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Quelques études réalisées sur les Templiers

A la recherche de la grange templière de Gals en Haut-Rouergue
Département: Aveyron, Arrondissement: Millau, Canton: Causses-Rougiers, Commune: Saint-Jean-et-Saint-Paul - 12

Saint-Paul-des-Fonts
Localisation: Saint-Paul-des-Fonts

Etrange histoire que celle de cette grange, fondée au XIIe siècle dans la paroisse de Saint-Paul de la Fonts  (1), dont on ne retrouve aujourd'hui qu'une grande « devèze » d'une centaine d'hectares, plusieurs fois partagée au XIXe siècle après avoir échappé à l'autorité religieuse bien avant 1789, et dont on recherche vainement les bâtiments et la chapelle Saint-Martin.
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La formation et la désagrégation de la grange
Au milieu du XIIe siècle, les Templiers sont déjà installés en Rouergue. C'est alors que la préceptorie de Sainte-Eulalie du LarzacDomaine du Temple de Sainte-Eulalie du Larzac
Domaine du Temple de Sainte-Eulalie du Larzac
se fixe dans la reculée du Cernon, et, de là, envahit la presque totalité du Causse, versants compris. Rapidement très vaste, elle s'organise avec membres, domaines et granges. Parmi celles-ci, Gals - une des plus anciennes - semble procéder d'une villa gallo-romaine fractionnée en plusieurs manses ou « mas » toujours dits de Gals, et dont certains habitants, dénommés de ce patronyme, figurent, de 1162 à 1256, dans les cartulaires  (2), en qualité de chapelains, témoins, garants, « actores » ou donateurs. En 1183, c'est le monastère cistercien de Nonenque, non le Temple, qui reçoit une partie de la vallée de l'Ennou, proche mais en dehors du terroir de Gals.

Le premier texte connu, vers 1150  (3), concerne la cession des droits que Geoffroy de Tournemire et son fils possèdent sur le mas de Gals - ou dels Gats (l'orthographe se fixera plus tard). Mais les grands bienfaiteurs sont ensuite les seigneurs d'Auriac, près de Saint-Rome de Tarn.

En 1178  (4), Béranger d'AuriacBeranger d'Auriac
Beranger d'Auriac
et ses fils donnent au précepteur du Temple de Sainte-Eulalie la « ecclesia de Gals et tot lo mas en que la ecclesia es bastida » ainsi que les hommes, les femmes, les terres cultes et incultes, les bois, les eaux et tout ce qui appartient à ce mas et à l'église « aperta » sur laquelle ils détiennent le fief, l'alleu, la viguerie, la dîme et d'autres droits.
La même année, Béranger - le père -, outre le don de sa personne, livre à Guillaume de Saint-Alary, maître du Temple en Rouergue, deux mas appelés Gals. Dans l'un il possède le fief, la viguerie et la dîme ; dans l'autre, l'alleu, la dîme et le fief « en propre ».

Toujours en 1178, ses fils confirment le don avec la « charité » correspondante un cheval évalué à 300 sous et du numéraire déjà reçus par leur père. Ils précisent que celui des mas dont ils avaient l'alleu, la dîme et le fief était donné avec ses habitants, ses terres et ses bois, dont une ormaie. Ce n'est pas la seule confirmation, ni la seule compensation onéreuse ; toutes les cessions de la famille d'Auriac s'assortissent de solides contreparties, la plus importante évidemment concernant la chapelle.

Tel était, apparemment, le noyau central de la grange de Gals : trois manses dont l'un est grevé de la servitude d'une viguerie étrangère. Les Templiers vont patiemment essayer de la récupérer : en 1182  (5), Guilhem de la Roque (Tréboul) et sa femme Garsen « engagent » à la préceptorie la viguerie de leur mas de Gals et diverses drejuras (droits), avec jouissance partielle de revenus en garantie d'un prêt de 30 sous de Melgueil versés en deniers neufs.

En 1183, acquisition d'une moitié de fief appartenant à deux frères Raynal et Raoul ;
En 1184  (6), obtention de droits et de fruits, à savoir « quatre hémines de (...) cessale et d'un agneau sur le champ de Gals, dit du Fief », contre un prêt en argent fin de Toulouse consenti à Bernard Delrieu et à Raymond.

Enfin, vers 1190  (7), Pierre et son frère Bernard abandonnent le quart du mas « des Essarts de Gals » per feu loqual mas teno lo Fabre. La liste n'est sûrement pas exhaustive, mais de là date la fin des grandes cessions.

Au XIIIe siècle, les seigneurs sont beaucoup moins généreux, aussi bien pour le Temple que pour Cîteaux. Certes, il y a encore des amendements, des échanges avantageux pour arrondir la grange : ainsi, en 1225  (8), le mas des Issarts est totalement passé aux mains des Chevaliers, les limites avec leurs autres domaines étant nettement fixées ; il est sûr aussi, d'après des contestations ultérieures, que les terres de Camp Redon et de Tourret Gavalda  (9) appartiennent à Gals puisqu'un de ses donats templiers en recueille les grains ; d'autre part, il appert que le terroir d'Endenaves, au moins en partie, lui a été rattaché ainsi que des lopins enclavés dans le cirque de Saint-Paul  (10). Impossible d'affiner davantage en ce qui concerne la superficie de la grange, encadrée d'abord par les ruisseaux de Boutou et du Labadou ou Lavedou  (11), ensuite bordée au sud par celui des Crozes, qu'en peu de temps elle a complètement débordés.

Ce XIIIe siècle du regroupement des droits est aussi celui des difficultés. Les Jourdain de Tournemire
Tournemire
regrettent les dons passés, la puissante abbaye de Nonenque
Nonenque
prétend lever des dîmes sur toute la paroisse de Saint-Paul
Saint-Paul
de la Foz du fait de son patronage de l'église, sans en excepter la grange de Gals et sa chapelle. En 1266, un différend oppose l'abbesse Agnès de Claviers, soutenue par Alphonse de Poitiers, comte de Toulouse, au commandeur de Sainte-Eulalie, Raymond de Chambarrat, qui a fait aménager le Pas de Gals en empiétant sur les biens de Nonenque. La transaction enrichit le monastère d'une pièce de terre dite « Als Issards » confrontant le terroir de Gals, valat au milieu, laquelle appartenait au commandeur  (12). De plus, les granges cisterciennes du Vialaret
Vialaret
et de Caussanes
Caussanes
, ainsi que la métairie hospitalière de Mascourbe
Mascourbe
, encadrent au sud-est, sud et ouest Gals et Endenaves, cette contiguïté entraînant de fréquents et réciproques dommages  (13). Enfin le Temple conteste dans ses pâtures et bois les abus de dépaissance des hommes du castrum de la Roque Tréboul et de la communauté de Saint-Paul de la Foz dont, à partir de 1271, le roi de France est devenu le suzerain, par héritage d'Alphonse de Poitiers. Les intérêts divergent de plus en plus. Au XIVe siècle, aucun de ces problèmes n'est réglé et leur solution devient plus délicate encore après l'arrestation des Templiers en 1307, bien que les Hospitaliers, héritiers des biens fonciers, aient repris et soutenu toutes les revendications de leurs prédécesseurs. C'est l'époque de la réduction de la grange.

La question d'Endenaves est toujours en instance. En juillet 1316, le commandeur de Saint-Félix, chargé des intérêts de la maison de Sainte-Eulalie et de ses dépendances, envisage de céder au procureur de l'abbesse de Nonenque « l'acceptant » la grange de Gals et le territoire d'Endenaves, dénommé aussi le Breul, contre une série de mas répartis dans cinq paroisses (sur le Larzac et au pied du causse). La décision fut sans suite, puisqu'en 1320 seul Endenaves est attribué pour trois parts au monastère de Nonenque, tandis que la quatrième est adjugée à l'Hôpital de Saint-Félix
Saint-Félix
, pour être rattachée à son domaine de Mascourbe. Des bornes sont soigneusement dressées entre Gals, Caussanus et Mascourbe.

Dans le même temps, les démêlés avec le roi s'aggravent. Les Templiers avaient droit aux fourches patibulaires, signe de haute justice. Philippe le Bel les fit remplacer par les siennes ; avant les procès, le lieutenant du bailli de Millau fut chargé de dresser un pilori à Gals  (14). Ensuite, en 1346  (15), ses hommes forcent la porte de la grange et la pillent après avoir enlevé à peu près 300 livres de bétail. Les ravages de la guerre de Cent Ans sont tels que le commandeur de Saint-Félix préfère se dessaisir de nombreuses terres arables et de vignes dans la paroisse de Saint-Paul
Saint-Paul
plutôt que d'avoir à les défendre.

Le déclin de la grange appelle un remaniement de structure. Dès avant 1306, elle a perdu son autonomie, le commandeur du Frayssinel, Beranguier Guiraud, gérant les deux domaines à cette date  (16). Les Routiers ne rencontrent pas de défense, et la dévastation fut complète.

Les Hospitaliers comprirent la leçon et, en 1430, firent fortifier le Mas Vila
Vila
(le Viala
Viala
du Pas de Jaux), désormais érigé en grange après avoir pris en charge quelques mas de la bordure du Larzac, le domaine du Frayssinel également ruiné - les habitants s'étant repliés à Sainte-Eulalie et ce qui restait de Gals, entre Caussanus à l'ouest et la Roquetriboul (le Castel ou castrum de Saint-Paul de la Foz) dont les murailles furent renforcées sur ordre royal en 1362.
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L'ancienne église Saint-Martin
Ce lieu de culte des Templiers, situé en plein champ, n'a pas été édifié par eux. Sa création est ancienne ; la dédicace votive suffirait à le prouver et la charte de 1178  (17) le confirme. La famille d'Auriac s'en débarrasse en application tardive des décisions du concile de Toulouse.

A l'époque templière, Saint-Martin de Gals était desservi par un chapelain de la préceptorie. L'essentiel de son temporel était fourni par la grange et se complétait sur le plateau où des dîmes étaient levées sur certains mas dont les exploitants fréquentaient l'église de Gals. Elles consistaient en grains, légumes, produits agricoles, carnelage, surtout d'agneaux. Même dans ce domaine, la rivalité de l'abbaye de Nonenque ne désarme pas. Elle invoque son patronage de l'église de Saint-Paul de La Foz et donc son droit de dîmes sur toute la paroisse, la grange et la chapelle du Temple comprises.

Le commandeur proteste au nom de la seigneurie temporelle et spirituelle qu'il détient sur tous ses biens en vertu de la faveur comtale de 1187, et des « immunités et privilèges » concédés par le siège apostolique. En 132l  (18) intervient un compromis. L'abbaye ne percevra rien sur le patrimoine de Saint-Martin, elle gardera la moitié de la dîme sur les terres de la grange cultivées aux frais du commandeur (l'autre moitié, soit le l/20e des récoltes, revenant de droit aux Hospitaliers) et la totalité sur les exploitations confiées aux étrangers - c'est une période de novales dont la formation s'accélère depuis le paréage conclu en 1321 entre l'abbesse et le roi, le territoire de Saint-Paul de la Foz en étant un élément. Des incidents n'en surgissent pas moins. En 1361, l'abbesse accuse le donat de Gals d'avoir soustrait à la dîme  (19) une partie de la moisson de Campredon et du Tourret Gavalda, astreintes au l/20e. Après enquête, il appert que les moniales s'étaient servies d'avance, avant l'habituelle estimation dans les champs, à la « gerbière et au plongeoir », et de plus avaient encore dérobé nuitamment des gerbes au nom de cette nouvelle dîme. Malgré un certain nombre d'entorses et contestations réciproques, ce texte de 1321 a gardé force de loi pendant plusieurs siècles.

Quand la prépondérance du Viala
Viala
du Pas de Jaux s'affirme sur les terres de l'ancienne grange, elle pèse aussi sur les destinées de Saint-Martin. Après que les Hospitaliers eurent construit au Viala - qui jusqu'alors religieusement dépendait de Condat Brias (aujourd'hui Tournemire
Tournemire
) - un lieu de culte dédié à Saint-Jean Baptiste, la plupart des fidèles du Larzac délaissèrent Gals à son profit. Au début toutefois les deux églises restèrent en exercice simultané, mais en 1439  (20) elles n'ont plus qu'un vicaire, celle du Viala. Plus tard, les revenus et dîmes de Gals assurent son « vestiaire »  (21) ; puis le silence devient total. Le pouillé du diocèse de Vabres au XVIIIe siècle ne mentionne plus le « bénéfice de Gals ». Néanmoins, les dîmes de l'ancienne grange sont toujours mentionnées à part, mais dans le cadre de la paroisse de Saint-Paul. Malgré de pieuses revendications hospitalières, il semble bien que le monastère de Nonenque en ait récupéré la totalité.

Quelle cause donner à l'effacement de Saint-Martin ?
L'inutilité ?
La destruction ?
Question difficile comme celle de son emplacement devenu inconnu. Et comment le retrouver après tant d'oubli, sans substructures visibles sur le terrain ?
Il y a bien dans une étable avec palier joignant, au bord du ruisseau des Crozes, une partie de mur extérieur en gros appareil, mais n'est-ce pas un réemploi ?
Comment savoir, dans le meilleur des cas, s'il provient de la chapelle ou des anciens bâtiments eux aussi disparus ?

Certes, on a jadis exhumé du terroir deux sarcophages et des ossements, mais nul n'est maintenant capable de désigner les points précis où la charrue les a découverts. Bref une fin aussi obscure que celle de la grange, l'une et l'autre absentes de la vente des biens nationaux, puisque la « devèze » ainsi que les terres « hermes » et abandonnées d'alentour étaient déjà devenues communales.

Il serait tentant d'expliquer la disparition de la grange de Gals par son origine impliquant la division des sols en petites et moyennes exploitations vouées au faire-valoir indirect et aussi par sa finalité totalement axée sur le profit, étable, grenier, cellier, mais non centre de vie.

Pourtant, au départ, ses atouts étaient sérieux : située non loin de la préceptorie de Sainte-Eulalie, la grange devait participer à sa prospérité et en recevoir les retombées ; grange uniquement de versant nord exposée au midi, ensoleillée, au point de porter des vignes, arrosée de sources et de ruisselets, enfin riche de champs, chènevières, pâtures, devèze et surtout bois. Mais la médiocrité des bâtiments, avec pour corollaire la facilité des razzias, le désintérêt des Hospitaliers pour cette possession de plus en plus fragilisée, l'ambition de Nonenque renforcée par le paréage, les empiétements de la communauté de Saint-Paul de la Foz, la guerre et les Routiers, ont été assurément à l'origine de la dispersion suivie de la disparition des biens de la grange.
Sources : de Gisèle Bourgeois - Annales du Midi, revue de la France méridionale - Tome 100, N·181 Janvier-Mars 1988

 

Notes
1. Saint-Paul de la Foz, aujourd'hui paroisse de Saint-Paul des Fonts, commune de Saint-Jean-Saint-Paul, canton de Cornus, arrondissement de Millau.
A. HIGOUNET-NADAL, L'inventaire des biens de la commanderie du Temple de Sainte-Eulalie du Larzac en 1308, dans Annales du Midi, 1956, p. 255-262, n'avait pas pu identifier Gals. Cette recherche complémentaire lui apporte une amicale réponse.

2. Les patronymes de Gals :
1167, Deodatus de Gals, chapelain ;
1183, Bernardus, Guibertus de Gals et leur mère Rixens, donateurs ;
1184, Déodat de Gals, prêtre ;
1195, Daude de Gals, garant ;
1243, B. de Gals, témoin ;
1255, Guillaume de Gals, defensor du castrum de La Roquetreboul et de la communauté de Saint-Paul de la Foz. Tous ces noms proviennent des Cartulaires de Sylvanés et de Nonenque (Cartulaire et documents de l'abbaye de Nonenque, publié par C. Couderc et J.-P. Rigal (t. XVIII des Archives historiques du Rouergue), 1951 ; Cartulaire et documents de l'abbaye de Sylvanès, publié par P.A. Verlaguet (t. I des Archives historiques du Rouergue), 1910.


3. A. Du BOURG, Histoire du Grand Prieuré de Toulouse, Toulouse, 1883, p. 576.

4. Cl. BRUNEL, Les plus anciennes chartes en langue provençale, Paris, 2 vol., 1926-1952, t. II, n· 429-430.

5. Ibid, n· 462.
6. Ibid, n· 475.
7. Ibid, t. I, n· 250.
8. Cartulaire Nonenque, n· 58 et n· 79.

9. Ibid., n· 164.

10. Les chartes concernant le territoire d'Endenaves sont nombreuses ; une des plus importantes, mais qui fut remise en question, concerne un échange (Cartulaire de Nonenque, n· 122).

11. A. Soutou, La commanderie de Sainte-Eulalie du Larzac, Millau, 1974, p. 53.

12. Cartulaire de Nonenque, n· 85. L'attribution de la pièce des Issards à Nonenque est compensée par un don de deux hémines de cens annuel reconnues aux chevaliers par l'abbesse.

13. Cartulaire de Nonenque, n· 124 et 126.

14. Archives départementales Aveyron, documents pour servir à l'histoire de Sainte-Eulalie de Cernon, collationnés en 1978 par J. Delmas au titre de la charte culturelle de l'Aveyron.

15. A. Du BOURG, Etablissements des Chevaliers du Temple et de Saint-Jean de Jérusalem en Rouergue, dans Mémoires de la Société des Sciences, Lettres et Arts de l'Aveyron, 1886, t. XIII, p. 141-181.
16. SOUTOU. p. 42.
17. BRUNEL, t. II, n· 429.
18. Cartulaire Nonenque, n· 125.
19. Ibid., n· 164.
20. Sourou, p. 44.

21. J. HERMET, Les bénéfices de l'évêché de Vabres sous l'Ancien Régime, dans Revue historique du Rouergue, 1927.
Sources : de Gisèle Bourgeois - Annales du Midi, revue de la France méridionale - Tome 100, N·181 Janvier-Mars 1988
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