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Les cartulaires de certaines commanderies de france

Introduction au cartulaire de la commanderie de Sommereux
Sommereux Actes

En publiant, en 1892, son étude sur les maisons du Temple de la Picardie (1), M. Trudon des Ormes exprimait le regret d'avoir été privé du cartulaire de la commanderie de Sommereux « jalousement conservé, en Angleterre, par sir Thomas Phillipps, dans sa bibliothèque de Cheltenham ; Sommereux étant une des rares maisons du Temple dont il reste un cartulaire du XIIIe siècle, le seul pour la Picardie (2) ».

Grâce à la libéralité de généreux donateurs, la Bibliothèque nationale est entrée, en mai 1908, en possession du précieux manuscrit et nous avons pu en entreprendre la publication.

Transcrit vers 1263, avec additions en 1279 et 1281, il comprend 77 feuillets de parchemin, de 285 millimètres de long sur 190 de large, reliés en maroquin rouge gaufré ; reliure moderne qui a remplacé l'ancienne en cuir fauve sur ais de chêne, avec deux fermoirs de fer (3).

Il faut ajouter à ces actes la charte d'Alix, abbesse de Saint- Paul-lès-Beauvais, du 26 août 1297, que conserve la Bibliothèque Nationale et qui provient de la bibliothèque Philipps. Nous la donnons en appendice.
Plus nombreuses sont les chartes des commanderies d'Esquennoy et de la Druelle (aujourd'hui Ladreue), publiées en partie par M. Trudon des Ormes ; mais elles n'entrent pas dans le cadre de notre publication, ces commanderies ayant fait partie de la baillie de Vermandois, sous les templiers, et n'ayant été rattachées à Sommereux qu'au XIVe siècle, quelque temps après la dévolution des possessions du Temple aux chevaliers hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem.

Il provient de la collection d'Alexis Monteil et a été acquis du célèbre bibliophile anglais, dans la bibliothèque duquel il figurait sous le n° 2.973 du catalogue. Lors de son entrée à la Bibliothèque nationale, il a reçu la côte 1.934 des nouvelles acquisitions latines (4).

Le manuscrit, tel qu'il se présente actuellement, commence par une table ajoutée au XVe siècle (folios I à III, cotés A, B, G).
S'ensuivent les copies des Chartres des donations et acquisitions faites à la commanderie de Sonmereux, selon le registre ancien ou sont enregistrées les « Chartres des acquestz d'icelle et aussy de celle de Nully soubz Clermont en Biauvoysin, pour sçavoir plus tost trouver ce qu'on y vueilt voir, par les nombres qui y sont mis chascun en teste. »

Du folio I au folio 30 : chartes diverses (1150-1262). Du 30 au 33, notes ajoutées en 1279 et 1281 : courtils de Sommereux devant la dîme à la commanderie ; rentes et journées dues ; fiefs appartenant à la commanderie de Neuilly-sous-Clermont. Folios 33 à 66, seconde partie du cartulaire : chartes diverses (1140 à 1258), le feuillet 44 étant resté en blanc. — Bulles de papes en faveur des Templiers (1200-1258). — Fol. 76 et 77 : notes ajoutées postérieurement, le dernier feuillet écrit à l'envers, dont le verso a été gratté, étant formé par un fragment de rouleau des morts (1261). Les actes, jusqu'au feuillet 52, sont précédés d'un titre d'une ou deux lignes écrit au cinabre. Une seule charte (n° 152) est rédigée en langue vulgaire.

En réalité, il y en a huit : sept originales et une copie. Ce sont les suivantes :
1. S. d. (1150-1157). Don par Soustan de Fins, aux Templiers, d'une terre à Saint-Romain (S 5214, n° 1), original parchemin, dont le sceau a disparu. Texte : d'Albon. Cartulaire général de l'Ordre du Temple, n° CXLVI ;
— Trudon des Ormes, opuscule cité, n° 46. Cet acte doit être placé entre les années 1150 et 1157, comme ayant été passé sous le règne de Louis VII (1137-1180), en faveur des templiers établis à Sommereux en 1150 et scellé par Geoffroy, seigneur de Dancy (1120-1157).
2. 1178. Donation aux Templiers de Sommereux par Raoul de Guizancourt d'un cens à Ménantissart (S. 5215, liasse 13, n° 13).
3. 1196, Sarclay. Donation aux templiers par Dreux de Gournay (le la moitié du moulin Estournel (S. 5215, liasse 13, n° 9 ; originale parchemin, scellé (Douët d'Arcq, n° 1252). Cartulaire, n° 127.
4. 1239, mars. Notification par l'official de Beauvais de la vente d'une vigne, à Fouquerolles, au profit des templiers (S. 5217, liasse 9 ; originale). Cartulaire, n° 126.
5. 1238, juin. Don par Nébelon d'Auteuil aux templiers d'une rente sur son cens d'Auteuil (S. 5218, liasse 13, n° 9) ; originale parchemin, scellé (Douët d'Arcq, opuscule cité n° 1252). Cartulaire, n° 127.
6. 1247, avril. Reconnaissance par Ermengarde, femme de Jean de Conty, d'une rente et d'un cens sur la terre de Bulles (S. 5218, liasse 53, n° 4 ; originale parchemin, dont le sceau a disparu. Cartulaire n° 152).
7. 1288, août. Confirmation par Renaud de Dargies de la vente du fief de la Motte d'Airaines, dans la paroisse de Rochy, en faveur des templiers de Sommereux (S. 5217, liasse 45, n° 5) ; originale parchemin, scellé (Douët d'Arq, n° 2008). Trudon des Ormes, n° 47.
Il faut ajouter à ces actes la charte d'Alix, abbesse de Saint-Paul-lès-Beauvais, du 26 août 1297, que conserve la Bibliothèque Nationale et qui provient de la bibliothèque Philipps. Nous la donnons en appendice.
Plus nombreuses sont les chartes des commanderies d'Esquennoy et de la Druelle (aujourd'hui Ladreue), publiées en partie par M. Trudon des Ormes ; mais elles n'entrent pas dans le cadre de notre publication, ces commanderies ayant fait partie de la baillie de Vermandois, sous les templiers, et n'ayant été rattachées à Sommereux qu'au XIVe siècle, quelque temps après la dévolution des possessions du Temple aux chevaliers hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem.

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Comme la plupart des recueils de même genre, le Cartulaire de Sommereux est une transcription, sans ordre apparent, des titres de propriété de la commanderie et de ses dépendances : Marendeuil, Saint-Pantaléon, Neuilly-sous-Clermont. Il comprend, à l'exclusion de sept documents ajoutés après coup au XIVe siècle, 166 actes allant de l'année 1140 à 1262. Deux d'entre eux, qui ont échappé aux recherches de Luchaire (5), émanent du roi de France Louis VII ; huit, des comtes et comtesses de Clermont ; dix-neuf, des évêques de Beauvais ; quatorze, de ceux d'Amiens, dans le diocèse desquels était comprise la commanderie (6) ; d'autres, d'un archevêque de Reims, d'abbés de Saint-Lucien de Beauvais, de Breteuil, de Saint-Just, de Froidmont et de Lannoy ; d'une abbesse de Saint-Paul-lès-Beauvais ; d'officiaux de Beauvais et d'Amiens, de doyens de Beauvais, Soissons et Breteuil, des chapitres de Saint- Michel de Beauvais et de Notre-Dame de Clermont, d'un grand bouteiller de France, de maires de Beauvais et de La Vacquerie, d'un commandeur de Sommereux, sans compter nombre de chartes de seigneurs du Beauvaisis et de la Picardie : vidâmes de Gerberoy, châtelains de Milly, sires de Belloy, Breteuil, Bulles, Cauffry, Conty, Dargies, Fourcigny, Frétoy, Friancourt, Grossolve, Hermes, Jumel, Lihus, Litz, Moreuil, Mouchy, La Neuville, Pierrefonds, Poix, etc. Dix-sept bulles des papes Innocent III, Innocent IV, Grégoire IX et Alexandre IV, non mentionnées aux Regesta de Potthast, présentent un intérêt particulier.

Nous donnons in extenso (7) le texte de ces divers documents, en le faisant précéder d'une analyse sommaire, datant les actes en style moderne et substituant l'ordre chronologique à celui adopté par le rédacteur du cartulaire. Des notes éclaireront le texte. Une table, rédigée en collaboration avec M. le Docteur Leblond, facilitera les recherches.

Cet ensemble d'actes, en dehors de l'intérêt qu'il présente au point de vue économique, donne les formes anciennes de plus de quatre-vingt-dix localités du département de l'Oise, quarante et une de la Somme, huit de Seine-et-Oise, huit également de la Seine-Inférieure.

Les listes des témoins ne sont pas moins intéressantes par les indications qu'elles donnent sur les anciens seigneurs de la région et, d'une façon générale, sur l'onomastique des personnes.

Mais c'est surtout à l'histoire du Beauvaisis que notre publication apportera sa contribution, en même temps qu'au Cartulaire général de l'Ordre du Temple, si fâcheusement interrompu à l'année 1151, par la mort du marquis d'Albon. Ce sera surtout la source documentaire, presque unique, de l'histoire d'une des commanderies de Templiers, la plus importante du Nord de la France (8).

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Suivant M. Trudon des Ormes (9), la commanderie de Sommereux fut fondée sous le règne de Louis VII, entre les années 1137 et 1157. Soustan de Fins serait son premier bienfaiteur, par le don d'une terre, dans la paroisse de Saint-Romain (10), Notre cartulaire permet de fixer d'une façon précise la date de cette fondation (11). C'est en 1150 que Baudouin de Saint-Clair et Robert, son neveu, abandonnèrent aux chevaliers du Temple la moitié de l'autel et de la dîme de Sommereux. Le vicomte Amel ajouta un nouveau huitième de dîme et Enguerran de Béthencourt, conjointement avec Hugues Rabel, son neveu, gratifia la nouvelle commanderie de tout ce qu'il possédait en terres arables, en bois et en hôtes, dans la paroisse, avec des droits de justice.

La maison du Temple de Sommereux, Domus Templi de Somoreus (12), construite avec d'amples dépendances et une chapelle, à trente kilomètres de Beauvais, devint le chef-lieu d'une baillie ou commanderie du diocèse d'Amiens (13), baillivia de Somereus, dans la baillie de Ponthieu et de Beauvaisis et le ressort du Temple de Paris. Par suite de donations successives, une ferme avec grange, moulin et four banals, près de 300 journaux de terre arable (14) et 288 journaux de bois, formèrent un beau domaine desservi par le chemin de Grandvilliers et confinant à la ferme de Marendeuil.

Le commandeur, preceptor de Somerues (15), partageait la seigneurie et les revenus de l'autel avec le seigneur du lieu (16). Il jouissait de tous les hôtes, des droits de champart et de terrage, de nombreuses rentes foncières et censuelles, des dîmes et de la justice, dans le ressort de sa seigneurie (17). Il avait près de lui, sous ses ordres, plusieurs frères chevaliers ou sergents, un grangier (18), un économe qualifié dispensator, et un frère prêtre, chapelain, qui était en même temps curé de la paroisse (19).

Les commandeurs, dont le cartulaire et quelques autres documents ont conservé les noms, sont les suivants :
1. — 1150-1157. — SIMON LE COQ DU VAL, Simon Gallus de Valle, qualifié dominas domus (de Somereus), dans la charte de Soustan de Pins, attribuant aux Templiers une terre à Saint-Romain (21).

2. — 1161-1168. — RENIER D'HERONCOURT, de Herecort, custos de Somerues, qui paraît dans les actes, de 1161 à 1168 (22). En cette dernière année, il reçoit pour sa maison, une donation de Guillaume, vidame de Gerberoy, sur le cens de Gerberoy. Cet acte suppose que Renier avait la qualité de commandeur.

3. — 1168-1169. — RENIER D'AYENCOURT, Renerus, de Aiancort, désigné comme procurator de Sommereus, dans un acte de 1173 (23) et, vers 1180, dans une charte de Gautier Tyrel (24).

4. — 1182-1183. — DREUX DE VAUX, Drogo de Waus, Droco de Vallibus. Il paraît, en 1182, dans un acte de Thibaut, évêque d'Amiens, relatif à Marendeuil (25). L'année suivante, il souscrit à deux chartes de Philippe, évêque de Beauvais : l'une, relative au vignoble de Vilers-Saint-Lucien (26) ; l'autre, à une dîme à Froidmont (27).

5. — 1186. — ENGUERRAN, frater Ingerrannus, qualifié procurator domus de Soumereus, dans une charte de Thibaut, évêque d'Amiens, du 11 décembre (28).

6. — 1190 et ante. — ROBERT D'AVELIN, Robertus de Avelin, prcceptor de Soumeroles. En 1190, il souscrit à un acte de Pierre, abbé de Saint-Just (29).

7. — 1190. — Gui, Guido, qualifié preceptor de Soumereus, dans une charte d'Auvray, abbé de Breteuil(30).

8. — 1191 et fin XIIe siècle. — JEAN LE BOUGRE, Johannes le Bougre, indiqué comme gardien de Sommereux vers 1191, dans une charte de Sauvalon III de Milly, portant donation d'un metz à Oudeuil (31).

9. — 1220. — HUGUES DE CHALONS, Hugo de Chaulons, qualifié preceptor de Soumereus dans un acte du doyen de Beauvais, du mois de juin 1220 (32).

10. — 1222. — AIMON, frater Aimo, preceptor domus militie Templi de Soumereus qui, en cette année, comparait le 23 juillet, comme témoin, dans une charte de Geoffroy, doyen de Beauvais (33).

11. — 1224. — AYMAR, frater Haimardus, preceptor bajulie domus militie Templi de Soumerues. Il notifie, par acte de février de cette année, rachat d'une rente de vin à Neuilly (34).

12. — 1223. — JEAN GRATE, frater Johannes dictus Grate, qui acquiert en cette année un pré à Hermes (35).

13. — 1280-1290. — GAUTIER D'ESTE, Galterus de Esta, quondam miles, nunc preceptor dicte domus (de Sommereus), qui figure au Procès des Templiers (36). Il fut promu précepteur de Ponthieu (37) et lieutenant du grand maître du Temple de France (38).

14. — 1293-1294. — PIERRE DE BRESLE, qualifié preceptor de Somereus (39).

15. — 1294-1291. — ROBERT DE SAINT-JUST ou DE BEAUVAIS, templier prêtre, frater Robertus de Sancto Justo, presbyter. Mentionné au Procès avec le titre de preceptor ballive de Somereus (40), il figure comme partie dans une charte de donation d'Alix, abbesse de Saint-Paul-lès-Beauvais, du 26 août 1297, que nous a signalé M. l'abbé Meister, et où il est qualifié preceptor domorum Templi in bailliva de Sommerosiis, (41) ; ce qui suppose qu'il n'était pas seulement commandeur de la maison de Sommereux, mais de toute la baillie.

16. — Vers 1303. — ROBERT LE BRIOYS, frère sergent du Temple, témoin au Procès (42).

17. — 1304-1307. — RAOUL DE GISY, Radulphus de Gisiaco, de Gisi, frère sergent, ancien commandeur de Champagne (43), puis de Lagny-le-Sec et de Sommereux, preceptor domorum Templi de Latinihaci Sicco et de Somereus, receptor Campanie (44). Sa déposition au procès est particulièrement intéressante par ses révélations sur les pratiques sacrilèges et immorales des Templiers. C'est le dernier frère du Temple commandeur de Sommereux.

Les vastes bâtiments de la commanderie, sous les hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem qui, à partir de 1312 (45), remplacèrent les Templiers, furent en partie détruits par les Anglais, pendant les guerres du XVe siècle (46). Réparée d'abord, puis reconstruite au XVIIe siècle (47), la maison devint un manoir ou petit château servant de résidence au commandeur. Quant à la chapelle qui avait été remaniée au XIVe siècle par le commandeur Jean de Verrines (48), elle fut épargnée et elle a conservé, en dépit de la reconstruction de la nef, au XVIIe siècle, son abside et son transept, du commencement du XIIIe. On en trouvera une description sommaire dans le Précis statistique du canton de Grandvilliers (49). Une carte, postale l'a reproduite en phototypie.

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La commanderie de Sommereux avait pour « membres » ou annexes :
1° — BROQUIER, Broqueel, Broquell, à l'est du village, sur la gauche du chemin de Grandvilliers à Formerie, à 12 kilomètres de Sommereux. C'était une ferme de 158 mines de terre (50) et un fief jouissant de la haute, moyenne et basse justice, avec le tiers des dîmes (51). En 1551, Broquier était affermé annuellement pour 133 écus d'or (52).

2° — MARENDEUIL, Marenduel, Marendoil, autre ferme avec bois, à l'est du village de Sommereux. Ce petit domaine fut constitué, de 1169 à 1173, par les libéralités des vidâmes de Gerberoy (53), du maire de la Vacquerie (54) et du seigneur de Guizancourt (55). Le bois fut engagé, vers 1180, au profit des Templiers, par Omond et Martin de Thois (56). Jean d'Hétomesnil compléta, en 1186, celte libéralité, à charge d'un cens de 18 mines de froment (57).

En 1373, d'après le « Livre vert », Marendeuil rapportait annuellement 320 francs. En 1468, cette terre était affermée pour 24 muids de grains de ferme (58).

3° — SAINT-PANTALEON DE BEAUVAIS, maison avec chapelle, capella domus templi de Belvaco (59). C'était un ancien prieuré de Saint-Martin-des-Champs, dans la paroisse de la Basse-Œuvre, qui passa, vers 1140, aux Templiers (60). L'hôtel, bâti sur le rempart gallo-romain de la cité subsiste encore en partie dans les bâtiments occupés aujourd'hui par la gendarmerie. La chapelle était desservie par un templier prêtre (61), qui parfois était chef, provisor, de la maison (62). On y voyait, avant la Révolution, les tombes de plusieurs commandeurs de Sommereux, celles notamment de Lancelot dit Poule ou de Poule (63) et de Jean Perrin (64). Elle possédait également, d'ancienne date, des reliquaires précieux, contenant des reliques, de saint Pantaléon et un os du bras de saint Marc. Dix-sept maisons, bordant la rue Saint-Pantaléon, dépendaient de la commanderie (65). Elle en possédait également rue des Jacobins, du Poivre-Bouilli, du Cellier-Saint-Ladre, de la Porte-de-Bresle, de Saint-André, etc., (66), le tréfonds de la maison de Richard Lasne (67), plus une rente sur le moulin de Troissereux (68), des cens sur diverses maisons, en la Taillerie et la Poterie (69), sur celle de Philippe de Beaulévrier (70) et sur d'autres, dans les rues Saint-Laurent, Saint-Symphorien et Beaudéduit (71), une censive et une maison sur la place Saint-Michel (72), une autre à Tillart (73), un vignoble à Marissel (74), une prairie et des terre à Miauroy (75). Par concession du roi de France, Louis VII, les templiers jouissaient d'une poterne percée, vers 1140, dans le mur de la Cité et leur permettant d'accéder avec facilité à leur maison (76). Ils devaient à la générosité des évêques de Beauvais le Metz-l'Evêque (77) et la confirmation de nombreuses donations (78). Les comtes de Clermont, à leur tour, les avaient exemptés de la dîme (79), en se signalant par plusieurs libéralités (80), et les papes leur avaient accordé de nombreux privilèges (81).

Les arrentements des maisons et des jardins rapportaient 60 livres parisis à la fin du XIIe siècle et 76 livres 9 sols parisis en 1373 (82). La commanderie jouissait aussi d'une maison à Oudeuil, de cens et de renies à Neuilly-sous-Clermont, d'une rente de 4 muids de grains sur la ferme de Mauregard, qu'acquittait l'abbé de Froidmont (83), de divers droits à Méru, Milly, Savignies, Caigneux, Villers-Saint-Lucien et des revenus d'une prébende dans la collégiale de Saint-Michel de Beauvais (84).

4° — MORLAINE, villa de Moslanis, Moullaines, Morlens, Morlaine-le-Temple, dans la paroisse de Tillé. Petite propriété avec terres arables, moulin, pressoir, colombier, bois, prés et chapelle dans la cour de la ferme, capella domus Templi de Movlenis (85), Morlaine fut dénommée « la Ferme de l'Hôpital », après son attribution aux chevaliers hospitaliers (86).

De Morlaine, dont le chef portait lui-même le titre de comandeur, preceptor domus de Morlens (87) et jouissait de toute justice et seigneurie dans son ressort, dépendaient des terres et une vigne, à Champigneulles ; des terres à Fouquerolles, Fontenelles et Bruneval ; la dîme de Bresle ; des renies à Friancourt et dans diverses paroisses des environs de Tillé.

En 1373 (88), la ferme comprenait deux charruées de terre avec moulin et onze journaux de terre à labour, le tout affermé pour douze muids de grains, moitié blé, moitié avoine. La dîme de Bresle rapportait 40 muids de grains. La commanderie jouissait en outre de 9 muids de blé à Laversines et des rentes que lui servaient l'abbesse de Saint-Paul et l'abbé de Froidmont, soit en fout : 29 muids, 5 mines de blé, à 20 sols le muid ; 18 muids d'avoine, 4 de pois, 36 chapons à 14 sols Menus cens à Morlaine : 10 livres. Menus cens à Hermes :


28 sols ; deux chapons à Caigneux. Cens à Caigneux, Laversines et Bulles : 34 sols ; 8 arpents de vignes à Bresle et une grande maison à Rochy. Le tout, d'un rapport annuel de 72 livres 8 sols parisis. (89).

5° — NEUILLY-SOUS-CLERMONT. Les Templiers de Sommereux y possédaient une maison : domus de Nulliaco, de Nulhiaco (90), dite l'« Hôpital de Neuilly » (91), dont le chef était lui-même qualifié commandeur. Une chapelle, capella domus Templi de Nuylhi (92), en dépendait, avec une trentaine d'arpents de terre, par donation de Mathieu de Hermes ; une grange, un moulin (93), un pressoir (94), neuf fiefs, avec les droits de justice et d'afforage (95). La comtesse de Blois et de Clermont confirma en 1203 (96) la donation faite par Eudes d'Angivillers de tout ce qu'il possédait dans la paroisse et, en 1217, Guillaume de Béronne ajouta la moitié de sa terre (97). En 1224, les Templiers purent acquérir en plus une rente de trois muids de vin (98) ; plus tard, des rentes censuelles à Rotheleux, Lierval, Béthencourt, Canettecourt (99), Catenoy et Rieux (100).

Les bâtiments de la commanderie ne manquaient pas d'importance. Incendiés, en 1370, par les Anglais, Jean Perrin, commandeur de Sommereux (1448-1489), fit démolir la partie ruinée et répara, au prix de 200 livres, le reste des constructions. La commanderie fut reconstruite plus tard, au XVIe siècle ; mais la chapelle du XIVe fut conservée. Telle qu'elle se présente aujourd'hui dans la grande rue du village, elle se compose de trois parties :
1° La logette, percée de fenêtres à meneaux et servant de maison d'habitation ;

2° La chapelle gothique, avec deux grandes baies ajoutées au XVe siècle, comportant une partie basse qui sert d'écurie et une autre à laquelle on accède de plein pied et qui est habitée (101). On y remarque une fresque représentant la bénédiction de la Vierge ; mais il est fâcheux qu'une cheminée construite après coup soit venue couper la scène et cacher le Christ bénissant.

3° La commanderie proprement dite, manoir sur plan rectangulaire, comprenant deux étages sur caves, auxquels on accède par un bel escalier. La façade est ornée de pilastres et la toiture en tuiles est percée de trois lucarnes monumentales rectangulaires, à meneaux et frontons ornementés. La pièce qui sert actuellement de cuisine possède un plafond intéressant. Le tout constitue un assez bon échantillon de l'architecture civile du XVIe siècle, qui vient d'être classé comme monument historique (102).

A Clermont, les Templiers avaient aussi une maison, une vigne (103) et un cellier. Par donations du comte de Clermont (104), de l'évêque de Beauvais (105), de la dame de Mouchy (106), ils jouissaient des annales ou vacants des prébendes de Saint-Arnoul, de Saint-Evremond de Creil et de Notre-Dame-de-Mouchy (107), Ils possédaient aussi dans la ville de Clermont un fief nommé les Cinq-Cheminées, diverses tenures dues à la libéralité de Roger Langlois et de sa femme (108), des rentes foncières, des censives et des hôtes. Le commandeur de Neuilly, était en même temps chef de la maison de Clermont.

3° — La maison de Gandicourt, à Belle-Eglise. En 1373, d'après le « Livre vert », Neuilly et Gandicourt rapportaient à la commanderie de Sommereux annuellement 70 livres parisis, pour 21 arpents de terre à labour, 5 journaux et demi de vignes, 9 muids de vin de vinage, 6 muids de grains de rente, 6 journaux de prés et 3 d'aulnaies.

Au XVIIe siècle, Gandicourt fut détaché de la commanderie de Sommereux, pour être rattaché à Ivry-le-Temple. Aux possessions qui précèdent et qui étaient déjà pour la commanderie une source de gros revenus, il faut ajouter des terres à Angivillers, Airion, Gerberoy, Caigneux, Cauffry, Cinqueux, Nivillers, Méru, Poix, Bongenoult, Bresle, Creil, Oudeuil, Pouquerolles, Saint-Romain, Villers-Saint-Paul, etc., un pré à Hermes, une vigne à Jumel, des dîmes à Villers, Suzoy, Nointel, Laversines, Auneuil, Thieulloy-Saint-Antoine, Dargies, Priencourt, Dameraucourt, Ménantissart, etc. ; des moulins et des hôtes dans diverses paroisses ; des rentes à Ronquerolles, Rotheleu, Gerberoy, Airion, Bulles, Courlieu, Poix ; des cens et droits de champart à Caillouël, Cauffry, Sénécourt et Laversines. On trouvera dans le Cartulaire les anciens titres de ces diverses possessions (109).

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Il n'est pas sans intérêt, au point de vue économique, de constater quels ont été, à partir de sa dévolution aux chevaliers hospitaliers, les revenus de la baillie de Sommereux.

Lorsque, par ordre du pape Grégoire XI, on dressa, en 1373, un état des possessions et revenus dont jouissaient les diverses commanderies de France, Sommereux avait 390 journaux de terre, un moulin à vent affermé annuellement pour une redevance de 12 muids (110) de blé ; un four banal affermé de même pour 6 livres parisis ; 36 livres parisis de cens et diverses dîmes ; 4 muids 5 mines de rentes de grains ; des redevances de laines et des herbages, estimées ensemble 215 livres ; plus 320 chapons. Les revenus totaux de la baillie et de ses annexes s'élevaient à 474 livres 17 sols parisis, soit 588 livres 11 sols 3 deniers tournois. Les charges annuelles étaient estimées à 380 livres 12 sols 4 deniers parisis. (111).

Après les guerres du XVe siècle, les revenus descendirent à 366 livres, en 1495. En 1580, ils remontèrent à 5.400 livres ; en 1653, à 8.000 livres, pour atteindre 10.000 livres en 1708 ; 21.385 livres en 1757 et enfin 42.954 livres, en 1783 (112). C'était, on le voit, un beau bénéfice pour les chevaliers de Malte.
Sources: Le Comte de Loisne, Cartulaire de la Commanderie de Sommereux. Paris, Beauvais 1924

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