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Les cartulaires de certaines commanderies de france

Cartulaire de la Commanderie de Provins
1. — La Commanderie  2. — Temporel Formation  3. — Temporel Description  4. — Temporel Exploitation  5. — Revenus et Emploi  6. — Le Procès des Templiers de Provins  7. — Les commandeurs de Brie  8. — Introduction au Cartulaire  9. — Dates et Nº des Actes  10. — Actes hors Cartulaires  11. — Notice Cartulaire

Introduction au cartulaire de Provins
I. Description du manuscrit. — II. Sa rédaction; son contenu. — III. Contribution du Cartulaire à l'histoire des maisons du Temple en Brie. — IV. Y a-t-il eu un second cartulaire des Templiers de Provins ? — V. Mode de publication; les pièces de l'Appendice.

Le Cartulaire des Templiers de Provins n'est pas un monument ignoré, mystérieux. La notice que M. Félix Bourquelot lui a consacré, en 1858, en a fait connaître maintes particularités intéressantes au point de vue diplomatique et pour l'histoire des institutions du moyen âge français (1). L'auteur de l'Histoire des ducs et des comtes de Champagne, M. d'Arbois de Jubainville, a extrait de ce texte les chartes émanées d'Henri Ier, dit le Libéral (2). D'autres lui ont demandé des éclaircissements touchant la condition des classes serviles (3) ou relatifs aux possessions des Hospitaliers en Champagne (4). M. le marquis d'Albon avait copié de son côté le manuscrit pour composer "Le Cartulaire général de l'Ordre du Temple" (5). De cet ouvrage un premier volume a paru en 1913, qui va des origines à la seconde moitié du XIIe siècle (6) ; mais la mort prématurée de l'auteur est venue interrompre la publication.

I.
Certains de nos lecteurs se rappellent peut-être le Cartulaire, pour l'avoir remarqué, un jour d'instructive flânerie, au musée des Archives nationales, alors qu'on ne l'avait pas réintégré dans le carton qu'il occupe actuellement sous la cote S 5162 B, nº 2o. C'est un petit volume in-folio comprenant vingt-quatre feuillets de parchemin, répartis en quatre cahiers, écrits sur deux colonnes (7). Ce manuscrit, le plus vénérable des cartulaires du Temple, est le produit d'une double collaboration antérieure à la seconde moitié du XIIIe siècle. Les trois premiers cahiers comptent dix-huit feuillets. L'écriture est une gothique de moyenne grosseur et d'une couleur pâle. Plusieurs feuillets sont endommagés par le bas, où l'on a coupé, parfois sans respect pour le texte, la marge inférieure. Le dernier cahier présente une minuscule plus fine et des rubriques moins développées. Trois sur six de ses feuillets sont l'oeuvre d'un calligraphe habile en son art. Une fantaisie du copiste que je relève pour son étrangeté même, c'est, en guise d'encadrement, l'analyse des chartes reproduite en long et en large, dans les marges, aux bords extrêmes des pages. La disparition des feuillets qui occupaient le milieu de cet ultime cahier commet une solution de continuité, après quoi l'on retrouve l'écriture des cahiers précédents.

II.
Avant d'entreprendre la rédaction du Cartulaire, a-t-on essayé une tentative de classement, une distribution quelconque des titres ? J'ai cru longtemps, sur la foi de M. Bourquelot, qu'il n'existait "aucun ordre dans la disposition des pièces".
L'interversion des cahiers à la reliure explique la méprise du savant. Mais si l'on rétablit entre eux la priorité d'origine, le dernier cahier actuel devient le premier cahier primitif et, à partir du quatrième folio, le texte se poursuit sans lacunes. L'étude interne du document dégage alors, sous le chaos chronologique des chartes, un plan initial : l'intention de confectionner, à l'aide des pièces centralisées au chartrier provinois, un Cartulaire divisé en deux parties, l'une concernant la Brie, l'autre particulière au Temple de Provins (8).

L'exécution du premier travail avait été confiée à l'original copiste dont il nous reste trois feuillets soignés. Vingt-trois chartes s'y inscrivent entre 1127 et 1216. Ce sont les titres constitutifs d'anciennes maisons du Temple en Brie, telles que Barbonne, Baudement, Coulommiers, la Ferte-Gaucher, Soigny, d'autres encore. Rédiger le cartulaire spécial à Provins, fut l'oeuvre du second scribe. Celle-ci, malgré les lacunes du début et de la fin, nous fait tout de même connaître cent cinq chartes qui s'espacent de l'an 1193 à 1243.
Ainsi, le Cartulaire manuscrit contient au total 128 chartes; mais de ce nombre 4 sont en double (9), ce qui ne fait plus que 124 documents reproduits.

III.
Il est probable que les Templiers constituèrent à Provins leur premier fonds d'archives régionales : on expliquerait difficilement, en dehors de cette hypothèse, la présence dans notre Cartulaire de chartes antérieures ou étrangères à l'établissement de la Commanderie. De plus, nombre de titres concernent des maisons qui reçurent plus tard leur autonomie, et ce fait motive quelques conjectures intéressantes.
Puisque la commanderie de Provins en conservait les titres primitifs, on peut supposer que les premiers biens de ces préceptories en dépendirent momentanément. Aussi longtemps que le Temple de Provins fut l'unique résidence des Chevaliers de la contrée, il dut s'attribuer, en effet, sans partage possible, les donations consenties en faveur de l'Ordre naissant. Mais tel était l'engouement d'alors, les libéralités de toute sorte affluaient en tel nombre qu'on dut bientôt songer à la création de maisons nouvelles. On sentait d'ailleurs le besoin de grouper sous une surveillance plus assidue quantité d'exploitations rurales trop éloignées de leur chef-lieu. On détacha donc ces domaines de Provins, et l'on eut ainsi les préceptories indépendantes de Barbonne, Baudement, Chaufour, la Ferte-Gaucher, le Mesnil-Saint-Loup, Soigny, Tréfols et Troyes (10).

Enfin, lorsque les titres de propriétés étrangères au Temple de Provins se retrouvent, non pas dans les archives des maisons auxquelles ces biens tout appartenu en dernier lieu, mais parmi les actes de notre Cartulaire, j'incline à penser que ces préceptories ne sont pas seulement d'érection plus récente que la commanderie de Provins mais encore de fondation moins ancienne que la charte ici reproduite. Le fait est évident en ce qui concerne la maison de Baudement (11).

Pour les autres, de légitimes inductions corroborent l'hypothèse. La grange de Barbonne (12) que les Templiers avaient acquise du comte Thibaud, en 1127, ne semble pas avoir été érigée en commanderie l'année que son fils Henri le Libéral confirma (1164) les acquisitions dont l'Ordre s'était depuis peu rendu propriétaire (13).
Même la commanderie de Troyes (14), présumée "la première des commanderies de la province" (15), serait ainsi de fondation bien postérieure à l'an 1159 (16).
Si Hugues de Paroy abandonne aux Templiers, en 1194, sa maison de Soigny (17) et les terres d'alentour, c'est à partir de 1212, et pas avant, qu'on y rencontre à demeure un détachement de moines (18).
L'installation des Frères à la Ferte-Gaucher (19) ne précéda pas la cession que Robert de Sablonnière leur fit des biens qu'il possédait dans la banlieue de cette ville avant 1194 (20).
Le Temple de Chaufour (21), signalé en 1224, occupait un domaine provenant pour une grande part d'acquisitions réalisées en 1211 et 1212 (22).
Pareillement au sujet de Tréfols (23), dont la préceptorie pourrait ne pas remonter au-delà de 1233 (24).
Une dérogation à cette règle, la seule que je sache, concerne la maison du Mesnil-Saint-Loup (25), que les frères du Temple occupaient en 1208, date à laquelle Raoul Britaud et Marguerite, sa femme, leur abandonnèrent leurs droits sur le moulin du Vicomte à Provins et ce qu'ils avaient au Mesnil, dans la rue du Mauvais-Profit, "in vico qui dicitur Pute Aoite" (26).

IV.
Les quelques cahiers de parchemin qui composent le présent Cartulaire, sauvés comme par miracle du sac de la Commanderie par les Anglais en 1432 et reliés depuis en volume, sont loin de représenter l'importance des archives rassemblées à Provins dès la fondation de l'établissement. Le manuscrit, dans son état actuel, s'arrête en 1243. De cette époque aux premières années du XIVe siècle, des contrats de toute sorte renseignent sur la vitalité de cet établissement. Motivèrent-ils par la suite la continuation du Cartulaire ? Une note autographe du chanoine Billate, placée en tête d'une copie de charte de juillet 1255, assure que cet acte, "le XVe titre du Cartulaire de la commanderie de Provins", y prenait rang au "folio 108". En conclurai-je que le Cartulaire actuel, où la charte fait défaut, était jadis cinq fois au moins plus volumineux ? Les termes de la note sont formels. "Le XVe titre du Cartulaire de la commanderie de Provins, lisons-nous, qui a sans doute été transporté au trésor commun des archives du Temple, puisqu'il ne se trouve plus à la Croix-en-Brie, est un acte ou accord fait au mois de juillet 1255 entre le comte Thibault et Isabelle de France, sa femme, d'une part, et les frères du Temple, de l'autre part, touchant les "amortissemens qui étoient dûs au prince pour les nouveaux acquêts desdits Templiers". Vient ensuite la copie du document précédée de la référence au "Cartulaire de la Commanderie, folio 108 (27)". Un détail est à retenir. Le Cartulaire que nous éditons avait été incorporé aux archives du Temple de Paris. On peut ajouter qu'il s'y trouvait encore au moment de la Révolution, comme l'établit sa présence aux Archives nationales (28). Mais je doute qu'il y ait identité entre notre manuscrit et celui auquel se réfère le chanoine provinois. Comment admettre effectivement que les quatorze premiers titres de ce dernier cartulaire aient occupé plus de cent folios alors que les vingt-quatre feuillets de notre registre suffisent à 128 chartes ? Si la référence toutefois est exacte (ce qu'il est impossible de vérifier), il faut conclure à l'existence d'un second recueil moins ancien et bien différent de celui qui fait l'objet du présent travail.

V.
Expliquons en quelques mots la manière dont nous avons conçu cette publication.
L'idéal eut été de reproduire l'original de tous les documents transcrits. Malheureusement nos recherches sont restées dans la plupart des cas sans aboutir. Neuf fois seulement, nous avons pu substituer à la copie la pièce originale et nous avons indiqué en note les variantes (29).

Nous avons réuni dans l'Appendice divers documents qui comblent dans une certaine mesure les lacunes du Cartulaire. Ces pièces, extraites de différents dépôts d'archives, sont au total de trente-cinq et vont jusqu'en 1302. Leur nombre eut été autrement imposant si nous avions hospitalisé tous les actes analysés par Jacquemin, dans son Inventaire général des titres de la commanderie de la Croix-en-Brie (30) et qu'on retrouve aux Archives nationales, dans les cartons de la série S, sous le mot "Provins". Mais nous eussions franchi des limites que le titre du Cartulaire, trop connu pour être modifié, n'en dessine et comporte. Nous nous sommes donc attachés à reproduire, à l'exclusion de tous autres, les seuls documents qui mettent en cause les Templiers de Provins.
Sources : Carrière Victor, Histoire et cartulaire des templiers de Provins, Libriaire Champion, Paris — 1919
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Notes
1 — Notice sur le Cartulaire des Templiers de Provins, p. 171-190.

2 — Voir l'appendice du t. III, où l'on retrouve le texte des chartes 20, 57, 82, 88, 89 et 91. Cette dernière charte est reproduite même tome, p. 450.

3 — H. Sée, Etude sur les classes serviles en Champagne (Ext. de la Revue historique, t. LVI, p. 225 et suivante et t. LVII, p. 1 et suivante), 1895, in-8º, 48 p.

4 — E. Mannier, Les commanderies du Grand-Prieuré de France.

5 — Paris, H. Champion, 1913, in-4º.

6 — Cette édition reproduit trois chartes de notre Cartulaire (la charte ajoutée en note p. 102 et les n05 86 et 93), mais elle omet le charte de 1133, qui figure sous le nº 81, p. 101-102.

7 — Au dos de la couverture, on lit une analyse sommaire du manuscrit, rédigée au XVIIIe siècle. Ci : "PROVINS. COMMANDERIE DE LA CROIX-EN-BRIE. — Cartulaire de chartes, lettres et autres titres des comtes palatins de Champagne, de Troyes et de Blois, des vicomtes de Provins et autres seigneurs, contenant plusieurs donations et ventes par eux faites aux Frères de la milice du Temple dudit Provins, de maisons, granges, cours, jardins, moulins, terres, prez, bois, vignes et plusieurs hostes et vassaux, cens, rentes, droit de tonlieu sur les bestes, les laines, le fil et autres choses, droit de minage et marché et autres droits seigneuriaux à Provins et autres lieux aux environs y mentionnés, le tout dépendant et formant la Vicomte dudit Provins".

8 — La présence dans l'une et l'autre rédaction de mêmes chartes appartenant à la Commanderie provinoise corrobore cette observation. N'eût-ce pas été une faute d'exclure ces titres d'une collection relative à la baillie de Brie ? Ne devait-on pas les incorporer également dans un recueil propre aux Templiers de Provins ?

9 — Chartes 5 avec 110, 7 avec 85, 25 avec 99, 46 avec 106.

10 — J'excepte, par prudence, "la maison de Coulommiers", signalée dès 1173 (Cartulaire, charte LXXXVIII. Cf. charte XC).

11 — Baudement (Marne, arr. d'Epernay, cant. d'Anglure). — Cartulaire, charte LXXXI.

12 — Barbonne (Marne, arr. d'Epernay, cant. d'Anglure, comm. de Barbonne et Fayel).

13 — Cartulaire, chartes LXXXII, XCIII, XCIV.

14 — "La première fondée en Europe", dit M. Ed. de Barthélémy (Notice sur les Etablissements des Hospitaliers... en Champagne, Bulletin monumental, Paris, 1850, p. 7).

15 — Th. Boutiot, Les Templiers et leurs établissements dans la Champagne méridionale (Troyes, 1866), p. 8.

16 — Cartulaire, charte XCI.

17 — Soigny (Marne, cant. de Montmirail).

18 — Cartulaire, chartes XCVII, CXI.

19 — La Ferte-Gaucher (Seine-et-Marne, arr. de Coulommiers).

20— Cartulaire, chartes LXXIII, LXXXVII.

21 — Chaufour (Seine-et-Marne, canton de Nangis, commune de Jouy-le-Châtel).

22 — Cartulaire, chartes XCIX, CI, CVII et CVIII.

23 — Tréfols (Marne, cant. de Montmirail).

24 — Cartulaire, charte LXIII.

25 — Le Mesnil-Saint-Loup (Aube, cant. de Marcilly-le-Hayer. — Les Templiers étaient propriétaires au Mesnil-Saint-Loup avant Pâques 1144 (D'Albon, Cartulaire... du Temple, p. 21, nº XXVIII.

26 — Cartulaire, charte CV. — Le thème originel de ce mot "aoite" est le participe latin "augta, de augere", accroître, qui a subi la série phonétique suivante : "augta, aucta, auita, aoite". Augere a donné en roman "aoire". D'où l'expression Pute Aoite, qui se traduit par mauvais gain et qui a pour équivalent la forme maugain, nom de lieu dit et nom d'homme.

27 — Bibl. nat., Topographie de Champagne, t. XXV, fol. 238 et 239.

28 — Si le Cartulaire était revenu à la Croix-en-Brie, il aurait suivi, lors de la Révolution, l'inventaire des titres de cette commanderie ; il serait maintenant aux Archives départementales de Seine-et-Marne, à Melun.

29 — Chartes 4, 71, 73, 88, 89, 95, 107, 114, 116.

30 — Arch. de Seine-et-Marne, H. 701.
Sources : Carrière Victor, Histoire et cartulaire des templiers de Provins, Libriaire Champion, Paris — 1919
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