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Quelques études réalisées sur les Templiers

Les Templiers et la Police des Foires et Marchés dans la Bretagne Médiévale
Institution d'origine féodale, la chevauchée semble avoir été assez commune en Bretagne. Forme particulière du service d'ost, cette pratique qui avait pour but d'assurer à l'intérieur du fief, la police des foires et marchés, devait survivre dans notre province jusqu'à une époque assez tardive  (1)

On sait toutefois peu de choses des origines de cette coutume dont il est fait fréquemment mention dans les aveux du XVIe siècle. Tout porte à croire qu'elle naquit en Haute-Bretagne, à la fin du XIIe siècle, de la nécessité d'assurer aide et protection aux marchands contre les incursions normandes fréquentes à cette époque dans le nord-est de notre province.

La chevauchée est, sous sa forme coutumière, liée en Bretagne à la stabilisation du régime seigneurial. Il faut, en effet, attendre le XVe siècle et surtout le XVIe siècle pour voir les transactions se sédentariser, puis la religion chrétienne venant informer insensiblement l'ensemble de la vie sociale, les foires se placent peu à peu sous la protection de patrons illustres.

Certes, de bonne heure, l'octroi de certaines franchises seigneuriales avait permis la constitution d'enceintes où les marchands se donnaient plus volontiers rendez-vous. Nous savons ainsi que, dès le milieu du XIe siècle, d'importantes foires se tenaient à Vitré et à Lamballe et près de Saint-Malo.

Mais en ces temps reculés, de telles initiatives constituaient encore des exceptions. C'était sur les cimes dénudées des montagnes de l'intérieur que, depuis les époques les plus éloignées, se donnait rendez-vous le peuple breton. Des lieux comme le Marc'hallac'h, le Menez-Bré, Montbran
Montbran
, étaient le théâtre de vastes manifestations collectives dont le souvenir s'est perpétué jusqu'à nous.

De tels déplacements de foules ne devaient pas manquer d'occasionner de nombreux désordres ; nous sommes malheureusement dépourvus de tous renseignements sur le régime de police qui y était en vigueur.

Certains indices nous autorisent cependant à croire qu'à l'origine, l'Ordre des Templiers dut jouer, dans l'acheminement et la protection de ces vastes rassemblements, un rôle non négligeable. Le fait semble avoir été passé sous silence par la plupart des historiens de notre province.

Or, des aveux du XVIe siècle nous apprennent qu'au coeur des Monts d'Arrée, au bourg même de la Feuillée
Feuillée
, la Commanderie de l'Ordre tenait, en mai et septembre, aux fêtes de l'Invention et de l'Exaltation de la Sainte Croix, deux foires annuelles. Les guerres du XVIe siècle, avec l'insécurité qu'elles engendrèrent, durent avoir raison de ces anciennes foires, car il n'est plus question, aux siècles suivants, dans cette bourgade reculée, que d'un modeste marché  (2)

Il y a tout lieu de croire, en l'absence de preuves formelles, que ce furent des reliques de la Vraie Croix de Jérusalem rapportées de Palestine par les Chevaliers de Saint-Jean, qui provoquèrent, en ces lieux retirés, des assemblées aussi considérables.

Plus à l'est, à la Ville-Blanche, sur le territoire de Bocqueho, qui appartenait depuis 1182 aux Templiers de Plélo
Plélo
(diocèse de Saint-Brieuc), M. de Barthélémy  (3) a naguère signalé, entre autres vestiges, une longue voie pavée. Cette dernière se dirigeait vers un emplacement, le "Marc'hallac'h" dont nous savons qu'il fut, au Moyen Age, l'un des principaux lieux d'échange de la Bretagne.

Les vestiges, aux environs, d'un établissement qui fut important, attestent que la surveillance des voies menant à ce lieu dut être, aux origines, assurée par les Templiers de cette région  (4)

Non loin de là, à MontbranMontbran, en Pléboulle, dans le diocèse de Saint-Brieuc, s'élevaient, dès le début du XIIIe siècle, une Templerie, une Chapelle, toutes deux placées sous le vocable de la Sainte-Croix, nous rapporte une charte de 1201. Intéressant vestige de cette lointaine époque, une tour octogonale fort grande demeure encore aujourd'hui près du village du Temple, fièrement assise sur un rocher surplombant une courbe décrite en cet endroit par la rivière du Frémur.

Aux pieds de ces terrassements, dominant l'ancienne voie romaine qui conduisait d'Aleth à Carhaix, se tenait chaque année, à la Sainte-Croix de septembre, une assemblée considérable. C'est là que, dans les siècles reculés du Haut Moyen Age, alors que les centres d'échange étaient encore rares et peu sûrs, se donnaient rendez-vous tous les habitants de la province. L'existence, dans la région, de plusieurs domaines ayant appartenu jadis aux Templiers, atteste que ces derniers durent, pendant de longs siècles, y exercer leur autorité, favorisant dans cette région, la liberté des échanges et le développement des transactions.

A Carentoir
Carentoir
(Morbihan), un historien local  (5) ayant remarqué les privilèges considérables dont jouissaient anciennement les habitants relevant de la Commanderie établie dans cette localité, a rattaché à la présence ancienne des Templiers dans cette région l'origine des foires de la localité dont le succès, en dépit d'une fiscalité seigneuriale de plus en plus forte, ne devait pas se démentir jusqu'à la fin de l'Ancien Régime.

Une déclaration malheureusement fort tardive, relève, en effet, que la Commanderie de la Templerie avait "droit et privilège que tous et chacun ses hommes estaient francs et exempts de tous debvoirs de coustumes, péages et guet". La suite de l'aveu atteste, en effet, l'existence de franchises anciennes, depuis longtemps tombées en désuétude.

Les habitants de Carentoir
Carentoir
, d'après l'aveu, portaient jadis, nous est-il dit "comme plusieurs anciens affirment", une croix cousue sur leurs vêtements, analogue à celle qui, au témoignage des gens de l'époque, étaient gravées aux portes de certaines demeures appartenant à la Commanderie, témoignage de "privilèges et franchises qui se discutaient presque partout, tant pour négligence des sujets que par celle des officiers".

La même déclaration nous apprend qu'au XVIIIe siècle, les droits seigneuriaux prélevés aux foires de cette localité étaient de "1 pot par pippe sur les vins et cildres, plus les debvoirs de coustumes, sur les aultres marchandises" qui s'y vendent et débitent.

Non loin de là, dans le diocèse de Tréguier, le Commandeur du Palacret, dans la paroisse de Saint-Laurent, semble avoir joué, dans cette région, un rôle analogue. Un aveu de 1727 révèle, en effet, qu'autour de la chapelle Saint-Eloy avaient lieu "chascune année onze foires" dont les "cousfumes" étaient prélevées par le Commandeur  (6). La mention du nombre inusité de ces foires - déjà pour la plupart tombées en désuétude à cette époque - prouve l'existence à notre sens d'assemblées anciennes beaucoup plus considérables dont la Commanderie se serait, pour des raisons pécuniaires, assuré de bonne heure la police.

Les Templiers de la Guerche
Guerche
durent, de leur côté, posséder de bonne heure divers marchés. Nous savons, en effet, qu'au XVIe siècle, un Commandeur "Hospitaliers" vendit des biens hérités des Templiers, à la famille de Beaucé, un manoir sis en la Chapelle-Jeanson ainsi que son fief de la Templerie  (7) avec le droit de tenir "foires et marchés" dans le bourg.

En Loire-Inférieure, enfin, la Commanderie de Biais
Biais
, possédait, depuis le XIIe siècle, une foire célèbre, à laquelle, nous apprend une lettre patente de Jean V d'avril 1406  (8), "soûlaient et avaient accoustumé venir et se assembler plusieurs marchands du païs de Poitou et des marchés d'environ".

Cette foire, qui avait lieu régulièrement le cinquième dimanche après Pâques, était due à la libéralité de la duchesse Constance. En ce pays de marchés, elle dut connaître pendant de longs siècles un succès auquel la présence des Templiers n'était pas non plus étrangère.

Se voyant désormais interdites les expéditions en Palestine qui étaient leur raison d'être, les Templiers furent, en Bretagne, comme ailleurs, dans l'obligation de prendre racine sur notre vieille terre d'Occident.

Leur rôle militaire s'étant effacé, leur caractère seigneurial devait inévitablement s'accentuer sous l'empire des nécessités pratiques, et au XVIe siècle, la police des foires n'était plus devenue pour eux que prétexte à perception de revenus non négligeables.
Sources : Michel DUVAL - Association Bretonne et Union Régionaliste Bretonne - Tome 72 - 1953

 

Notes
1. Guillotin de Corson : Usages et Droits féodaux. Rennes Plihon, 1904.
2. Ogée (Dictionnaire : La Feuillée) écrit que de son temps (vers 1775) il se tenait encore, dans ce bourg, le 1er mardi de chaque mois, une foire considérable de bestiaux ; il ajoute que deux autres foires, fixées alors au 24 août et au 17 novembre, y duraient six jours chacune.
3. Anciens Evêchés de Bretagne, tome VI, p. 110.
4. Guillotin de Conson.
5. Abbé Le Claire : L'ancienne Paroisse de Carentoir, Vannes. Lafolye, 1895.
6. Archives de la Vienne. 3. H. 464.
7. Guillotin de Corson. Pouillé. III. 70.
8. Blanchard : Actes de Jean V. I. 92.
Sources : Michel DUVAL - Association Bretonne et Union Régionaliste Bretonne - Tome 72 - 1953
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