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Quelques études réalisées sur les Templiers

Les Templiers et Hospitaliers dans le Vendômois - Chartes inédites
I° - Les Templiers
L'ordre du Temple fut fondé par les croisés à Jérusalem, en 1118. Les statuts, approuvés en 1128 par le concile de Troyes, furent confirmés par le pape Honorius II.

1° Vendôme.
— La maison de Vendôme fut une des dix premières en France ; malheureusement l'acte de fondation en est perdu. L'abbé Simon (1), ordinairement si bien renseigné, ayant toujours puisé aux sources, la fait remonter à l'an 1150 environ, et en attribue l'établissement à Mathilde ou Mahaut, fille unique de Henri Ier, roi d'Angleterre, alors doublement veuve, et de l'empereur Henri V (1106 et 1125) et de Geoffroy le Bel, comte d'Anjou (1129 et 7 septembre 1150).
1. Histoire de Vendôme, tome 3, page 84.

M., de Pétigny, dans son Histoire du Vendômois, page 487, a rectifié cette erreur, fondée sur un document copié avec trop de confiance par le docte chanoine, mais fautif, sinon sur le fait lui-même, du moins sur la qualité des personnes. Mathilde, la fondatrice, était fille d'Hugues IV, vicomte de Châteaudun. Elle avait épousé en premières noces Robert, vicomte de Blois (1) et en deuxièmes noces Geoffroy-Grisegonelle, comte de Vendôme. Après la mort de son second mari, arrivée en Palestine peu après 1145, Mathilde voulut, d'une part, honorer la mémoire de ce héros des croisades et, de l'autre, imiter le noble exemple de son frère, Geoffroy, qui venait de fonder, près Mondoubleau l'une des premières maisons des Templiers. Elle donna de grands biens une terre considérable à Fréteval, la seigneurie du Gué-du-Loir ou La Bonne-Aventure. A Vendôme même, les chevaliers eurent deux maisons, l'une, au pied du château, qui prit le nom de Temple, avec une église et un hospice pour recevoir les pèlerins qui allaient à Jérusalem ; l'autre, dans l'intérieur de la ville, avec une belle église, consacrée par l'évêque de Chartres sur le vocable de saint Jean-Baptiste, où, d'après son expresse volonté, la comtesse fut enterrée en 1166.
1. Elle était déjà veuve de Robert en 1105, car il était déjà question alors de son mariage, avec Geoffroy, comte de Vendôme qu'Yves de Chartres, voulait empêcher pour cause de parenté. Il ne faut donc pas la confondre avec Mathilde, fille de Geoffroy, vicomte de Châteaudun, qui paraît dans la Charte 471 du cartulaire de la Trinité.

L'abbé Simon voyait encore de son temps au milieu du chœur la tombe de la généreuse fondatrice. C'était une grande dalle tumulaire en marbre noir, Mathilde y était représentée en marbre blanc. L'épitaphe, sur des bandes de cuivre, fut enlevée lors de la prise et du pillage de Vendôme, par les troupes d'Henri IV, en 1589. Ce marbre précieux, d'après M. de Pétigny, aurait été retrouvé et brisé, et les débris dispersés lors de la restauration de l'église, depuis l'introduction des religieuses calvairiennes.

Les Templiers n'occupèrent cette dernière maison que peu d'années, et en firent abandon en 1223 aux religieux de saint François, les Cordeliers.
Vendue à la révolution, c'est aujourd'hui un couvent de religieuses bénédictines dites du Calvaire.

L'exemple de la noble fondatrice ne fut pas stérile. Les chevaliers et seigneurs du Vendômois se firent un devoir d'enrichir le nouvel ordre religieux, et bientôt de nombreux centres d'exploitations furent établis de tous côtés, soit à Matras, plus tard connu sous le nom de Beauchène, soit aux Chenevrys près Savigny, à Belle-Lande, à Epuizé, etc., dont nous parlerons bientôt, mais nous devons mettre au premier rang les deux riches prieurés de Mondoubleau et d'Arville.

2° Le Temple près Mondoubleau.
Le Temple de Mondoubleau existait déjà en 1134. Cette année, le 1e décembre, Geoffroy, vicomte de Châteaudun, neveu de Mathilde, comtesse de Vendôme, signait une charte en faveur du prieuré de Cormenon, dépendant de la Trinité de Vendôme. L'acte fut passé en présence d'un grand nombre de témoins dans la forêt du Perche. Actum in foreste que Perticus dicitur, in domo militum de Templo. Capable de recevoir on 1134 la cour des vicomtes de Châteaudun avec ses nombreux chevaliers, le Temple de Mondoubleau doit faire remonter son origine au moins de quelques années, vers 1130 et devient l'une des premières fondations de France (2).
2. La plus ancienne fondation en France, d'une date certaine, est celle de Puisieux-sous-Laon en 1130 ; la seconde celle de Mont-de-Soissons en 1133 ; la troisième celle d'Arras en 1140.

Ce fut très probablement l'œuvre du vicomte Geoffroy, frère de Mathilde, comtesse de Vendôme, que la charte que nous analysons ci-après, suppose comme un fait connu.

Hugues V, fils de Geoffroy, vicomte de Châteaudun, seigneur de Mondoubleau, avec l'assentiment de sa femme et de ses fils Geoffroy (3), Hugues et Payen, donne aux Templiers qui se sont établis sur une terre donnée par son père, hors de son parc seigneurial, dans un lieu alors appelé Deffais ou Deffens, tout le bois mort de sa forêt pour leur four, avec les droits d'herbage, de pâturage et de panage pour leurs porcs. Il permet encore aux mêmes Templiers de faire venir d'Arville vingt vaches et 10 porcs pour le pâturage et le panage.
3. Geoffroy était mort en 1176. Voir volume 4 de nos Etudes et Documents, page 215.

Le Temple et Arville étaient donc alors, en 1176, en pleine exploitation. Le même acte nous fait aussi connaître le nom du commandeur des Templiers de Mondoubleau « Frater Goerius, qui eodem Tempore erat præceptor domus illius (4) » et de ses religieux : Henri de Charesme, Herman de Dreux, Archembaud de la Chaine, Gautier, Raignaud et Guillaume le Vigneron.
4. Voir le texte complet de cette charte, loco citato, page 218.

Les seigneurs de Mondoubleau prirent bientôt ombrage de la puissance et de la richesse des nouveaux chevaliers et après leur avoir fait abondantes et copieuses largesses, ils les poursuivirent des plus injustes vexations.
Dès l'année 1205, la discorde battait son plein. Le vicomte Geoffroy IV veut empêcher les Templiers de conduire leurs hommes faire des corvées en dehors de la châtellenie de Mondoubleau, leur interdire d'avoir un four, d'étaler les marchandises, de recueillir la fougère dans le bois. L'accord fut d'abord assez facile, le four fut réservé aux religieux et à leurs familiers, les autres habitants de la ville du Temple cuiront leur pain au four du vicomte, le droit d'étal fut restreint aux denrées la vente des grains, chevaux et bestiaux restant soumise aux droits seigneuriaux ; les autres privilèges purement confirmés (5).
5. Voir le texte complet de cette charte, loco citato, page 224.

Les différents droits d'usage dans la forêt du Bouchet, une première fois reconnus par le vicomte cette même année 1205 (6), furent l'objet d'une nouvelle convention en 1212 ; les Templiers, pour avoir la paix, en firent abandon en échange de 45 arpents de bois en un seul tenant le vicomte, toutefois, s'y réservait le droit de chasse et de poursuite pour le cerf et la biche, le sanglier et le chevreuil (7).
6. Voir le texte complet de cette charte, loco citato, page 224.
7. Voir le texte complet de cette charte, loco citato, page 227.


La querelle s'envenima bientôt à ce point, que l'abbé de Sainte-Géneviève de Paris, délégué par le Pape, se vit obligé d'excommunier le terrible vicomte qui, de bienfaiteur, était devenu persécuteur acharné. Le pape Honorius III confirmait de son autorité souveraine cette terrible sentence, le 30 mai 1216 (8).
8. Voir le texte complet de cette charte, loco citato, page 229.

Geoffroy avait enlevé deux chevaux et une charrette à deux serviteurs des Templiers, extorqué 30 sols à l'un, 4 livres à un autre, emprisonné plusieurs manœuvres employés à creuser les fossés, avait fait faucher l'étang d'Aigue-Morte, extirper les bois du Deffais, encombrer les chemins qui vont du Temple à Mondoubleau, Arville et Châteaudun, etc. Vaincu par l'excommunication du Pape, il consentit enfin à l'accord amiable proposé par les juges, à savoir à payer aux Templiers la somme de 80 marcs, et à reconnaître les droits des religieux, mars 1217 (9). Ceux-ci s'empressèrent de mitiger ces dures conditions, lui firent remise de la somme d'argent et lui permirent d'exploiter le bois du Deffais sans nuire à leur droit d'usage (9).
9. Voir le texte complet de cette charte, loco citato, page 231.

Le Temple de Mondoubleau n'avait pas moins de 300 arpents de terre, avait droit de justice et de seigneurie et la nomination du curé de la paroisse.
Il fut attribué aux Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem lors de la suppression de l'ordre. Une visite faite en 1495 le décrit ainsi « Au Temple les Mondoubleau, le village dudit lieu est de 16 ou 20 feuz, hommes de la commanderie à toute juridiction, ou à une église parochiale fondée de Notre-Dame ou de Saint-Jean, servie, par ung frère, et y a une maison fort vieille et en ruyne, où ledit frère chappelain fait sa résidence, et donne de prouffict adjoint avec Gros-Chêne et Materas 81 livres, 4 sols, 8 deniers. »

On trouve avec le titre de commandeurs du Temple de Mondoubleau Jean Daguenet en 1332, Thomas de Walleran en 1368, Pierre Lecteur, prêtre, en 1473, et Emery d'Amboise en 1476.

3. Arville
— La maison d'ArviIle ne remonte pas seulement au XIIIe siècle, comme on le croyait jusqu'à ce jour, mais certainement au milieu du XIIe siècle. Nous avons vu plus haut qu'il était en pleine exploitation bien avant 1176, puisqu'alors Hugues V, vicomte de Châteaudun, permit aux Templiers d'Arville de faire pâturer dans sa forêt 20 vaches et 10 porcs. Toutefois, nous ignorons les circonstances de sa fondation (10).
10. Une charte de l'abbaye de Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou, peu postérieure à 1130, donne parmi les témoins un Guillaume d'Arville, « Guillermus de Aridavilla. » ; s'il faut voir en ce personnage, non un simple seigneur, mais un templier, commandeur d'Arville, la fondation de ce dernier prieuré remonterait environ a la même date que celle du Temple, près Mondoubleau. Un Geoffroy d'Arville « Gaufridus d'Arrevilla » assiste, le 13 juin 1218, à la dédicace de l'Eglise de l'abbaye des Clairets et donne à l'abbaye la dime du moulin de Melard ; Gervais de Soudai, aussi présent ; fit, a la nouvelle abbaye, l'aumône d'un setier de blé sur le moulin de la Chesnai (Cartulaire des Clairets, par M. le comte de Souancé, charte XIII).

Les documents sur Arville sont très rares. On trouve cependant un Robert d'Avelin, commandeur d'Arville, (præceptor Areville) dans une charte de 1208 donnée par Robert de Chartres en faveur du Temple de la Boudinière (11) ; Hugues, également commandeur d'Arville, dans une charte de 1209, délivrée par Regnaud, évêque de Chartres (12). Enfin en 1270, Randoin de Cornouaille et Culvende, sa femme, se donnèrent eux et leurs biens aux templiers selon les us et coutumes d'Arville (13).
11. S. 5000 A., n° 37.
12. Ibidem, n° 10. On connait encore Jean le Tort, prêtre, commandeur en 1383.
13. Pièces justificatives n° 5


La maison d'Arville fut, à la suppression de l'ordre, donnée aux chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem et réunie à la commanderie de Sours sous le nom de Sours et Arville. Elle eut beaucoup à souffrir pendant la guerre des Anglais, aussi en 1410 les habitants d'ArviIle obtinrent du chapitre de l'ordre, en considération des pertes que les Anglais leur avaient, fait subir, remise de la moitié des redevances qu'ils devaient, aux Hospitaliers.

Une visite de 1493 décrit ainsi la maison d'Arvitle « Le membre d'Arville ou a ung villaige de 25 ou 30 feuz, tous hommes de la commanderie, à toute juridiction et justice, ou a une église parochiale fondée de Notre-Dame, servie par un frère chapelain, à présentation de Mgr le grand prieur de France, et y a une maison de commanderie fort vieille et démyte, et donne de prouffict en argent 63 livres 13 sols 6 deniers, 3 sestiers de méteil et 1 muis 5 sestiers d'avoinne. »

Reconstruit depuis, c'était, au XVIIe siècle, un beau château, entouré de fossés et de murailles, avec un enclos de 80 arpents de terre.

4° Beauchène.
— La maison dite les Matras et plus tard Beauchène, située dans la paroisse de la Chapelle Vicomtesse dût son origine à la générosité de Barthélemy de Vendôme. En 1195, il donnait aux Templiers une partie de la forêt de Vendôme, savoir quatre charruées de terre à défricher au lieu-dit les Matras. Il y ajouta bientôt deux autres charruées avec droit de panage pour leurs porcs et de pâturage pour leurs troupeaux, le bois vif nécessaire à la construction de leurs maisons et le bois mort pour brûler. Cette dernière portion était comprise dans la dot de sa fille Aalet, qui avait épousé Josbert du Bouchet, et avait alors une fille, Jeanne. L'acte se fit en présence de toute une légion de chevaliers vendomois (14).
14. Voir plus loin, pièce justificative, n° 1.

La maison eut à souffrir des revendications des vicomtes de Châteaudun esquissées plus haut (2) et n'eut jamais une grande importance. Centre d'exploitation agricole, elle n'était plus au siècle dernier qu'une simple métairie dont le revenu s'élevait, a peine à 80 livres.

5° Savigny.
— Un noble croisé vendomois, Geoffroy de Lavardin, tombé gravement malade à Jérusalem, avait donné aux Templiers de Vendôme deux charruées de terre dans le territoire de Savigny, priant son fils Jean, comte de Vendôme, de choisir l'emplacement le plus favorable. Celui-ci désigna la terre de Chenevriz, qui devint également le chef-lieu d'une exploitation rurale en faveur de laquelle Pierre, maire de Savigny, se désista de tous ses droits (15), mais qui fut toujours peu d'étendue, et ne produisait au siècle dernier qu'un revenu modeste de 60 livres, au profit des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem.
15. Pièces justificatives n° 2.

6° Epuizé.
— La maison de Belle-Lande, paroisse d'Epuizé, n'est guère postérieure à 1199. En effet, cette même année, Guillaume de Saint-Martin et ses fils Geoffroy et Guillaume Archambaud de Caran et ses fils Philippe et Archambaud donnèrent à l'ordre du Temple en pure aumône tout ce qu'ils possédaient à Belle-Lande, et aux religieux qui viendront y habiter le droit d'usage dans leurs bois pour leurs hommes et leurs bestiaux l'emplacement de la maison des Templiers pourra comprendre trois arpents, et les habitations de leurs vassaux s'étendre sur un espace de 30 arpents.

Les religieux creuseront un étang pour établir un moulin, libre de toutes redevances. Les donateurs accordent encore quelques autres privilèges, entre autres l'exemption de toutes tailles et corvées aux frères Templiers et à leurs tenanciers.

Parmi tes témoins nous devons nommer Jean de Lavardin, Jean de la Poterne, Foulques d'Azé, Raoul de Chauvigny, etc. Hardouin de Villeporcher, Guillaume de Boisseau, seigneurs féodaux, et surtout Geoffroy IV, vicomte de Châteaudun approuvèrent hautement cette donation ce dernier même y apposait solennellement son sceau (16).
16. Voir nos Etudes et Documents, tome, IV, page 227

La maison prit une certaine importance, puisque en 1212 Regnaud, évêque de Chartres, alors à Vendôme, déclarait que la forêt, avait été défrichée, et qu'on y avait construit une villa, une bourgade. Il décidait en outre que le droit de paroisse, jus parrochiale, avec les premières oblations et autres droits curiaux appartiendraient une année aux Templiers et la suivante au curé d'Epuisé (17).
17. Voir Pièces justificatives, n° 3.

Ruinée sans doute pendant les guerres des Anglais, ce n'était plus au XVIIe siècle qu'une ferme rapportant 14 deniers de cens, 16 sols de rente et 22 boisseaux d'avoine.

7° Varia.
— A ces actes, nous devons en ajouter un autre sous la date de 1217. A une époque antérieure, Amaury de Troo avait donné aux Templiers deux emplacements pour y construire deux maisons avec comptoir de marchand, situés dans le bourg-neuf.
Est-ce à Vendôme ? Rien ne l'indique d'une manière précise. Toujours est-il que Jean de la Bruère leur en contesta la propriété il revendiquait en outre la vigne de la Croix et la terre de Cenille « de Ceneilleis » que Arnoul le Doesve tenait du seigneur de Troo à 13 deniers de cens ; et encore deux roches et une tannerie dont jouissait Raoul d'Auhigny, et enfin deux maisons sises au vieux marché de la ville du Breuil « Breolii » (?) qu'il avait lui-même données antérieurement. Le terrible seigneur avait de plus blessé à mort deux hommes des Templiers. Pour toutes ces injures et dommages ceux-ci réclamaient une indemnité de 200 marcs Le coupable refusa longtemps de faire de justes réparations, fut excommunié et mourut impénitent.

Ses héritiers, voulant décharger sa mémoire de cette honte, reconnurent les droits des Templiers, et les délégués apostoliques, l'abbé et le prieur de Sainte-Geneviève et le prieur de Saint-Eloi de Paris, levèrent l'excommunication qui privait encore le défunt des honneurs de l'église et de la sépulture (18).
18. Voir Pièces justificatives, n° 4.

8° Artins.
— Il y avait encore dans le Vendômois deux autres maisons de Templiers, à Artins et à Villavard. L'une et l'autre, situé dans le diocèse du Mans, furent, à la suppression de l'ordre du Temple données à l'ordre de l'Hôpital et rattachées au grand prieuré d'Aquitaine, et non, comme les premières au grand prieuré de France, dont les titres seuls sont conservés aux Archives Nationales de Paris ; nous n'avons donc sur elles que peu de renseignements.

M. de Pétigny a parfaitement résumé tout ce que l'on connaît sur le Temple d'Artins (l9). Aucun document nouveau n'a été signalé depuis.
19. Histoire du Vendomois, nouvelle édition page 459.

9° Les Aizes à Villavard.
— Nous sommes plus heureux pour Villavard. Le Cartulaire Blésois de Marmotitier contient deux chartes relatives au Temple des Aizes à Villavard.

En 1276, frère Jean-François commandeur des Templiers en Aquitaine, acceptait au profit de sa maison des Aizes, le moulin Maubert, situé paroisse de Sasnières en échange de seize setiers de seigle, mesure de Montoire (20).
20. Histoire du Vendômois, nouvelle édition, page 459.

Le second acte est de 1337 (N. S.-1338) conservé en original aux Archives d'Eure-et-Loir. Les Aizes étaient alors la propriété de l'ordre de l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem. Par devant Johan Bigot, bailli de Touraine, comparaissent Pierre de la Celle, chambrier de Marmoutier, et frère Macé Bodon, maitre garde et commandeur de la maison des Esses. Ce dernier avait rompu la chaussée d'un étang qui alimentait un moulin des religieux avec le concours de plusieurs complices, Jehan Angebaut, surnomme le Peson, Charles Normand et Aucher le Couturier. L'affaire fut confiée à des arbitres ; le commandeur de l'Ile-Bouchard et Guillaume Turpin pour les Templiers ; Guillaume de la Celle et le prieur de Villeberfol pour les religieux de Lavardin. Nul doute sur le dénouement pacifique du procès.

Les chapelles de ces deux prieurés, dont il reste des parties importantes, datent d'une manière indubitable du XIIe siècle et ne sont guère postérieures à 1150 (21). M. de Pétigny ne craint même pas d'attribuer la chapelle d'Artins et ses fresques si remarquables a la première partie du XIIe siècle.
21. Voir dans le premier volume de nos Etudes et Documents notre travail sur Saint-Jean des Aizes.

10° Lavardin.
— Cauvin, Géographie du diocèse du Mans, et D. Piolin, Histoire de l'Eglise du Mans, tome IV, page 24, indiquent une autre maison du Temple à Lavardin en Vendômois. Peut-être faut-il le confondre avec celui des Aizes, qui situé sur le territoire de Villavard, était plus rapproché de Lavardin. Nous n'avons trouvé aucun document sur cette dernière fondation.

Mais de tout ceci nous devons conclure à la grande expansion de cet ordre militaire, et à sa richesse dans notre Vendômois.

Voir les pièces justificatives : Bnf
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II° Les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem
L'ordre de Saint-Jean de Jérusalem est plus ancien que celui des Templiers il existait certainement avant les croisades, dès 1060, mais n'était alors qu'un ordre hospitalier, d'où il conserva son nom générique d'Hôpital ; il devient militaire pendant les croisades, et obtint alors sa plus haute popularité.
Son introduction dans le Vendômois est à peu près inconnue, et les rares documents qui nous restent ne peuvent suffire pour dissiper entièrement cette obscurité.

1° Gros-Chêne à Busloup.
— La plus ancienne maison en date, nous parait être celle de Gros-Chêne, paroisse de Busloup.
En août 1209, un seigneur, Hugues Vallin, revendiquait plusieurs droits féodaux aux religieux de l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem sur leurs maisons et terres de Gros-Chêne, à savoir les cens des vignes et des prés, les oublies, terrages, ventes, justice, etc. L'affaire fut portée au tribunal du pape, et son délégué, l'abbé de Sainte-Geneviève de Paris, attribua à chacun selon ses droits (1).
1. Pièces justificatives, n° 6.

L'année suivante, c'est Nivelon de Freteval qui soulève de nombreuses difficultés. La cause fut confiée à Menasses, évêque d'Orléans, secondé par le chantre et le maître des écoles de la même ville, juges délégués par le pape.
Nivelon, conseillé par Regnaud, évêque de Chartres, qui l'appelle son très cher ami, consent à reconnaître l'exemption des chevaliers pour leur maison de Gros-Chêne, le moulin de Palestine et leurs dépendances, de tous droits, corvées, bans, et autres servitudes et leur abandonne le droit de justice haute et basse, sauf sur le territoire de Palestine qui relevé de Hugues de la Vallée ; il se réserve les droits accoutumés sur les objets vendus dans le marché de Freteval, qui a lieu le mardi, excepté la viande, le pain et le vin vendus en détail dans les hôtelleries. Il fait poser des limites dans les bois du Saussay, de Corbigny et du Cochet. Sa femme Alix et ses fils Ussion, Hugues et Geoffroy et Alix sa fille approuvèrent l'acte (2), et l'évêque de Chartres le confirma de sa haute autorité (3).
2. Pièces justificatives, n° 7.
3. Pièces justificatives, n° 9.


2° Ablainville.
— Ce prieuré était situé paroisse de Binas, sur les frontières du Vendomois. Le premier document qui nous le fait connaître est émané de Raygnaud, évêque de Chartres, en 1209. Geoffroy Taillepied, seigneur d'Ablainville, avait construit plusieurs maisons pour lesquelles ils devaient aux religieux des redevances onéreuses il leur en abandonna la propriété à charge d'une rente annuelle de deux sous garantie par les chevaliers de l'Hôpital. Il cédait aussi les droits de justice, les coutumes et droits mortuaires (4).
4. Pièces justificatives, n° 9.

En 1212, Thibaud, comte de Blois et de Clermont, donnait à la même maison son bois de Sablon (5). Plus généreuse encore, Alix du Rouilly, veuve du seigneur de Beaugency, offrit, en 1227, la 5e partie de son avoir pour reconstruire la maison des religieux, elle y ajouta ses biens meubles, ses créances, ses vêtements, ses joyaux en quelques lieux qu'ils soient, sauf un anneau d'or enrichi d'une pierre précieuse non polie qu'elle réserve pour ses héritiers. Elle obtint en retour l'association spirituelle avec les religieux et la participation aux mérites de leurs bonnes œuvres, enfin promit de choisir sa sépulture dans leur église (6).
5. Pièces justificatives, n° 10.
6. Pièces justificatives, n° 11.


La chapelle d'Ablainvil!e était sous le patronage de saint Jean-Baptiste, on y célébrait encore la messe deux fois par semaine au XVIIe siècle.
Thomas de Walleran, commandeur de l'Hôpital d'Ablainville, donnait à rente perpétuelle de 30 sols en 1350 à Macé Boursier de Vendôme, les maisons sises rue du Vieux-Marché de cette ville dépendant du prieuré de Tourailles (7). 7. Archives Nationales, S. 1001 B, n° 3.

3° Tourailles.
— Ce dernier prieuré est d'un intérêt plus immédiat pour la ville de Vendôme. Il possédait en effet plusieurs maisons à Vendôme.

En 1241, Pierre, abbé de Saint-Georges du Bois, consentit à abandonner aux frères de l'Hôpital de Jérusalem demeurant à Tourailles les cens, rentes et autres droits féodaux dont étaient chargées quatre maisons sises à Vendôme au Vieux-Marché en la censive de l'abbaye et de son prieuré de Saint-Lubin, sauf les droits de curé, de justice et seigneurie, à charge de payer chaque année une redevance de cinq sous, monnaie de Vendôme, indemne de toute réclamation étrangère, même du prieur de Saint-Sulpice. L'une de ces maisons appartenait à Arnoul de Tourailles (8).
8. Pièces justificatives, n° 12.

Pierre, comte de Vendôme, ne fut pas moins généreux. Cette même année, il accordait pleine et entière franchise de toutes servitudes féodales, redevances, bans, corvées, exactions, etc., aux religieux de l'Hôpital, à leurs maisons du Vieux-Marché, et à leurs hôtes, et les prend sous sa protection (9).
9. Pièces justificatives, n° 13.

Nous sommes heureux de finir cette analyse de chartes jusqu'ici trop ignorées, par un acte de haute munificence d'un comte de Vendôme.

Toutes les maisons, soit des Templiers, sauf Artins et les Aizes, soit des Hospitaliers furent réunies en une seule commanderie sous le nom de Sours et Arville ou du pays Chartrain, dont le revenu à la un du siècle dernier s'élevait à la somme de 25,235 livres.

Voir les pièces justificatives : Bnf

Abbé Charles Métais. Chartres, le 8 janvier 1894.
Sources: Bulletin de la Société archéologique, scientifique et littéraire du Vendômois, tome XXXIII, page 47. Vendôme 1894. - Bnf

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