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La première Croisade par Foulcher de Chartres

Année 1102 Croisés contre Babyloniens au siège d'Ascalon

siège d'Ascalon
siège d'Ascalon - Sources: Ascalon

L'année suivante, l'an 1102 vers le milieu du mois de mai, les Babyloniens se réunirent en corps d'armée à Ascalon. Leur roi les y avait envoyés avec ordre de n'épargner aucun effort pour nous détruire entièrement, nous autres Chrétiens.
Ils étaient au nombre de vingt mille cavaliers et de dix mille hommes de pied, tant Sarrasins qu'Ethiopiens, sans compter les conducteurs des bêtes de somme, qui, tout en faisant marcher devant eux les chameaux et les ânes chargés de vivres, portaient chacun dans leurs mains des massues et des traits pour combattre au besoin. Ces Infidèles marchaient donc un certain jour sur la ville de Ramla, plantèrent leurs tentes devant ses murs, et dévastèrent tout autour les récoltes déjà mûres.


Quinze hommes d'armes à qui le roi avait confié la garde de cette cité, étaient dans une tour fortifiée, au pied de laquelle se trouvait une espèce de faubourg qu'habitaient quelques Syriens, laboureurs de leur métier.
Les Sarrasins, qui souvent tourmentaient et troublaient ces pauvres Chrétiens, tâchaient de les écraser tout à fait, et de renverser de fond en comble la tour, dont la garnison les empêchait de parcourir la plaine librement ; ils avaient même formé le projet d'enlever, avec toute sa suite, l'évêque de la ville, qui demeurait à quelque distance dans le couvent de Saint-Georges.
Un certain jour donc, ils se portèrent méchamment vers ce monastère, et le cernèrent ; mais après avoir bien examiné la force de ce lieu, ils retournèrent sous les murs de la dite cité.
Cependant l'évêque qui vit la flamme et la fumée s'élever des feux allumés par les Païens autour de Ramla, craignit de se voir bientôt assiégé par eux. Prenant donc ses précautions contre le péril futur, il dépêcha sur-le-champ un messager vers le roi Baudouin, alors à Joppé, et lui manda de venir en toute hâte secourir Ramla, devant laquelle étaient campés les Babyloniens, dont une bande avait déjà même fait une incursion autour du monastère que lui l'évêque habitait.

A cette nouvelle, le roi prit ses armes, s'élança sur son cheval, et, au premier signal de son cor, fut promptement suivi de tous ses chevaliers. A Joppé se trouvaient alors plusieurs chevaliers qui voulaient passer la mer pour retourner en France, et attendaient un vent favorable. Ils manquaient de chevaux, ayant perdu les leurs, ainsi que tout ce qu'ils possédaient, l'année précédente, lorsqu'ils se rendaient à Jérusalem par la Romanie. Il ne sera donc pas hors de propos de faire ici mention de l'expédition à laquelle prirent part ces chevaliers.
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Une grande armée venue de France mise en pièce par les Turcs
Une grande armée de Francs s'était mise en marche pour Jérusalem : elle avait pour chefs Guillaume, comte de Poitiers ; ce même Etienne, comte de Blois, qui laissant l'autre armée nous avait quittés dès Antioche, et s'efforçait maintenant de renouveler l'entreprise qu'il avait d'abord abandonnée ; avec eux se trouvaient encore : Hugues le Grand, qui après la prise d'Antioche retourna dans les Gaules ; le comte Raymond qui à son retour de Jérusalem séjourna longtemps à Constantinople ; Etienne, comte de Bourgogne, et beaucoup d'autres nobles hommes, suivis d'une foule innombrable de chevaliers et de gens de pied.
Cette armée s'était partagée en deux corps à son entrée sur les frontières de la Romanie, le Turc Soliman, à qui, comme on l'a dit plus haut, les Chrétiens avaient enlevé la ville de Nicée, vint s'opposer à son passage. Ce prince, que tourmentait le souvenir de son premier revers, tomba sur les Francs à la tête d'une immense multitude de Turcs, dispersa misérablement leur armée, et la fît même périr presque tout entière. Comme cependant la sagesse divine avait permis que beaucoup de ces Francs marchassent en troupes par des chemins divers, Soliman ne put les combattre ni les exterminer tous ; mais sachant qu'ils étaient écrasés de fatigue, tourmentés de la soif ainsi que de la faim, et archers inhabiles au combat, il en moissonna par le glaive plus de cent mille, tant chevaliers que gens de pied ; des femmes, il massacra les unes, et emmena les autres avec lui, beaucoup de ceux même qui parvinrent à fuir à travers les montagnes et par des chemins détournés, moururent de soif et de besoin ; enfin, chevaux, mulets, bêtes de somme, bagage de toute espèce, tout devînt la proie des Turcs.
Dans cette défaite, le comte de Poitiers perdit tout ce qu'il avait avec lui, suite et argent, n'ayant même évité la mort qu'à grand-peine : ce fut à pied et dans le plus déplorable état de misère qu'il parvint à gagner enfin Antioche, Tancrède, touché de compassion pour son malheur, l'accueillit avec bienveillance dans cette ville, et l'aida de son bien propre ; on pouvait dire de lui : "Le Seigneur l'a châtié pour le corriger ; mais ne l'a point livré à la mort".
Il nous semblait, en effet, que tant de maux n'avaient pu tomber sur lui et ses compagnons, qu'en punition de leur superbe et de leurs péchés. Ceux qui échappèrent au massacre ne renoncèrent cependant point à aller jusqu'à Jérusalem, à l'exception d'Hugues le grand, qui mourut à Tarse, où les autres l'ensevelirent.
Quand tous ils se furent réunis à Antioche, ils se rendirent à Jérusalem, les uns par terre et les autres par mer, mais ceux d'entre eux qui purent se procurer un cheval, préférèrent la route de terre.
Lorsqu'ils arrivèrent à Tortose, cité qu'occupaient les Sarrasins nos ennemis, ils ne souffrirent point que cette, place les arrêtât ; mais l'attaquèrent par terre et par mer avec une merveilleuse valeur.
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Prise de Tortose par les Chrétiens

Notre Dame de Tortose
Notre Dame de Tortose - Sources: Terre Sainte Romane

Ils prirent cette ville, massacrèrent les Sarrasins, s'emparèrent de tout leur argent ; et après avoir achevé de charger les provisions pour la route leurs bêtes de somme, résolurent de continuer leur chemin. Ce fut alors à tous un grand chagrin de voir le comte Raymond rester dans Tortose.
Tous, en effet, s'étaient flattés de l'espoir de l'emmener avec eux à Jérusalem ; mais il refusa, demeura et garda pour lui la ville : ce que ses compagnons lui reprochaient comme un manque de foi.
Ceux-ci poussant donc plus avant dépassèrent Archas (1), place forte fameuse, la ville de Tripoli ainsi que Gibel, et arrivèrent aux défilés qui se trouvent non loin de la cité de Béryte (Beyrouth). Là, le roi Baudouin les attendit pendant dix-huit jours, et garda ce passage difficile de peur que les Sarrasins ne l'occupassent et n'en fermassent l'entrée à nos pèlerins. Ce prince, en effet, avait reçu de leur armée une députation qui sollicitait son appui ; et lorsqu'ils le trouvèrent ainsi venu au devant d'eux, ils s'en félicitèrent vivement, s'embrassèrent avec joie, et se rendirent avec lui à Joppé, où avaient aussi abordé ceux qui avaient choisi la voie de la mer. Comme le temps de Pâques approchait, tous allèrent à Jérusalem, qu'ils désiraient tant voir ; puis, après avoir visité les lieux saints, et pris part au splendide banquet donné par le roi Baudouin dans le temple de Salomon pour la célébration de Pâques, ils revinrent à Joppé.
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Défaite de Baudoin et perte de Ramla
A cette époque, le Comte de Poitiers, manquant de tout et réduit au désespoir, monta sur un vaisseau pour retourner en France, et se sépara de nous. Alors aussi Etienne de Blois et plusieurs autres voulurent également repasser les mers ; mais une fois en pleine mer, ils eurent le vent contraire, et ne purent prendre d'autre parti que celui de revenir.
Etienne de Blois était donc à Joppé quand le roi Baudouin monta son coursier pour marcher contre les ennemis, qu'on lui annonçait, comme on l'a dit plus haut, être campés devant Ramla

A Joppé étaient aussi Geoffroi
Geoffroi III
, comte de Vendôme, un certain Etienne
Etienne, comte de Bourgogne
, comte de Bourgogne, et Hugues
Hugues de Lusignan
de Lusignan frère du comte Raymond. Ceux-ci ayant obtenu que leurs amis leur prêtassent des chevaux, s'élancèrent dessus, et suivirent le roi. Ce fut à ce prince une grande et orgueilleuse imprudence de ne vouloir pas attendre ses troupes, de ne pas marcher comme il convenait au combat dans un ordre savamment combiné, de n'entendre aucun avertissement, de partir sans ses gens de pied, de donner à peine à ses chevaliers le temps de le joindre, et de ne s'arrêter dans sa course que quand il vit devant lui, et plus près qu'il n'aurait voulu, la multitude des ennemis.
Trop confiant dans sa valeur, il se flattait d'ailleurs que le nombre des Sarrasins n'excédait pas sept cent ou mille hommes au plus, et se hâtait de marcher à leur rencontre pour les atteindre avant qu'ils ne se missent à fuir. Mais quand il aperçut quelle armée il avait contre lui, frappé de terreur, il sentit frémir son âme ; toutefois, embrassant avec courage un dernier rayon d'espoir, il se retourne vers les siens, les regarde, et leur adresse ces paroles pleines de piété :
"ô soldats du Christ,
ô mes amis !
Ne songez pas à refuser la bataille qui s'apprête, mais, armés de la force du Très-Haut, combattez vaillamment pour votre propre salut. Que nous vivions, que nous mourions, nous sommes les enfants du Seigneur ; que si quelqu'un de vous pensait à fuir, il ne lui reste plus aucune espérance d'échapper à l'ennemi ; en combattant, vous vaincrez, en fuyant, vous périrez".
Comme c'était alors plus que jamais le cas de montrer de la valeur, tous fondent subitement, et avec une violente impétuosité sur les Arabes ; mais ils étaient à peine deux cents chevaliers, et les vingt mille Sarrasins les eurent bientôt cernés de toutes parts.

Il ne saurait être douteux pour personne que le roi et les siens n'aient bravement combattu ; cependant lorsqu'ils se virent si cruellement accablés par la foule pressée des Gentils, et qu'en moins d'une heure la majeure partie des nôtres était tombée sous les coups de l'ennemi, supporter plus longtemps le poids d'une telle lutte devenait impossible, et force fut à ceux qui restaient encore debout de prendre la fuite.
Au surplus quoique ce combat eût tourné si malheureusement pour les nôtres, ils ne cédèrent pas sans s'être vaillamment vengés des Sarrasins. Ils en tuèrent en effet un grand nombre ; une fois même ils les chassèrent de leur camp, et se rendirent maîtres de leurs tentes, mais le Seigneur n'ayant pas permis qu'il en fût autrement, ils succombèrent enfin, vaincus par ceux dont eux-mêmes avaient triomphé d'abord.
Grâces à Dieu cependant, le roi et quelques-uns de ses plus nobles chevaliers échappèrent aux mains de l'ennemi, et, ne pouvant fuir plus loin, se jetèrent à toute bride dans Ramla.
Baudouin cependant ne voulait pas s'enfermer dans cette place, et aimait mieux courir le risque de mourir ailleurs que de se laisser prendre ignominieusement en ce lieu.

Après s'être donc promptement consulté, il s'abandonne aussi indifféremment aux chances de la mort qu'à celles de la vie, et sort suivi seulement de cinq de ses compagnons : il ne peut pourtant les conserver longtemps avec lui ; tous deviennent bientôt la proie de l'ennemi, et lui-même ne parvient à se sauver qu'en s'enfonçant d'une course rapide dans les montagnes.
Dieu l'arracha donc ainsi une seconde fois aux mains des vainqueurs. Il se fût volontiers rendu alors à son château d'Arsuth ou Assur (2), s'il l'eût pu ; mais les ennemis fermant tous les passages, il lui fallut renoncer à ce projet. Quant à ceux qui étaient restes dans Ramla, ils ne trouvèrent dans la suite aucun moyen d'en sortir : assiégés de toutes parts, ils furent enfin, ô douleur ! Pris par la race impie des Sarrasins. Ceux-ci en laissèrent vivre quelques-uns, qu'ils emmenèrent avec eux, et firent périr les autres par le tranchant du glaive.
Pour l'évêque, abandonnant son église de Saint-Georges, il saisit le moment favorable, et s'enfuit furtivement à Joppé.
Hélas ! Que de vaillants chevaliers, que de braves soldats nous perdîmes vers ce temps-là, d'abord dans le combat sous les murs de Ramla, ensuite dans la prise de cette ville !
Etienne, comte de Blois, homme noble et sage y fut tué ainsi qu'Etienne, comte de Bourgogne ; trois chevaliers, dont l'un était vicomte de Joppé, parvinrent toutefois à se soustraire aux mains des ennemis, et quoique couverts de graves blessures, se sauvèrent, la nuit suivante, de toute la vitesse de leurs chevaux, à Jérusalem. Dès qu'ils furent entrés dans la ville, ils racontèrent aux citoyens l'échec qu'avaient éprouvé les nôtres, et dirent que, quant au roi, ils ignoraient complètement s'il était vivant ou mort : ce qui causa aussitôt un deuil cruel et général.

Baudouin cependant après avoir passé la nuit suivante caché dans les montagnes, de peur de tomber aux mains de l'ennemi, sortit enfin de sa retraite, suivi d'un seul homme d'armes, son écuyer, et, prenant des routes détournées à travers des plaines désertes, arriva le troisième jour à Arsuth ou Assur, mourant de faim et de soif.
Ce qui alors sauva le roi, c'est que cinq cents cavaliers ennemis, qui peu auparavant avaient battu en furetant tous les alentours du château, venaient de s'éloigner ; et certes ce prince n'eût pu leur échapper s'ils l'eussent aperçu.
A son arrivée à Arsuth, les siens le reçurent avec une grande joie, il mangea, but et dormit en sûreté : ce que la faiblesse de notre humanité lui rendait fort urgent.
Le même jour arriva de Tibériade Hugues, l'un des grands du roi ; ayant appris notre défaite, il accourait porter quelque secours à ce qui pouvait rester de nos gens. Le roi fut d'autant plus aise de le voir, que Hugues amenait avec lui quatre-vingts hommes d'armes, dont ce prince avait un pressant besoin, Baudouin n'osa cependant les prendre avec lui pour retourner à Joppé par terre, de peur des embûches que les ennemis dressaient à ceux qui suivaient cette route, mais montant sur une barque, il gagna cette ville par mer.

Aussitôt qu'il entra dans le port, on l'accueillit avec force transports de joie, parce que, conformément à ces paroles de l'Evangile, "mon fils était mort, et il est ressuscité ; il était perdu, et il est retrouvé".
On revoyait vivant et bien portant ce prince qu'on avait déjà pleuré comme mort.

Le lendemain, ledit Hugues, sortant d'Arsuth, Arsur ou Apollonia, vint en toute hâte à Joppé avec les siens. Le roi était allé au devant de lui pour protéger son arrivée, dans la crainte qu'il ne fût attaqué par l'ennemi. Quand tous furent entrés dans la place, Baudouin, sans perdre temps à délibérer, et obéissant à là nécessité, manda près de lui tous les hommes restés à Jérusalem, afin d'aller, lorsqu'il les aurait tous réunis, combattre de nouveau les Sarrasins.
Tandis qu'il cherchait quel homme il pourrait envoyer porter cet ordre dans la Cité sainte, il aperçoit un Chrétien syrien, vieillard de basse condition, couvert; d'un méchant habit, et lui fait les plus instantes prières pour qu'il se charge de ce message par crainte de Dieu et par amour pour son roi.
Personne en effet n'osait se hasarder dans les chemins, à cause des embûches dressées par les Infidèles, mais ce vieillard se sentant rempli par Dieu même d'une sainte audace, part au plus noir de la nuit de peur d'être aperçu des Païens, marche à travers des lieux âpres que ne traverse aucune route, et arrive le troisième jour à Jérusalem, excédé de fatigue.
A peine a-t-il annoncé que le roi est vivant, et confirmé à tous les citoyens cette nouvelle, après laquelle ils soupiraient tant, que tous paient au Seigneur un juste tribut de louanges ; puis, sans un plus long délai, les chevaliers, au nombre, je crois, de quatre-vingt-dix, s'apprêtent en toute hâte, et s'élancent sur leurs coursiers.
Ceux des autres habitants qui peuvent se procurer un cheval montent dessus, et partent également.
Tous se mettent en route de grand coeur, il est vrai, mais non pourtant sans beaucoup de frayeur.
Evitant donc autant qu'ils le peuvent la rencontre des Infidèles, ils se dirigent du côté du château d'Arsuth.

Comme ils marchaient en hâte le long du rivage de la mer, tout à coup se présenta la race cruelle des Gentils, qui se flattaient de leur fermer le passage, et de les exterminer entièrement dans cet endroit ; quelques-uns des nôtres, cédant à la nécessité, abandonnèrent leurs bêtes de somme, se jetèrent à la nage au milieu des flots de la mer, et trouvèrent ainsi dans un mal le remède à un autre mal, car en nageant ils perdirent leurs bêtes de somme, mais évitèrent les coups de l'ennemi.
Quant aux hommes d'armes qui montaient d'agiles coursiers, ils se défendirent vaillamment, et se firent ainsi jour jusqu'à Joppé.

Le roi, comblé de joie, et bien réconforté par leur arrivée, ne voulut pas différer d'un instant l'exécution de son projet.
Dès le lendemain matin, il rangea en bon ordre ses hommes d'armes ainsi que les hommes de pied, et partit pour aller livrer bataille à ses ennemis. Ceux-ci, qui n'étaient pas alors éloignés de plus de trois milles environ de Joppé, préparaient déjà leurs machines pour former le siège de cette ville, et en abattre les murailles à l'aide de pierrières ; mais à peine voient-ils les Chrétiens venir les combattre, qu'ils prennent leurs armes et nous reçoivent audacieusement.
Comme leur multitude était immense, ils ont bientôt entouré les nôtres de toutes parts. Ceux-ci se trouvent alors cernés complètement et rien que le secours d'en haut ne peut les sauver ; mais mettant toute leur confiance dans la toute-puissance du Seigneur, ils ne cessent de s'élancer, et de frapper tour à tour partout où ils voient la foule des Sarrasins plus épaisse et plus acharnée.
Lorsqu'à force de combattre vaillamment ils ont enfoncé l'ennemi sur un point, ils leur faut sur-le-champ se porter sur un autre ; dès que les Infidèles voient en effet nos hommes de pied cesser d'être protégés par nos hommes d'armes, ils se hâtent de courir sur eux, et massacrent ceux des derniers rangs ; mais de leur côté les gens de pied ne se conduisent pas en lâches et font pleuvoir sur ceux qui les attaquent une telle grêle de traits que vous en auriez vu beaucoup enfoncés dans le visage et les habits des Sarrasins.
Ceux-ci donc repoussés fortement par les archers à pied, couverts de blessures par les lances des hommes d'armes, et déjà même chassés de leurs tentes, grâce à l'appui que nous prête le Seigneur, tournent le dos aux Francs et prennent la fuite.

Malheureusement on ne put les poursuivre longtemps, car ceux qui les contraignaient à fuir étaient en trop petit nombre : du moins abandonnèrent-ils aux mains des Francs leurs tentes et les approvisionnements de tout genre qui se trouvaient dans leur camp ; quant à leurs chevaux, ils les emmenèrent tous avec eux, à l'exception de ceux qui étaient blessés ou morts de faim, mais nous leur prîmes bon nombre de leurs chameaux et de leurs ânes.
Enfin, grâces à Dieu, pendant que ces infidèles fuyaient beaucoup d'entre eux, blessés ou dévorés de la soif, périrent dans les chemins. Il était certes juste et convenable que ce qu'il y a de vraiment bien dans les choses, mais seulement ce qu'en décide la fortune.

Bien souvent l'homme regarde comme nuisible pour lui ce qui bientôt après, et grâce à la sagesse d'en haut, lui devient profitable ; et il arrive que ce qui d'abord lui avait réussi tourne peu après à son grand désavantage. Le combat fini, et le roi étant, comme on l'a dit, demeuré victorieux, il fit plier les tentes, et revint à Joppé.
Le pays ensuite délivré de toute guerre goûta un entier repos pendant l'automne et l'hiver suivant.

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Sources : Textes de Foulcher de Chartres - Collection des mémoires relatifs à l'Histoire de France ; Editions J-L. J.Brière, Librairies : Paris 1825
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Notes
1 - Archas ou Arqua : La petite ville fortifiée d'Archas était une place hautement stratégique au temps des Croisades, car elle commandait la passe entre le djebel 'Akkâr et la côte, contrôlant ainsi la route reliant Tortose et Tripoli, les deux pôles du comté du même nom.
Les croisés, arrivés dans la riche plaine de la boqueia'a s'étaient emparés, le 29 janvier 1099 de Hossn el-Akrad, alors qu'un contingent, sous la conduite de Raymond Pilet et Raymond Vicomte de Turin, traversait la région des basses-plaines du Akkar et se dirigeait vers le littoral, l'autre troupe franchissait le Nahr El-Kébir pour aller investir la ville fortifiée de Arqua ou Archas. Sources : L'Architecture Religieuse de Cobiath (Kobayat) sous les Croisés.
Sur leur passage les émirs encore très impressionnés par l'écrasante victoire de Dorylée et les abominations commises dans Maara, proposèrent de payer un tribut en or comme un droit de passage et offrir des guides pour faire avancer les croisés en les poussant loin de leurs terres ! Arrivé devant Arqua, la ville située au nord de Beyrouth et à côté de Tripoli, Raymond fut ébloui par les richesses de la cité et dédaignant les cadeaux que lui offrait le gouverneur, il mit le siège à la ville.
Sources : Anonymes

2 - Arsuth ou Assur ou Antipatris ville de Palestine voisine de Joppé (Jaffa). Est assiégée par Godefroi de Bouillon et prise par son successeur Baudouin Ie. Baudouin s'y réfugie après avoir été vaincu par les égyptiens.
Sources : Guillaume de Tyr XVII 40, 73 - Albert d'Aix XX 444 XXI 44.

Assur - Hugues de Revel, d'une maison illustre en Auvergne parvint au magistère après la mort de Châteauneuf. Il était en exercice de cette charge suivant une charte (t, I. p 162), le 24 octobre 1259. Les Hospitaliers illustrèrent son magistère par de nouvelles preuves de leur valeur. L'an 1265 quatre vingt dix hospitaliers se font tuer l'un après l'autre en défendant le château d'Assur ou Arsuth contre Bibars sultan d'Egypte. Ces pertes et d'autres semblables qui succedèrent menaçaient le Christianisme d'une extinction totale en Palestine. L'an 1269 les chevaliers soutinrent pendant deux mois le siège de Krac formé par Bibars et tous ceux qui s'y trouvèrent y périrent.
Sources: L'art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur. Par Maur-François Dantine, Charles Clémencet, Saint-Allais (Nicolas Viton), Ursin Durant, François Clément, Maurists.

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