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Quelques études réalisées sur les Templiers

Sergeac et son église
Sergeac, commune du canton de Montignac en Sarladais, est bornée, à l'ouest et au nord-est, par la Vézère et traversée, de l'est à l'ouest, par un ruisseau appelé la Signole. Elle possède des stations et gisements préhistoriques, notamment celle des Roches.
Sergeac, jadis un des principaux établissements des Templiers en Sarladais, devint, à la suppression de l'ordre (1307), une commanderie de Malte.
En 1280, Hélie Rudel Ier, sire de Pons, seigneur de Bergerac et de Montignac, etc., vendit à frère Géraud Lavergne, précepteur des maisons du Temple, dans le diocèse de Périgueux, tous revenus, produits, commun et autres devoirs qu'il avait dans le bourg de Sergeac, une certaine étendue de terrain autour de la maison du Temple de Sergeac, avec toute la juridiction dans les lieux délimités par l'acte, pour la somme de deux cents livres tournois, et un marbotin d'or d'acapte, en signe de la haute de justice, payable à muance du seigneur de Montignac et du grand maître du Temple outre-mer par le percepteur de Sergeac ou tout autre (1).
Cet acte prouve suffisamment que la maison de Sergeac existait déjà depuis quelque temps.
1. — Archives départementales des Basses-Pyrénées, E 611, folios 66-67.
— Archives départementales de la Dordogne, E, Hautefort, n° 17. Le précepteur aurait la connaissance et la poursuite de toutes les causes civiles et criminelles et le droit de punir par mutilation ou fustigation, ou de convertir ces peines en amende pécuniaire, etc. Mais le seigneur de Montignac retenait tous les fiefs militaires existant dans les terres vendues et leur hommage et la juridiction totale sur le mas de Port.


Dans les premiers mois de 1305, et par conséquent plus de vingt-quatre ans après cette vente, Renaud de Pons IV, fils et héritier d'Hélie Rudel, se trouva n'être plus d'accord avec Géraud Lavergne et fit un traité avec lui, par lequel il ratifiait la vente faite par Son père, moyennant trois cent cinquante livres de petits tournois noirs et le marbotin d'or d'acapte, stipulé avec quelques autres réserves sans importance.

On voit encore dans le bourg de Sergeac la maison de l'ancienne commanderie et, A un kilomètre environ, une vaste enceinte fermée par des murailles qu'on appelle la Commanderie. Entre ce lieu et le bourg, se trouve une très belle croix en pierre sculptée, classée au nombre des monuments historiques, dite la croix de la Commanderie. On y voit représentés Jésus en croix, la Vierge, un chevalier tenant une épée, un religieux à genoux tenant un écusson armorié, des salamandres, saint Michel-Archange, etc.

Les biens appartenant aux commandeurs de Condat, dans la commune de Sergeac, furent vendus nationalement le 25 avril 1793. L'adjudicataire fut Antoine Ferregaudie pour 3.125 francs.
L'église de Sergeac, qui a déjà été étudiée ici (2), a en plan la forme habituelle des églises de Templiers. Elle se compose d'une nef unique, subdivisée en trois parties, avec un chevet plat. Elle parait avoir été construite au XIIe siècle. Le chevet ou chœur, voûté en berceau, était décoré, sur ses faces latérales intérieures nord et sud, d'une série de trois arcatures retombant sur deux pilastres d'angles et sur deux colonnettes intermédiaires il était éclairé par trois petites fenêtres une à l'est, une au nord et une au sud. Cet arrangement a été modifié par l'adjonction au XVe siècle, du côté nord, d'une petite chapelle dédiée à saint Pierre celle-ci ayant nécessité la suppression de la petite fenêtre, l'ouverture d'une baie arquée et le murage des parties d'arcatures subsistantes.
2. Par M. de Roumejoux, Bulletin de Société historique et archéologique du Périgord, tome XXIV, 1897, pages 98-95.

L'emplacement dont on disposait pour l'établissement de cette chapelle était assez exigu aussi le constructeur, pour en augmenter la faible largeur, a-t-il jugé indispensable de démaigrir le mur primitif sur lequel elle venait s'appuyer.
Le chevet a son sol surélevé de deux marches au-dessus des deux autres sections de la nef et est séparé de celles-ci par un arc triomphal soutenu par deux pilastres décorés de hautes colonnes jumelées à chapiteaux historiés.

Plan de l'église de Sergeac
Plan de l'église de Sergeac. Image Bnf


L'édifice a été surélevé pour servir de refuge et de défense aux habitants de Sergeac pendant les troubles et les guerres. Au cours de cette surélévation, ou postérieurement, la façade est du chevet a été renforcée dans sa partie médiane par un épais contre-mur dépassant la hauteur des toits et terminé par une petite terrasse crénelée. La baie qui éclairait le chœur et celle du pignon ont été prolongées à travers la maçonnerie de ce contre-mur et n'ont plus extérieurement que la dimension d'une étroite meurtrière.

L'avant-chœur, ou partie centrale de la nef, éclairé par deux petites fenêtres placées l'une au nord, l'autre au midi, a perdu son ancienne voûte. Il s'élargit Sur le chevet de la profondeur de deux grandes arcades aveugles placées contre les murs latéraux. La présence de ces arcades laisserait supposer que cet avant-chœur était couvert par une coupole.

Mais, outre que celle-ci aurait dû être barlongue, vu les dimensions dissemblables de la largeur et de la profondeur de l'emplacement, on sait que les églises de Templiers étaient en général entièrement couvertes en berceau. Au-dessus de l'arc, qui limite à l'ouest cet avant-chœur, on a également élevé, comme au chevet, un mur qui dépasse la hauteur du comble et formait un second élément de défense. On y voit encore les corbelets qui portaient l'ancien crénelage. Depuis la ruine de cette défense, on a édifié sur l'axe du mur, en surélévation de l'ancienne terrasse, un assez gracieux petit clocher à arcades. Ce clocher, construit sans souci d'harmonisation avec l'architecture précédente, pouvait recevoir quatre cloches, dont deux en contre-bas de l'ancien couronnement, et deux au-dessus.

La première section de la nef, du côté ouest, également éclairée par deux petites baies au nord et au sud, ruinée pendant les guerres de religion, a été reconstruite au XVIIe siècle, en utilisant les restes de son portail primitif. Le curieux marché passé à cet effet, devant le notaire royal, par les syndics communaux et paroissiaux avec deux maîtres maçons de la localité, est conservé dans les minutes notariales de Me Boisselie, à Montignac. Ce marché porte la date du 10 novembre 1647 et la quittance définitive des ouvrages celle du 1e mai 1651.

La façade ouest, comprenant le portail d'entrée du monument, avait elle aussi subi une surélévation et un système défensif ? Sa restauration, faite au XVIIe siècle, ne permet plus de le constater, pas plus du reste que de dire si la première fraction de la nef à laquelle elle appartenait avait aussi subi la transformation du reste de l'édifice. Il est vraisemblable de généraliser cette transformation à toutes les parties de l'édifice, d'autant qu'il subsiste des restes des anciens murs surélevés le cette nef en contact avec ceux de l'avant-chœur, qui indiquent qu'ils atteignaient la même hauteur.

Quoi qu'il en soit, la restauration faite en 1648, à une époque où ces moyens de défense étaient devenus inutiles, s'est limitée à remonter les murs à leur hauteur primitive, facile à déterminer par la rangée de modillons sculptés de l'ancienne corniche du XIIe siècle, restés en place sur les faces latérales du monument, et à établir un plafond horizontal, en remplacement de l'ancienne voûte en berceau.

La commune de Sergeac a souffert des guerres anglaises et de religion, comme tout le Sarladais auquel elle est rattachée. On n'a pas retenu la plus grande partie des détails particuliers sur ces guerres concernant Sergeac. Cependant l'histoire générale de la contrée mentionne certains faits et, entre autres, que le seigneur d'Aubeterre, commandant l'armée royale, quittant Carlux, après le siège et la prise de cette place (mai 1593), s'empara des châteaux forts de Saint-Quentin, de Pelvezy et de Sergeac qu'il fit démanteler (3).
3. Chronique de Tarde, éditions de Gérard, Paris, 1987, page 363.

A quelle date l'édifice des Templiers a-t-il été surélevé pour servir de forteresse-refuge ? Il nous semble vraisemblable de supposer que cette transformation s'est effectuée dans la seconde moitié du XIIIe siècle ou au commencement du XIVe, c'est-à-dire au moment où les circonstances l'ont exigée. Ce qui confirme cette supposition, c'est que la tradition rapporte que Sergeac prit une part très active aux luttes que le pays dut soutenir contre Archambaud V, et Archambaud VI, comtes du Périgord, qui tous deux avaient trahi la cause de la France pendant l'invasion des Anglais au XIVe siècle. On se rappelle qu'il a fallu l'intervention d'un maréchal de France, Jean le Maingre, dit Boucicaut, pour paralyser les efforts de des comtes dans la personne du frère d'Archambaud V et le siège mémorable (1398) de leur château de Montignac, situé seulement à quelques kilomètres de Sergeac.

D'ailleurs, la commune de Sergeac, par sa position sur la rive d'une belle rivière, dut souffrir, à toutes les époques, du passage le long de cette rivière des bandes guerrières, et cela explique et justifie les précautions prises pour en réduire les graves inconvénients.
La vieille église de Sergeac, vestige encore debout d'une période de huit siècles, dont les pierres presque millénaires résument l'histoire, mérite grandement d'être conservée. Les habitants du pays le Souhaitent bien légitimement ils savent que dans ses combles se sont déroulés jadis bien des actes d'héroïsme de leurs ancêtres et des scènes poignantes.

Nous estimons avec les archéologues que ce monument constitue un modèle précieux du plan le plus simple des églises des Templiers, et, d'autre part, que sa transformation en forteresse-refuge contient un autre enseignement, du fait qu'elle ne fut pas faite pour l'attaque, mais simplement pour constituer un abri plus sûr et servir à la défense des habitants.
A Sergeac, les gens d'autrefois furent toujours paisibles, leur vieille église le démontrerait à elle seule, si la chose était nécessaire. Ceux d'aujourd'hui ne le sont pas moins, mais comme ceux de jadis, ils savent abandonner leur tranquillité pour toujours défendre énergiquement leur pays, ainsi qu'ils l'ont fait si vaillamment au cours de la dernière guerre.
Sources: M. Dannery. Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, page 85. Tome LV - 1928 - Bnf

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