différents Cartulaires   Les différents Cartulaires   différents Cartulaires

Les cartulaires de certaines commanderies de france

Introduction au Cartulaire de la Commanderie de Richerenches
1. — Introduction     2. — Commandeurs     3. — Les Frères     4. — Lieux cités     5. — Actes     6. — Actes suite     7. — Lieux et Personnes

Vous pouvez voir à la BNF, les pièces originales en latin et télécharger l'intégralité de ce cartulaire.
La description du manuscrit, l'intérêt qu'il présente.
Le Cartulaire de la commanderie du Temple de Richerenches formait à l'origine un manuscrit grand in-4°, relié d'une peau de parchemin neuve qui le recouvre encore. La hauteur des pages est en moyenne de vingt-huit centimètres et la largeur de vingt. Il se composait de trois feuillets préliminaires, cent-cinquante-neuf feuillets utilisés et trois feuillets laissés en blanc à la fin.
Un des feuillets utiles a été enlevé avec soin, en laissant subsister un onglet, à une époque antérieure à la numération moderne de ceux-ci, que la forme des chiffres assigne à l'époque de Louis XIV.
A la suite de l'arrachement des deux derniers cahiers, dont nous parlerons tout à l'heure, chacun d'eux a été dépouillé de sa première peau, ce qui a causé la perte de deux feuillets utiles du premier de ces cahiers, d'un feuillet utile et d'un feuillet blanc du second. Par suite de ces mutilations, nous avons à déplorer la perte d'un feuillet non compté dans la numération moderne, qui figurait entre les numéros 88 et 89 de celle-ci, du feuillet 144, et des deux feuillets 151 et 162. Les feuillets préliminaires et ceux qui ont été laissés en blanc à la fin n'ont pas reçu de pagination.

A une époque impossible à préciser, mais sans doute voisine de la Révolution, les deux derniers cahiers furent arrachés, peut-être pour les produire plus commodément au cours d'un procès. Pithon-Curt avait été admis à consulter le Cartulaire aux archives de la Chambre Apostolique avant l'impression du premier volume de son "Nobiliaire du Comté Venaissin" paru en 1743, dans lequel il le cite à plusieurs reprises. La mutilation est postérieure à cette date. Le corps du manuscrit, encarté dans sa reliure originale, est conservé dans la Bibliothèque Calvet à Avignon, où il est porté comme provenant du fonds Chambaud. Il est catalogué sous le n° 2488 (1).
Quant aux deux derniers cahiers, ils se sont retrouvés, dépouillés chacun de leur première peau, dans les Archives départementales de Vaucluse, sans que l'on puisse retracer la voie par laquelle ils y sont parvenus. Il nous a donc été possible, sauf les regrettables lacunes signalées plus haut, de reconstituer l'ensemble du manuscrit.

Tel qu'il est, il contient deux cent soixante-deux chartes relatives à Richerenches, et dix chartes concernant la commanderie de Roaix, occupant les feuillets 49 à 55. Par suite des mutilations, quatre pièces demeurent incomplètes ; l'enregistrement d'une cinquième a été interrompu après les premières lignes ; enfin certaines pièces ont été répétées une fois, et quelques-unes deux fois. Ces répétitions, au nombre de dix-huit, ne sont pas toujours inutiles, et fournissent parfois des variantes importantes ; d'autres ne peuvent se justifier que par une inadvertance. Il faut donc défalquer vingt-trois pièces du chiffre total, en sorte que le nombre de chartes bien complètes concernant la commanderie de Richerenches est de deux cent trente-neuf (2). Toutes sont inédites jusqu'à ce jour, et le manuscrit paraît même être resté à peu près inconnu. Pithon-Curt, et le P. Boyer de Sainte-Marthe dans un supplément de son "Histoire de l'église de Saint-Paul-Trois-Châleaux" aujourd'hui rarissime, sont, à notre connaissance, les seuls auteurs qui y aient puisé quelques notes, au reste fort succinctes. L'auteur de "l'Histoire apologétique de l'ordre des Templiers" (3), a cité deux des chartes qui y figurent ; mais il a dû consulter les originaux, car elles l'ont conduit à des conclusions erronées, qu'il aurait modifiées s'il avait connu notre manuscrit, et par lui la véritable charte de fondation de la commanderie, qui ouvre la série.

Le plan primitif d'après lequel le Cartulaire était conçu, comportait trois sections : la première destinée a l'enregistrement, à la suite de la charte de fondation, des pièces relatives aux acquisitions contiguës à Richerenches ; la seconde, à celui des pièces relatives a la seigneurie de Bourbouton ; enfin la troisième devait réunir celles qui concernaient les domaines donnés à l'ordre à Roaix et aux environs. Le premier scribe chargé du travail l'avait fait avec un soin extrême, et même un certain luxe. Les pièces, soigneusement transcrites et revues, sont précédées d'un sommaire étendu, parfois inexact, malheureusement. Les trois feuillets préliminaires étaient réservés à la table des chartes enregistrées (4) ; au verso du premier, il l'a commencée sur deux colonnes et y a recopié les cotes qu'il avait inscrites en tête des quarante-deux pièces de sa main occupant dans le manuscrit les feuillets 1 à 26. Une large déchirure au bas du feuillet en a enlevé une bonne partie, et comme elle fait double emploi avec l'intitulé des pièces elles-mêmes, nous avons jugé inutile de la reproduire. D'ailleurs l'intercalation postérieure de deux pièces originales, et la transcription sur les marges d'actes supplémentaires, en a rendu la numération fautive, ainsi qu'on pourra le vérifier dans notre publication, où sont indiquées avec soin les positions relatives occupées parles documents transcrits.

Le second feuillet préliminaire et le recto du troisième destinés à la suite de cette table, sont restés blancs, les scribes subséquents ne l'ayant pas continuée. Au verso de ce dernier est celle des chartes relatives à Bourbouton, occupant les feuillets 31 à 37 du manuscrit.

Les dix pièces relatives à Roaix, inscrites aux folios 49 à 55, n'ont pas fait l'objet d'un commencement de table. Disons de suite que sur ces dix pièces, huit figurent dans la portion du cartulaire de Roaix publiée par M. le chanoine Ulysse Chevalier. On trouvera le texte des deux autres dans notre appendice n° 1. Le travail de ce premier scribe ne contient aucune pièce postérieure à 1148. Nous pouvons donc faire honneur à Hugues de Bourbouton, commandeur de 1145 à 1151, du soin qui nous a conservé ce précieux ensemble de documents.

Le plan topographique excluait par lui-même l'ordre chronologique. Il n'en était déjà pas tenu compte par le premier scribe ; ses nombreux successeurs l'ont observé bien moins encore, et comme ils ont cessé de s'astreindre à observer la répartition topographique des titres, ceux-ci se suivent pour la plupart sans aucun ordre apparent. Tout au plus peut-on reconnaître la préoccupation, ça et là, de grouper ceux qui ont trait à une même affaire. Un certain nombre de pièces appartenant à la période embrassée par nos chartes doit avoir été négligé. Ces lacunes semblent résulter du fait que des enregistrements omis ont été insérés à la suite de faits ramenant l'attention sur la question qu'ils concernent. C'est ainsi que la donation au Temple du palais Saint-Jean, à Saint-Paul-Trois-Châteaux, du 19 mars 1136, n'a été enregistrée que sous le n° 128, lorsque l'évêque, en contestant à l'ordre les droits seigneuriaux rattachés à ce palais dans la ville de Saint-Paul, a motivé la déclaration des donateurs survivants du 21 avril 1172, insérée sous le n° 122.

Les parties du manuscrit dues aux successeurs évidemment nombreux du premier scribe, sont infiniment moins élégantes et moins soignées, sauf quelques pages où des caractères superbes de grandeur et de régularité et l'absence presque complète d'abréviations décèlent la main de reproducteurs d'antiphonaires et de missels. Nombre d'entre eux ont apporté beaucoup de négligence à leur travail, se bornant pour tout intitulé au nom du contractant, lorsqu'il n'est point laissé en blanc, de même que la première lettre de la pièce. Celle-ci, ainsi que l'intitulé, devaient être rubriqués, et l'on a trop souvent oublié de reprendre cette partie de l'oeuvre.

Entre 1136 et 1183, il est peu d'années qui ne soient représentées par une ou plusieurs pièces. La lacune la plus longue se place entre 1152 et 1155. Après 1183 aucun enregistrement n'a eu lieu pendant dix-sept années, après lesquelles figurent cinq pièces datées de 1200 à 1214, se reliant très directement à des affaires ou à des personnages figurant fréquemment dans le Cartulaire avant 1183. Ce fait ferait supposer que les derniers feuillets blancs avaient été réservés pour l'enregistrement de chartes complémentaires, tandis qu'un deuxième volume aurait été consacré aux questions postérieures à 1183. Hâtons-nous d'ajouter que rien n'est venu appuyer l'exactitude de cette conjecture, et que, si notre Cartulaire a été continué, les tomes subséquents non-seulement sont perdus, mais n'ont été, à notre connaissance, cités par aucun historien ou généalogiste.

La plupart des pièces sont datées. En dehors de l'année, du mois, du jour de la férié et de celui de la lune, l'emploi d'autres données chronologiques est peu usité. Celles-ci même sont assez rarement réunies toutes quatre, et, lorsqu'elles le sont, ne concordent pas toujours. Les erreurs sur le calcul de la lune sont particulièrement fréquentes. Aussi l'emploi de la férié étant d'un usage journalier, surtout dans une maison religieuse, nous lui avons toujours donné la prépondérance, en cas de doute, pour attribuer la pièce au jour de la semaine le plus voisin de celui de la lune, lorsqu'il y a discordance entre les deux.

Il nous a été impossible de déterminer exactement à quel jour les divers scribes marquaient le commencement de l'année. L'usage le plus fréquent est évidemment de le faire débuter soit à l'Annonciation, soit à Pâques. Par contre l'emploi du calcul pisan est aussi fréquent que celui du calcul français ; certains documents placés entre Noël et Pâques pourraient aussi être invoqués comme indiquant le commencement de l'année à Noël. Il résulte de ces divergences, et des erreurs fréquentes portant sur toutes les données chronologiques, une presque constante incertitude sur le jour exact du plus grand nombre des pièces datées.

Ces dates plus ou moins certaines nous ont permis, toutefois, de dresser des tables chronologiques des commandeurs, des chevaliers, et de quelques personnages voisins ou familiers de la maison de Richerenches, avec une approximation suffisante pour assigner a la plupart des pièces non datées, une époque, sinon une date, qui doit être très voisine de la vérité. Nous reproduirons les chronologies des membres de l'ordre à la suite des renseignements sur l'histoire de la commanderie, ce qui permettra au lecteur de contrôler la classification que nous avons adoptée dans la table chronologique, dressée d'ailleurs sous toutes réserves, et seulement pour faciliter autant qu'il est en nous l'étude du Cartulaire.

Nous nous sommes attachés à respecter autant que possible son aspect et sa disposition. La numération, de 1 à 262, comprend, par suite, non seulement les pièces complètes, mais celles qui ont souffert des mutilations du volume, et celles qui sont des répétitions de textes déjà reproduits, en renvoyant, pour celles-ci, au premier enregistrement, à la suite duquel sont données les variantes. Elles gagnent en effet à être rapprochées du premier texte. Elles montrent l'incroyable liberté avec laquelle les scribes transcrivaient les originaux ; souvent elles les complètent, lorsque la première copie n'a pas été collationnée, ce qui paraît avoir été fréquemment le cas. Aussi est-il bon, pour l'étude des actes, de tenir compte de ces notes (5).

Comme la plupart des Cartulaires de commanderies occidentales de Templiers ou d'Hospitaliers, celui de Richerenches ne reproduit point les documents ayant le caractère de privilèges généraux pour l'ordre tout entier, tels que les bulles des papes, ou les constitutions des grands-maîtres et des chapitres. Il est exclusivement consacré aux titres de propriété de la commanderie et des domaines qui dépendent d'elle. Et lorsque ces derniers en sont distraits pour être érigés en commanderies distinctes, ainsi qu'il en a été pour Orange, Saint-Paul-Trois-Châteaux et Roaix, les pièces les concernant ont cessé d'y être reproduites. Il ne faut donc point y chercher de lumières nouvelles sur l'histoire générale de l'ordre ou sur les expéditions d'outremer. En revanche il constitue, pour l'éclaircissement de l'histoire du marquisat de Provence pendant le XIIe siècle, un document de premier ordre. Embrassant l'époque même où les noms patronymiques deviennent héréditaires et définitifs, il nous révèle la communauté d'origine de familles féodales que les différences de noms semblaient devoir faire regarder comme distinctes, et par là nous donne la solution de problèmes restés obscurs jusqu'à présent. Nous nous sommes efforcés de faire ressortir quelques-uns de ces résultats au cours de cette introduction ; mais il en est un grand nombre pour lesquelles un travail du même genre pourra conduire encore à des données d'autant plus utiles à l'histoire des communes de la région, confondue à cette époque avec celle des familles qui en avaient la seigneurie, que les documents précis sont plus rares. Les localités modestes du nord du département de Vaucluse et du sud de celui de la Drôme, auront presque toutes intérêt à le consulter pour l'éclaircissement de leurs origines. Enfin il fait ressortir d'une façon saisissante l'état de confusion de la propriété, et de décadence des familles de tout rang, amené par l'abus des partages successoraux alors si généralement pratiqué. Toute pacifique qu'elle ait été, ce qui l'a voilée aux yeux de la plupart des chercheurs, une révolution profonde est résulté de cette législation, tout au moins dans la population de nos pays, soumise à la loi Gombette, ou négligeant la pratique du testament pour laisser libre cours aux dispositions du droit romain sur la succession "ab intestat", révolution contre laquelle se produit aux environs de l'an 1200 une réaction due au retour des pères de famille à l'usage des testaments dans toutes les classes de la société, et des substitutions dans celles des familles de haut rang dont l'appauvrissement n'était point irrémédiable déjà. Nous nous sommes attaché à suivre l'effet de ces coutumes pour quelques familles de la région dont le nom revient souvent dans nos chartes, et nous espérons que ces notes sur l'état social de notre pays, au moment où cette crise de morcellement de la propriété sévissait avec le plus d'intensité, seront lues avec intérêt.

Les mentions des prélats et grands seigneurs voisins, en s'ajoutant à des renseignements déjà connus, nous ont permis d'élucider certains points obscurs de notre histoire régionale, telle que la chronologie des évêques de Saint-Paul Trois-Châteaux au XIIe siècle, l'origine de la maison de Poitiers et son accession au comté de Valentinois, la succession des souverains d'Orange et de Montélimar au XIIe siècle, la transmission d'une partie du pays des Baronnies à la maison de Montauban et l'extinction de celle-ci dans celle de Montdragon, qui reconstitue la dynastie, etc. Certaines de nos conclusions pourront être discutées ; nous en serons heureux d'ailleurs, car la vérité historique ne peut être recherchée autrement. Ce qui ne peut l'être, croyons-nous, c'est l'importance pour les études historiques de notre région, du recueil resté si longtemps ignoré dans les archives de la Chambre Apostolique à Carpentras, et qui aurait fourni aux grands historiens de la Provence, du Comtat Venaissin et du Dauphiné, aux XVIIe et XVIIIe siècles, la clef de bien des problèmes dont ils n'ont pu trouver la solution.

C'est après avoir exposé ces résultats historiques que nous résumerons le peu que l'ensemble de nos chartes nous offre sur la condition des personnes et des terres et la vie économique au XIIe siècle dans le marquisat de Provence. Les conclusions que nous aurons à présenter ressortiront plus nettement en n'étant formulées qu'à la suite des faits dont elles découlent. Enfin les éclaircissements qui peuvent être déduits de notre Cartulaire sur l'organisation intérieure de l'ordre du Temple, encore peu connue, et sur l'histoire de la commanderie de Richerenches en particulier, termineront ces notes préliminaires.
Sources : La Marquis de Ripert-Monclar — Mémoires de l'Académie du Vaucluse — I — Cartulaire de la Commanderie de Richerenches (1136-1214) — Editions : Fr. Seguin Avignon et H. Champion Paris — 1907
Top

Notes
1 — Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque d'Avignon, par M. Labande, T. II, p. 489 (T. XXVIII de la collection ministérielle).

2 — La table analytique comprend deux cent quarante-deux pièces, trois des chartes mutilées, les N° 132, 236 et 287 ayant pu nonobstant être l'objet d'une analyse et placées à leur rang.

3 — R. P. M. J. (Le Jeune), Prieur de l'abbaye d'Etival. Paris, 2 volumes in°-4 1789.

4 — Sur le recto du premier on remarque cette mention : "Donaciones facte Templariis de Richarensis, quibus Camera succedit", apposée lors de la prise de possession des biens des Templiers dans le Comtat Venaissin pour la Chambre Apostolique, vers 1320.

5 — Toutefois lorsqu'elles ne portent que sur de simples différences d'orthographe et ne peuvent modifier le sens ou laisser de doute sur l'identité d'un personnage, nous avons cru pouvoir les négliger.
Sources : La Marquis de Ripert-Monclar — Mémoires de l'Académie du Vaucluse — I — Cartulaire de la Commanderie de Richerenches (1136-1214) — Editions : Fr. Seguin Avignon et H. Champion Paris — 1907
Les Cartulaires visités 361779 fois

Licence Creative Commons
Les Templiers et Les Croisades de Jack Bocar est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas de Modification 4.0 International.
Fondé(e) sur une oeuvre à http://www.templiers.net/.
Les autorisations au-delà du champ de cette licence peuvent être obtenues à http://www.templiers.net/.