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Les cartulaires de certaines commanderies de france

Cartulaire de la Commanderie de Provins
1. — La Commanderie  2. — Temporel Formation  3. — Temporel Description  4. — Temporel Exploitation  5. — Revenus et Emploi  6. — Le Procès des Templiers de Provins  7. — Les commandeurs de Brie  8. — Introduction au Cartulaire  9. — Dates et Nº des Actes  10. — Actes hors Cartulaires  11. — Notice Cartulaire

Les Templiers de Provins et le Procès du Temple
Origines du procès. — II. Arrestation des Templiers de Provins. — III. "L'enquerre" royale. — IV. Quatre Templiers de Provins son transférés de Melun au Temple de Paris. Leurs aveux. — V. Impossibilité de conclure à la culpabilité de l'Ordre. — VI. Rétractation des premiers aveux. Simon Chrétien devant le Pape à Poitiers (30 juin 1308). — VII. Reprise du procès : procès contre les personnes et procès contre l'Ordre. — VIII. Déclarations des groupes auxquels appartiennent les Templiers de Provins. — IX. Courage de Laurent de Provins. — X. La commission pontificale choisit Renaud de Provins pour défendre l'Ordre. Mémoire justificatif qu'il présente (1er avril 1310). — XI. Riposte du Roi. Brusque convocation du concile de Sens. Renaud de Provins en appelle au Pape. — XII. Le sort des Templiers de Provins. Renand est condamné au mur perpétuel. — XIII. Suppression de l'ordre du Temple (3 avril 1312).

I.
On sait comment Tordre du Temple fut aboli sous le pape Clément V et le roi Philippe le Bel. Après la suppression de l'Ordre par le concile de Vienne, en 1312, la plus grande part des biens qu'il possédait en France fut dévolue aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Déception irritante pour le roi qui vit s'évanouir du coup le rêve de longues années d'efforts, d'intrigues et de violences. Il est de fait que dans l'affaire du Temple, le zèle de Philippe le Bel ne couvrait pas autre chose que la confiscation à son profit de richesses immenses. Avant que les besoins du royaume l'eussent amené successivement à fausser le cours des monnaies, à spolier les banquiers lombards (1291), puis les Juifs (1306), personne ne s'était avisé de porter contre le Temple une accusation d'hérésie (1). Les premiers bruits prirent naissance en Gascogne. Répandus à profusion, grossis, puis habilement exploités par Nogaret, ils ne tardèrent pas à rendre nécessaire l'intervention du pouvoir ecclésiastique. Une enquête prudente s'imposait. Mais les accusateurs craignaient qu'il ne leur en advint de la confusion et ils brusquèrent les événements.
Une fois le procès engagé, quelle fut l'attitude des Templiers de Provins au cours des divers interrogatoires qu'ils eurent à subir ? Nous allons voir (2).

II.
Sur un ordre royal, envoyé secrètement aux baillis, les Templiers de France furent arrêtés presque le même jour, au mois d'octobre 1307. Quelques-uns, instruits sans doute du danger qui les menaçait, avaient quitté l'Ordre depuis peu, comme Moutonet de Provins (3) ; d'autres réussirent à fuir. Les religieux appréhendés à la commanderie du Val et à la Madeleine, furent menés captifs au château de Melun où l'on devait rassembler tous les Templiers des villes voisines (4). Quel en était le nombre ? Les pièces du procès nous font connaître seulement deux frères servants, un nommé Simon Chrétien, économe, et Constant de Bissey-la-Côte, qui s'occupait de la vente des vins. Mais à défaut d'autres religieux dont on puisse affirmer la résidence à Provins même, les textes nous en révèlent plusieurs qui étaient pour le moins originaires de cette ville (5). Ce sont, dans l'ordre où ils se présenteront à nous, Jean de Provins, Renaud de Provins, Etienne de Provins, Laurent de Provins et Eudes de Provins.

III.
Aussitôt après leur arrestation, les prisonniers subirent un interrogatoire devant les officiers du roi, chargés de préparer le travail aux inquisiteurs. On connaît "la manière de l'enquerre". Les accusés, informés par les enquêteurs que le pape et le roi n'ignoraient rien de ce qui se passait au Temple, étaient interrogés sur leur "erreur et bougrerie". Les crimes de l'accusation étaient énormes, extravagants : reniement du Christ, crachats sur la croix, baisers obscènes, et jusqu'aux actes de sodomie, enfin l'adoration d'une idole. Ceux qui refusaient d'avouer étaient torturés, tenaillés : plusieurs succombèrent à leurs blessures ; les innocents n'avaient d'autre ressource que le mensonge : à ce prix, on leur assurait la vie sauve et le pardon. Ainsi s'explique le grand nombre d'aveux que recueillirent les inquisiteurs, sans avoir toujours eu recours à la question ; le plus souvent d'ailleurs, le commissaire qui avait fait la première enquête se trouvait là pour confronter les déclarations de l'inculpé.

IV.
Transférés au Temple de Paris, Constant de Bissey, Jean et Renaud de Provins y furent interrogés le 7 novembre, Simon Chrétien le 13.

Voici leurs dépositions :
Au dominicain Nicolas d'Annecy, délégué par le grand inquisiteur, Constant de Bissey-la-Côte répond : "Je suis âgé de quarante ans. Lors de mon arrestation, je résidais à Provins, où j'étais employé à la vente des vins. Ma profession religieuse remonte à treize ans environ. J'ai été reçu à Chalon-sur-Saône, par le précepteur Eudes de Châteauneuf, en présence des frères Etienne de Bure et Guillaume, aujourd'hui décédés, et de plusieurs autres. Après avoir prêté serment d'observer les statuts et de garder les secrets de l'Ordre, frère Eudes m'imposa le manteau du Temple, puis me donnant un crucifix d'argent, il m'ordonna de renier trois fois le Christ et de cracher autant de fois sur la croix. Comme je m'y refusai, les frères qui étaient présents me saisirent par le corps et m'y contraignirent, disant que c'était l'usage. Je cédai à contrecoeur. Certes, mieux eut valu que l'Ordre jamais n'existât ! J'y suis resté pourtant, parce que j'y avais des amis qui m'en facilitèrent l'entrée, mais à présent que je vois ce qu'il en est, je ne puis dire à proprement parler de ceux-ci, qu'ils furent pour moi des amis. A la fin, celui qui me recevait se fit embrasser par moi sur la bouche et sur le nombril ; il m'ordonna encore de le baiser au bas de l'épine dorsale, mais je m'y refusai" (6).

Jean de Provins déclare : "Je suis âgé de dix-huit ans et j'appartiens au Temple de Fresnoy (7). Il y a deux ans, j'ai été reçu dans la maison de Payns (8) par Raoul de Gisy, receveur de Champagne, en présence de Raoul Turpin, Barthélemi de Troyes et autres. Après avoir prêté serment, je reçus le manteau de Templier et Raoul de Gisy m'ordonna de le baiser sur la bouche et sur le nombril, vêtements interposés. J'obéis. Il fit ensuite apporter un crucifix et m'enjoignit de renier trois fois le Christ et de cracher trois fois sur la croix. Je refusai. Je fus alors enfermé par son ordre dans un cachot, où je restai huit jours au pain et à l'eau. "Tirez-moi d'ici, criai-je, je ferai tout ce que vous voudrez". Une fois dehors, je reniai par trois fois le Christ, de bouche et non de coeur, et je crachai trois fois non sur le crucifix, mais par terre" (9).

— Ajoutons que cette déposition fut contredite par Nicolas de Troyes devant la commission pontificale en 1311 (10). De tous les Templiers natifs de Provins, Renaud est la figure la plus intéressante. C'est un prêtre, un lettré habile en l'art de bien dire et versé dans la connaissance du droit. Quand la commission pontificale, chargée d'instruire le procès contre l'Ordre, formera une sorte de comité de défense, parmi les délégués des groupes, c'est Renaud de Provins, et avec lui Pierre de Boulogne, procureur de l'Ordre en Cour romaine, qu'elle choisira les premiers, comme les plus capables, pour faire valoir les intérêts du Temple. L'importance du personnage ajoute donc à l'intérêt de sa déposition. "Je suis âgé de trente-six ans, dit-il, et précepteur du Temple d'Orléans. J'ai été reçu, voici quinze ans, dans la chapelle du Temple de Provins, sur le coup de midi, par Geoffroi, lieutenant du précepteur de la baillie de Brie, en présence d'un frère, nommé Hugues, et de plusieurs autres dont les noms m'échappent, et qui tous sont morts. Une foule de parents, d'amis et de curieux stationnait aux portes de la chapelle, attendant l'issue de la cérémonie. Lorsque j'eus prêté serment d'observer les statuts et de garder les secrets de l'Ordre, on me revêtit du manteau, puis un frère, je ne sais plus lequel, me désignant dans un missel l'image de Jésus-Christ, me demanda : "Crois-tu en lui ?" — Non, répondis-je. Et je faisais à part moi cette distinction : Je crois non pas en cette image, mais en Celui qu'elle représente. — "Tu as bien parlé, me dit alors frère Hugues, car c'est un faux prophète". Mais incontinent quelqu'un de répliquer : "Tais-toi ! Tais-toi ! Nous l'instruirons ailleurs de nos statuts". Et remettant à plus tard cette initiation, sans doute à cause de la foule qui s'impatientait au dehors et parce que l'heure était avancée, ils se retirèrent... Profondément troublé par les paroles que je venais d'entendre, je ne pus prendre aucune nourriture ce jour-là; les jours d'après et jusqu'à l'Avent, une grande faiblesse s'empara de moi, tellement qu'on n'exigea plus rien de moi, et l'on me permit l'usage de la viande pendant tout l'Avent. M'étant confessé de ces faits à frère Nicole, du couvent des Dominicains de Compiègne, qui avait reçu de l'archevêque de Reims tout pouvoir pour absoudre, il ne me cacha pas combien lui était pénible le choix que j'avais fait de la milice du Temple, et plusieurs fois il me proposa d'entrer chez les Frères-Prêcheurs. De ma vie, je n'ai vu ni ouï les statuts de l'Ordre. Ceux qui les avaient en garde, après d'instantes prières consentirent, voici deux mois, lorsque j'étais à Poitiers, à me montrer le chapitre concernant les Prêtres. Et c'est pourquoi j'ai l'impression que ceux-là ont dit la vérité, qui ont reconnu les erreurs dont nous sommes accusés" (11).

Arrivons à Simon Chrétien, jeune homme d'une vingtaine d'années, que l'on avait étroitement incarcéré avant l'interrogatoire. "J'ai été reçu dans l'Ordre il y aura deux ans le lundi de Pâques venant. Ma profession eut lieu au Mont-de-Soissons par Gérard de Villiers, en présence de plusieurs frères (12) qui m'étaient inconnus. Sitôt après, je fus conduit hors de la maison, dans une chambre où je trouvais le président, étendu sur un lit et malade. Ayant promis d'observer les statuts et de garder les secrets de l'Ordre, on m'attacha le manteau de templier. Puis, Gérard de Villiers me fit voir dans un missel l'image de la Crucifixion, et me demanda : "Crois-tu en Jésus-Christ ?" — "J'y crois". — "Crache dessus". Je résistai longtemps, puis contraint, je crachai sur la croix et reniai le Christ, non pas de coeur mais de bouche seulement. Je ne sais rien des autres articles de la règle. Si je n'en fus pas instruit sur-le-champ, je l'attribue à l'état de lassitude et d'accablement du président, qui, déjà souffrant, fut excédé par ma résistance. Et sur son ordre, je fus envoyé dans une maison de la Brie, où l'on devait achever mon initiation (13).

Ainsi mis en demeure de choisir entre la torture ou l'aveu, quatre des Templiers de Provins acceptèrent, au lieu de tout nier, certains chefs d'accusations seulement. Et si nous résumons leurs dépositions, nous relevons les trois principaux griefs en somme qui furent reconnus, puis rétractés, par le plus grand nombre de leurs frères en religion, à savoir le reniement du Christ, les crachats sur la croix et les baisers obscènes.

V.
Que conclure ? Je ne sais plus quel jurisconsulte disait : "Le malheureux qu'on applique à la question songe moins à dire ce qu'il sait qu'à se délivrer de ce qu'il sent". C'est là un fait d'évidence. Arrachés à force de tortures ou par la crainte, les aveux renouvelés au Temple de Paris n'ont aucune valeur. Peut-être même eussent-ils été moins nombreux si le grand-maître du Temple, Jacques de Molay, séduit par les promesses de l'inquisiteur général, n'avait enjoint à ses religieux d'avouer comme lui (14). Néanmoins, il demeure établi par de libres témoignages (15), que les épreuves dont nous venons de faire le récit étaient imposées aux postulants à leur entrée dans l'Ordre. Seulement, et ceci ne paraît pas moins certain, ces rites burlesques, exigés des récipiendaires le jour même et sitôt après qu'ils s'étaient engagés par un triple voeu à l'observance stricte de la règle, ne peuvent signifier, ils n'étaient en réalité que des bouffonneries grossières, des brimades par lesquelles les anciens se plaisaient à s'assurer du degré d'énergie et de soumission des jeunes frères servants. Plusieurs en effet, vieillis sous les armes, avaient contracté dans les camps des moeurs de soudrille. D'autres, éprouvés dans leur foi naïve par les revers que la cause chrétienne avait subis en Palestine, en conservaient un fonds mouvant d'amertume, et des blasphèmes comme Renaud de Provins en entendit peut-être le jour de sa profession, n'étaient pas sur les lèvres des propos invraisemblables. Mais la signification vraie de ces bizarreries n'échappait guère aux moins perspicaces. Quand le grotesque de la situation ou certaines attitudes par trop affectées de pince-sans-rire n'arrivaient pas à rassurer le récipiendaire, le précepteur s'y prêtait parfois sans phrases : "Va te confesser, imbécile !" disait un chevalier à un jeune profès encore tout ému d'avoir craché sur la croix (16). Le fait que rapporte Pierre de Chevru (17), est également pour nous instruire. A l'issue de la cérémonie, un des assistants, celui qui l'avait contraint à renier le Christ, ne put s'empêcher de sourire de sa docilité, et cela, visiblement, par dérision (18). Comme l'un d'eux en fit un jour l'aveu : il n'y fallait voir qu'une simple plaisanterie (19). Par ainsi, ces jeux imprudents, ces propos de corps de garde n'avaient en soi aucune portée doctrinale, ils n'enchaînaient nullement la conscience du récipiendaire. La majorité des témoins semble l'avoir ainsi compris : "Ore et non corde", avouèrent-ils.
Que de telles pratiques, dégagées du secret des réunions, aient pris à distance un singulier relief, même en admettant l'existence de fautes individuelles, on ne peut conclure à la culpabilité de l'Ordre. Des centaines de Templiers sont morts plutôt que d'y souscrire, et ces négations héroïques affirmées en dépit de l'estrapade et sur le chevalet, comment les expliquer, si ce n'est par respect pour la vérité. Beaucoup d'ailleurs qui avouèrent allaient revenir courageusement sur leurs dépositions, dès qu'il leur serait permis de pouvoir parler sans contrainte.

VI.
Indigné, il devrait l'être, de l'arrestation, accomplie à son insu, de religieux que couvrait l'immunité ecclésiastique, Clément V, dès que la nouvelle lui parvint, suspendit les pouvoirs des inquisiteurs et appela toute l'affaire à lui. Deux cardinaux, Béranger Frédol et Etienne de Suisi, envoyés vers le roi de France, furent alors chargés par le pape de mener une enquête complémentaire. L'intervention pontificale enlevait à la procédure l'emploi de la question, et les prisonniers qui eurent connaissance de ce changement, entrevoyant pour eux la possibilité de proclamer leur innocence sans risquer le châtiment suprême, revinrent en grand nombre sur leurs premières déclarations.
L'ample mouvement de rétractations, entrepris dès lors sous l'initiative du grand-maître (20), remua profondément l'opinion. Comment arguer des aveux obtenus pour établir la culpabilité de l'Ordre, puisque ces aveux, arrachés à la plupart par la torture, étaient tous les jours formellement rétractés. Il y avait dans l'attitude nouvelle prise par les accusés, toutes les apparences d'une gageure, d'un défi jeté à l'accusation ; et le pape, ne pouvant plus croire aux griefs articulés, se décida d'entendre lui-même quelques témoins. Alors, soixante-douze Templiers, des frères servants pour la plupart, — quelques-uns même avaient quitté l'Ordre, — tous triés parmi les lâches et décidés à persister dans leurs aveux, lui furent envoyés par le roi, du Temple à Poitiers. De ce nombre était Simon Chrétien. Son interrogatoire eut lieu le 30 juin 1308. De sa déposition devant l'inquisiteur, sa mémoire n'a plus un dessin net, mais des fragments. On se rappelle qu'il y reconnaissait avoir craché sur la croix pour obéir à l'injonction de son précepteur. Or, il déclare maintenant, sans la moindre hésitation, qu'il n'a de sa vie été soumis à pareille épreuve. Cas d'amnésie vraiment regrettable et qui enlève toute valeur à son témoignage, même si les pratiques incriminées eussent été réelles. Le reniement du Christ, c'est tout ce qu'il avoue de compromettant, et il pense que chaque récipiendaire est tenu d'obtempérer à cette invite, sous peine d'emprisonnement perpétuel. Quant à lui, il s'est confessé de cette faute au chapelain de la maison, qui lui a imposé pour pénitence de réciter le psautier. Enfin, il demande miséricorde (21).
La déposition de Simon Chrétien, non plus que celle des autres religieux, — six d'entre eux devaient plus tard témoigner qu'ils avaient menti — ne semble pas avoir pleinement résolu les doutes du Pontife. Eut-il soupçon de l'indigne comédie que le roi venait de faire représenter devant lui ? Au lieu de terminer l'affaire, comme l'en pressait Philippe, par la condamnation de l'Ordre, Clément, embarrassé, décida la reprise du procès (juillet 1308). Elle eut lieu sous deux formes : procès contre les personnes, procès contre l'Ordre.

VII.
Le procès organisé contre les personnes, c'est-à-dire contre les membres de l'Ordre pris en particulier, fut mené dans chaque diocèse par l'évêque qui devait préparer les éléments d'une sentence rendue en concile provincial. Le procès contre l'Ordre même fut confié à une commission pontificale, chargée de recueillir des preuves décisives pour le jugement du concile de Vienne.
L'inquisition du diocèse de Paris fut menée durement. Ponsard de Gisy déclara plus tard que trente-six de ses frères en religion étaient morts des tortures qu'ils subirent alors. Ces procédés barbares eurent raison d'Etienne de Provins, jeune religieux, qui n'avait pas un an de profession lors de l'arrestation de 1307 (22). Il devait d'ailleurs revenir sur ses déclarations en présence de la commission pontificale.

Cette commission, constituée en tribunal, était présidée par Gilles Aicelin, archevêque de Narbonne. Tous les Templiers du royaume, qui avaient à parler pour ou contre l'Ordre, furent cités à comparaître devant elle. Plus de six cents répondirent à cet appel. Parmi ces religieux, conduits à Paris sous bonne garde et répartis dans divers immeubles, transformés en maison de sûreté, nous rencontrons pour la première fois Laurent et Eudes de Provins. L'un, amené de "Thiers" (23), au diocèse de Sens, avait été incarcéré avec dix de ses confrères dans la maison de l'abbé de Lagny, près la porte du Temple (24) ; l'autre, en compagnie de vingt autres religieux, était logé dans l'immeuble du prieur de Cornay (25).

Constant de Bissey, Renaud et Jean de Provins comparurent devant la commission pontificale le 10 février 1310 (26), Laurent, le 14 (27), Etienne le 18 (28). Interrogés séparément, ils déclarèrent vouloir venger le Temple des imputations calomnieuses qui pesaient sur lui. Le 28 mars, nous les retrouvons dans le jardin de l'évêché de Paris, parmi les 546 Templiers qui s'étaient offerts à défendre l'Ordre. On leur donne lecture en latin des charges portées contre eux dans la bulle "Faciens misericordiam", qui relate les dépositions entendues par le pape à Poitiers. Au peu qu'ils comprennent, les voici qui s'indignent, s'exaspèrent. On voudrait les calmer. Quelqu'un les invite à choisir plusieurs d'entre eux qui agiraient par procuration et soutiendraient la défense au nom de tous. Deux de leurs prêtres élèvent alors la voix. Ce sont Renaud de Provins et Pierre de Boulogne. Leurs doléances ne manquent ni d'à-propos, ni d'éloquence. Depuis le jour de leur arrestation, les malheureux sont privés de sacrements, dépouillés de l'habit religieux, spoliés de leurs biens et retenus en prison. Quant aux procureurs à désigner, ils ne le peuvent faire sans l'autorisation du grand-maître (29).

Les jours suivants, les notaires de la commission visitèrent les groupes de détenus pour les amener à nommer des procureurs. Et comme les notaires insistaient, s'offrant à écrire tout ce que les prisonniers pourraient faire valoir pour la défense, les révélations que fournirent les religieux éclairent d'un jour lugubre les barbaries et l'immoralité des moyens employés par les premières procédures.

VIII.
Il n'est pas sans intérêt de rapporter leurs déclarations, celles du moins que firent à cette occasion les différents groupes auxquels appartenaient les Templiers de Provins.
Signalons d'abord le désarroi qui s'était emparé de tous ces pauvres gens, la plupart illettrés, incapables par leur nombre même de se concerter pour une action d'ensemble, sans conseil et dépourvus de toute initiative !... Beaucoup refusent de constituer des procureurs sans l'autorisation du grand-maître; quelques-uns réclament l'assistance de gens éclairés; d'autres, plus, confiants dans l'impartialité de la commission, proposent à son choix des mandataires élus parmi eux ; mais le plus grand nombre s'offre à défendre l'Ordre, et plusieurs jusqu'à la mort.

Le groupe de détenus le plus nombreux, celui du Temple, comprenait soixante-quinze religieux, dont Etienne de Provins. A leur demande, les notaires écrivirent sous la dictée de l'un d'eux, Pierre de Boulogne : " ... Les chefs d'accusation contenus dans la bulle du pape sont infâmes, déraisonnables et mensongers... L'ordre du Temple est pur et n'a jamais été souillé de pareils vices... Ceux qui le prétendent, parlent comme des infidèles et des hérétiques. Nous sommes prêts à le prouver : nous défendrons l'Ordre de coeur, de bouche et de fait, et par tous les moyens convenables. Pour cela nous demandons notre mise en liberté. Il importe aussi que nous puissions comparaître en personne au concile général, et que ceux qui parmi nous ne pourront s'y rendre y soient représentés".

"Les Frères qui ont reconnu pour vrais les griefs de l'accusation ont menti; et l'on ne peut s'en prévaloir, ni contre les personnes ni contre l'Ordre, car de tels aveux leur ont été arrachés au moyen de supplices intolérables et par peur de la mort. Ceux qui n'ont pas été soumis personnellement à la torture ont vu leurs frères torturés et, tremblants d'effroi, ils ont avoué tout ce que les bourreaux ont voulu ; mais ils sont excusables, car le supplice d'un seul suffit à terroriser une multitude, et puis, ils n'avaient d'autre moyen que le mensonge pour échapper à la question. Peut-être aussi, plusieurs ont-ils été séduits à force d'instances par la flatterie, par de belles promesses ou des menaces" (30).

IX.
Nombre de religieux, en dépit des supplices, n'avaient toutefois cessé de proclamer hautement l'innocence du Temple. C'est la fière déclaration que firent aux notaires de la commission, Laurent de Provins et ses dix compagnons de geôle : "Ni la torture, ni les promesses ne nous ont ébranlés. Aucun de nous n'a avoué une seule des erreurs reprochées à l'Ordre" (31).

X.
Des délégués choisis par quelques groupes, la commission d'enquête retint pour la défense quatre religieux que la majorité des détenus consentit provisoirement à reconnaître, répudiant d'avance tout ce qu'ils pourraient dire contre l'Ordre. Ce furent, avec Renaud de Provins et Pierre de Boulogne, les chevaliers Guillaume de Chambonnet et Bertrand de Sartiges.
Le 1er avril 1310, Renaud de Provins présenta à la commission un mémoire justificatif. Il appelait son attention sur tous les points délicats du procès ; il demandait l'arrestation des Templiers qui, gagnés par des sollicitations de toute sorte ou peut-être à prix d'argent, tenaient journellement contre l'Ordre des propos scandaleux, jusqu'à ce qu'il apparût s'ils avaient porté un vrai témoignage; ils priaient notamment qu'on interrogeât ceux qui avaient assisté les religieux à leur mort, et tout particulièrement les prêtres qui les avaient entendus en confession (32).
Un tel moyen de défense ne manquerait pas aujourd'hui de faire scandale (33). Mais au XIIIe siècle, la plupart des canonistes admettaient volontiers, à la suite de saint Raymond de Pennafort, que, dans l'intérêt du pénitent et plus encore dans l'intérêt général, le confesseur n'était pas tenu par le secret à l'égard de l'hérétique qui se refusait à renoncer à son erreur. Or, tel était le cas du templier qui, ayant avoué une première fois et après s'être réconcilié avec l'Eglise, revenait sur ses aveux antérieurs. Où il n'y a pas de sacrement, il ne peut y avoir de secret sacramentel, et celui qui fait un aveu sans ferme propos, disait-on, celui-là agit en opposition avec ta nature du sacrement (34).
Si, depuis Soto, le système contraire a prévalu dans l'Ecole, l'argumentation de Renaud de Provins empruntait à l'opinion la plus répandue de son temps une valeur incomparable. "Interrogez, semblait-il dire aux juges de l'instruction, interrogez ceux qui ont entendu nos Frères en confession; faites parler les geôliers qui les ont assistés à leurs derniers moments : à défaut d'une preuve matérielle, encore à produire contre nous, leurs témoignages vous édifieront sur nos prétendues erreurs. Et vous vous convaincrez que la "religion" du Temple est pure de toute hérésie, car nul parmi nous, non seulement ne s'est pas rétracté à l'heure de la mort, mais aucun n'a été dénoncé comme hérétique impénitent".
On n'avait encore rien dit pour la défense qui mît en lumière et fit ressortir aussi clairement l'innocence des accusés (35). Eux-mêmes d'ailleurs se reprenaient à l'espérance. Chaque jour de nouveaux adhérents demandaient à parler en faveur de l'Ordre. Le 2 mai déjà leur nombre était passé à 573. Cette émulation était de bon augure. Visiblement, le procès s'orientait vers une issue fâcheuse à la politique du roi.

XI.
Un brusque coup de théâtre changea le cours des choses. Sous l'inspiration du monarque, Philippe de Marigny, récemment transféré de Cambrai au siège archiépiscopal de Sens, convoqua précipitamment à Paris le concile de sa province. On se rappelle que cette assemblée pouvait condamner sans les entendre les Templiers déjà examinés par les inquisitions diocésaines. Par un procédé barbare, inconnu de l'Inquisition même qui reconnaissait au patient le droit de se désavouer après la torture, toute rétraction fut considérée, de la part de l'accusé, comme un cas plus grave que la protestation d'innocence du début, et le constitua relaps, ce qui entraînait pour lui la peine du feu. Voyant qu'un certain nombre de leurs frères étaient perdus, les délégués du Temple en appelèrent aussitôt au pape. Appel inutile : car les enquêteurs pontificaux étaient incompétents à le recevoir et l'archevêque de Sens agissait en vertu d'une délégation apostolique. Le 11 mai, sans interroger à nouveau les accusés, le concile provincial condamna donc comme relaps cinquante-quatre Templiers qui avaient révoqué leurs précédentes confessions. Vainement la commission pontificale essaya-t-elle d'arracher ces malheureux à la mort. Le lendemain, ils furent conduits hors la ville et suppliciés dans un champ voisin de l'abbaye Saint-Antoine.

Inviter les accusés à se défendre, puis les livrer aux flammes parce qu'ils rétractaient les aveux arrachés par la question, cet attentat d'une rare déloyauté eut les conséquences immédiates qu'on en attendait. Atterrés par la vision du bûcher, la plupart des religieux qui s'étaient offerts à la défense se désistèrent; d'autres revinrent à leurs premières déclarations, et ceux qui persévérèrent dans leur généreuse résolution, se virent ou condamnés à des peines plus ou moins graves, ou dégradés et emmurés pour la vie. Philippe-le-Bel pouvait dès lors envisager sans inquiétude l'ouverture du prochain concile général.

XII.
Aucun document ne renseigne sur le sort que subirent, Renaud de Provins mis à part, nos Templiers. Simon Chrétien obtint sans doute la liberté, ainsi qu'on le lui avait promis, en retour des aveux passés devant le pape à Poitiers. Par contre, nous avons de fortes présomptions pour penser que Laurent de Provins conserva cette attitude courageuse, que ni les premières enquêtes ni les longs mois de captivité n'avaient pu fléchir. Mais des autres, Constant de Bissey-la-Côte, Jean, Etienne, et Eudes de Provins, quelle fut l'attitude dernière ? Le silence qui se fait sur leurs noms et leurs variations au cours de la procédure rend toute conjecture impossible.
Il n'en va pas de même pour Renaud de Provins, le champion le plus redoutable du Temple. Le concile s'était saisi de lui, sous le prétexte de le juger. Le 18 mai, la commission d'enquête réclama timidement sa mise en liberté. Son message resta lettre morte (36).
Après six mois d'interruption, lorsqu'elle reprit ses travaux (17 novembre), Guillaume de Chambonnet et Bertrand de Sartiges comparurent seuls. Comme ils s'en étonnaient, on leur raconta que Renaud de Provins et Pierre de Boulogne avaient renoncé solennellement à défendre l'Ordre, qu'ils étaient revenus à leurs premières confessions, et que Pierre de Boulogne avait ensuite brisé sa prison et pris la fuite. Quant à Renaud de Provins, il n'avait plus capacité pour défendre; car il avait été par le concile dégradé de son sacerdoce et condamné au mur perpétuel (37). Isolés, privés d'appui, conscients de leur faiblesse, les deux chevaliers refusèrent alors d'agir seuls et se retirèrent (38).

XIII.
La défense supprimée, l'enquête pontificale put transmettre au concile de Vienne un rapport défavorable aux Templiers. Par contre, les informations faites dans les autres pays de la chrétienté aboutissaient à des conclusions tout autres. Les contradictions entre les différentes enquêtes servirent la cause des accusés. Malgré les efforts de Clément V, les Pères du concile se refusèrent toujours à constituer une majorité pour condamner un ordre, dont ils n'avaient pas entendu la défense. Mais il fallait en finir. Le Temple était d'ailleurs trop discrédité par les calomnies de l'accusation, pour qu'il pût désormais servir sans scandale la cause de l'Eglise.

C'est pourquoi Clément V de sa propre autorité le supprima, par voie de provision et non de condamnation (3 avril 1313), formule heureuse qui, dans une question de pure discipline, lui permit de concilier tout ensemble les droits de la justice qui ne peuvent fléchir, et les exigences du roi de France, auxquelles il eût été dangereux de résister.
Sources : Carrière Victor, Histoire et cartulaire des templiers de Provins, Libriaire Champion, Paris — 1919
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Notes
1 — Pierre Dubois, dans son mémoire "De récupératione Terre Sancte" (1305-1307), où il demande la suppression de l'ordre du Temple, n'invoque aucun grief contre l'orthodoxie ni la moralité des Templiers.

2 — Ce n'est pas notre intention de reprendre le procès du Temple ; nous en dirons juste ce qui est indispensable à l'intelligence des différentes phases du drame où figurent les derniers Templiers de Provins. Partant, la bibliographie de ce chapitre sera réduite à quelques ouvrages strictement documentaires. Ceux qui voudraient connaître la "littérature" du sujet, se reporteront utilement à la bibliographie, que dom Leclercq en a donnée dans son édition de "l'Histoire des Conciles de Hefele" (Paris, 1914), t. VI, 1re partie, p. 508-517". — Les plus récents parmi les ouvrages cités, ceux qui plaident la cause de l'innocence du Temple avec succès, sont l'excellent livre de M. G. Lizerand, "Clément V et Philippe IV le Bel" (Paris, 1910), p. 76-160, 250-347 ; et le volume édité dans la Bibliothèque de l'enseignement de l'Histoire ecclésiastique par M. G. Mollat, "Les Papes d'Avignon" (Paris, 1912), p. 229-256.

3 — Michelet, Procès des Templiers, t. I, p. 521.

4 — Bibl. de Provins, ms. 99 (38), fol. 716-717 et ms. 114 (40), fol. 207.

5 — Les frères du Temple sont le plus souvent désignés par le nom de leur lieu de naissance.

6 — Michelet, Procès des Templiers, t. II, p. 351.

7 — Fresnoy (Aube, cant. de Villenauxe, comm. de Montpotier).

8 — Payns (Aube, arr. de Troyes).

9 — Michelet, Procès des Templiers, t. II, p. 354-355.

10 — Michelet, Procès des Templiers, t. I, p. 571.

11 — Michelet, Procès des Templiers, t. II, p. 355-356.

12 — De douze à quatorze frères. Voir Schottmueller, Der Untergang des Templer-Ordens, t. II, p. 39.

13 — Michelet, Procès des Templiers, t, II, p. 381-382.

14 — Paul Viollet, Les interrogatoires de Jacques de Molay, grand-maître du Temple. Conjectures. (Extrait des mémoires. de l'Acad. des Inscriptions, t. XXXVIII, 2e part.) Paris, 1909, p. 5, nº 2.

15 — Une déposition importante est celle que le précepteur de l'Isle-Bouchard (Indre-et-Loire) fit aux évêques de la commission pontificale, venus pour l'interroger à Saint-Cloud (13 avril 1309). Le témoin, un sexagénaire, est étendu sur un grabat d'agonie. Questionné sur les charges de l'accusation, sous la foi du serment, il confesse qu'il a renié le Christ et craché non sur la croix mais à terre. Il ne croit pas cependant que le cérémonial auquel il s'est conformé le jour de sa réception soit pratiqué dans les maisons de l'Ordre, car il ne l'a vu se renouveler nulle part depuis quarante ans qu'il est religieux. Et sur tous les autres articles, les négations sont absolues. (Michelet, Procès des Templiers, t. I, p. 178-181.)

16 — Michelet, Procès des Templiers, t. I, p. 589-590.

17 — Le texte imprimé porte à tort "de Cherruto", c'est "de Chevruto" qu'il faut lire.

18 — Michelet, Procès des Templiers, t. I, p. 529-531.

19 — Michelet, " ... Quia pro trufa fecerat" (Procès des Templiers, t. II, p. 111).

20 — V. Carrière, Hypothèses et faits nouveaux en faveur des Templiers, dans la Revue d'Histoire de l'Eglise de France (1912), t. III, p. 62-64.

21 — K. Schottmueller, Der Untergang des Templer-Ordens, t. II, p. 39-40.

22 — Michelet, Procès des Templiers, t. I, p. 40.

23 — Nous n'avons pu identifier cette localité.

24 — Michelet, Procès des Templiers, t. I, p. 69.

25 — Michelet, Procès des Templiers, t. I, p. 125.

26 — Michelet, Procès des Templiers, t. 1, p. 63-64.

27 — Michelet, Procès des Templiers, t. I, p. 69.

28 — Michelet, Procès des Templiers, t. I, p. 78.

29 — Michelet, Procès des Templiers, t. I, p. 99-111.

30 — Michelet, Procès des Templiers, t. I, p. 115-116.

31 — Michelet, Procès des Templiers, t. I, p. 129.

32 — Michelet, Procès des Templiers, t. 1, p. 126-127.

33 — L'obligation du secret de la confession, établie définitivement au IXe siècle, n'était pas aussi rigoureux au moyen âge qu'elle l'est devenue depuis, notamment à partir d'Innocent XI. Cf. Décret du Saint-Office du 18 novembre 1682.

34 — P. Bertrand Kurtscheid, Bas Beichtsiegel in seinera geschichtlichen Entwicklung (Fribourg-en-Brisgau, 1912). Cf. l'article de M. A. Boudinhon, Histoire du secret de la Confession, dans Le Canoniste contemporain, 35e année (1912), p. 425-439, 649-659.

35 — Pour tout dire, ce moyen de défense eût seulement apporté à l'enquête des probabilités : car la parole du confesseur ne pouvait représenter que le dire du pénitent, sans contrôle ni garantie. Mais en l'absence de toute preuve directe, la défense n'en avait pas de meilleur, et il était suffisant pour ruiner l'accusation. 36 — Michelet, Procès des Templiers, t. I, p. 277-278.

37 — Michelet, Procès des Templiers, t. II, p. 3.

38 — Michelet, Procès des Templiers, t. I, p. 286-287.
Sources : Carrière Victor, Histoire et cartulaire des templiers de Provins, Libriaire Champion, Paris — 1919
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