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Les cartulaires de certaines commanderies de france

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1. — Introduction  2. — Commanderies  3. — Commanderies suite  4. — Dernier chapitre  5. — Bibliographie
Essai sur les Maisons du Temple en Picardie
Origine des maisons ou commanderies de l'Ordre
Comment on devenait frère du Temple
Confraternité Convers et Converses du Temple
Des diverses fonctions dans les Maisons du Temple
Hiérarchie des maisons du Temple

Commanderies   —   Bibliographie

 
Origine de l'Ordre du Temple. Des maisons ou commanderies de l'Ordre
CHAPITRE I

L'origine de l'Ordre du Temple est connue. C'est en Terre-Sainte, que Hugues de Payns (1) chevalier croisé, frappé des dangers sans nombre, auxquels était exposée la foule des pèlerins en venant à Jérusalem, eut la pensée de fonder une association religieuse et militaire, destinée à protéger les croisés sans défense contre les incursions des maraudeurs arabes.

En 1118, Hugues ayant obtenu l'assentiment du patriarche de Jérusalem, et du roi de cette même ville, Baudouin II, réussit à grouper autour de lui huit chevaliers, parmi lesquels Geoffroi de Saint-Omer et Payen de Montdidier.

Cette association n'eut tout d'abord qu'un caractère absolument privé. Sans règle spéciale, sans aucun signe distinctif, l'Ordre naissant n'aurait fait aucune recrue, durant les dix premières années. Il est à peine besoin d'ajouter que ces neuf chevaliers ne pouvaient suffire à protéger les pèlerins qui débarquaient sans cesse à Jaffa ou à Saint-Jean-d'Acre.

Le roi de Jérusalem avait cependant jugé cette généreuse entreprise si nécessaire, qu'il leur avait accordé pour demeure une partie de son propre palais, le Temple Salomon ; c'est ainsi que ces chevaliers furent amenés à prendre le nom de chevaliers du Temple Salomon (2).

Dès le début, ce premier noyau du Temple se serait astreint à une vie moitié religieuse et moitié militaire. Avec les trois voeux ordinaires de la vie monastique « humilité, pauvreté, chasteté » Hugues et ses compagnons s'attachèrent à vivre, en se conformant à la règle de Saint Augustin, du moins jusqu'au concile de Troyes (1128) qui fait époque dans l'histoire de l'Ordre.
Malheureusement pour eux, Baudouin II fut fait prisonnier par les Turcs en 1123. Ce ne fut qu'après sa délivrance qu'il put s'occuper efficacement de la cause du Temple, et qu'il chercha à obtenir l'approbation du pape pour un Ordre si utile et si nécessaire.

Le Roi chargea donc deux chevaliers, d'aller plaider cette cause auprès du Souverain Pontife, et de solliciter l'appui du grand abbé de Clairvaux, qu'on jugeait digne entre tous de composer une règle pour les chevaliers du Temple (3). C'était en 1127. Les négociations aboutirent, car quelque temps après, le pape Honorius II ayant envoyé en France, en qualité de légat, Mathieu cardinal-évêque d'Albano, afin de réunir un synode pour régler un différend survenu entre Louis VI et Etienne évêque de Paris, il fut procédé en même temps à l'institution des Templiers.

Saint Bernard fut convoqué à ce synode ainsi que Hugues de Payns, qui venait de rentrer en France accompagné de Payen de Montdidier (4). Le concile s'ouvrit à Troyes le 13 Janvier 1128.
Le prologue de la règle du Temple (5), nous apprend que Hugues raconta en ce synode, les humbles débuts de son oeuvre, l'urgence d'une milice capable de protéger les croisés, et qu'on délibéra ensuite dans cette assemblée sur la constitution à donner à un pareil Ordre.

On chargea l'abbé de Clairvaux et un clerc du nom de Jean Michel de rédiger séance tenante une règle, qui fut lue et approuvée par les membres du concile.

La règle du Temple est donc cistercienne, elle a du moins, de grandes analogies avec la règle de Cîteaux ; il ne pouvait en être autrement puisqu'elle fut inspirée par saint Bernard.

A cette date de 1128 les Templiers n'étaient encore que neuf, ils n'avaient aucune possession en France, mais les donations pieuses ou aumônes à leur adresse, ne vont pas tarder à affluer. De toute part, nobles et vilains s'efforcent de venir en aide à ces pieux chevaliers ; on leur donne des champs, des bois, des manoirs, et bientôt les pauvres chevaliers du Temple auront l'embarras des richesses. Il faut croire même que la charité publique ne connut plus de bornes, puisque Louis VII, jugea bon de limiter quelque peu ces donations. En 1139 ce roi permit à tous ses sujets de faire aux Templiers telles donations qu'ils voudraient, à l'exception, cependant, des villes et châteaux-forts, et à la réserve de ses droits (6). Quelques années plus tard, le pape Célestin II accorda certains privilèges à ceux qui subviendraient aux besoins de l'Ordre (1144) (7). Beaucoup de nobles, en même temps qu'ils se faisaient Templiers, durent apporter à l'Ordre, tout ou partie de

leurs biens; il fallut même laisser en Occident quelques-uns des nouveaux frères, pour faire valoir ces biens, veiller à la perception des revenus, recruter des chevaliers.

Les maisons ou commanderies prirent ainsi naissance, elles abritèrent plusieurs frères chevaliers et on mit à leur tête un précepteur ou commandeur (8). En outre de ces frères, chaque maison dut donner asile à des gens à gages, tels que laboureurs, pâtres, vignerons, etc.

L'Ordre à l'origine n'était accessible qu'aux chevaliers, mais en raison de son extension rapide et du trop grand nombre de domestiques qu'il aurait fallu gager, on jugea profitable d'admettre comme frères sergents du Temple, (fratres servientes) des personnes de toutes conditions, soit bourgeois, soit vilains. C'est ce que nous lisons dans le procès des Templiers (9) ; un notaire apostolique, Antoine Syci (alias, Sici), déposa on effet, qu'il avait eu un entretien avec des Templiers, il y avait bien longtemps, alors qu'il leur servait de clerc (10) et de notaire, en Palestine. Il avait donc appris par eux, qu'au début, on ne recevait dans l'Ordre que des chevaliers ou des nobles. Leurs écuyers et les sergents étaient alors gagés, et ne faisaient pas partie de l'Ordre; et cela avait duré longtemps. Mais par suite des nombreuses aumônes qui furent faites au Temple, de ses acquisitions, l'Ordre ne pouvant suffire à gager tous les mercenaires nécessaires, on avait admis dans le Temple des sergents de conditions diverses.

Plus tard même ces frères sergents devinrent précepteurs des maisons du Temple (11) ; mais il paraît que les frères chevaliers les eurent toujours en souverain mépris. C'est du moins ce qu'affirme un frère sergent du Temple (12).

Quant à l'époque où ces mercenaires auraient été admis dans la grande famille du Temple en qualité de frère servants ce doit être au XIIIe siècle. Car dans une charte datée de l'an 1194 (13), relative à la maison du Temple d'Aimont (14), nous trouvons, cités après les frères chevaliers du Temple, des sergents de cette commanderie, dont les noms ne sont pas encore précédés du mot « frater. » Nous supposons donc, qu'à la fin du XIIe siècle les sergents du Temple ne faisaient pas réellement partie de l'Ordre et qu'ils étaient salariés ; tandis qu'au XIIIe siècle et dès le commencement, puisqu'il en est question dans la règle du Temple, les sergents seront de véritables religieux de l'Ordre, capables même d'être précepteurs des maisons. Nous pensons même que les chevaliers furent fort heureux de se décharger du soin des commanderies sur les sergents, et de se consacrer davantage à leur véritable mission, la défense des Lieux saints. Il y aura cependant toujours une distinction entre les chevaliers et les sergents, la couleur de la robe : blanche pour les premiers et brune pour les seconds (15). Seule la croix d'étoffe rouge cousue sur l'habit, sera commune à tous ; chevaliers et sergents étant également prêts à verser leur sang pour Jésus-Christ.

Nous avons parlé des frères chevaliers et des frères sergents du Temple, mais il y avait aussi, les prêtres du Temple. Il en est question plusieurs fois dans la Règle.

La présence de ces chapelains permet de supposer que les maisons du Temple furent pourvues de chapelles, dès l'origine, et cependant il n'en est pas fait mention dans la Règle du Temple.

Il faut croire cependant que les droits des frères du Temple, n'étaient pas encore universellement reconnus, au milieu du douzième siècle ; car une bulle du 18 Juin 1163 (16), émanée du pape

Alexandre III, et adressée à Bertrand, grand maître du Temple, confirmant les droits des Templiers, leur reconnaissait le pouvoir d'admettre comme frères de l'Ordre, des prêtres. En outre le pape accordait aux Templiers, le droit de construire des oratoires dans les diverses maisons du Temple, et d'ensevelir leurs défunts dans ces chapelles. La bulle nous apprend, que pour entrer dans l'Ordre, les prêtres devaient, comme les autres frères du Temple, faire une année de noviciat, avant d'être reçus à profession et faire voeu de vie régulière et d'obéissance aux chefs de l'Ordre.

Moins de dix ans plus tard, le même pape confirmait (1172) (17) cette première bulle, par une autre absolument identique, adressée cette fois au grand maître Eudes ou Odon.

Faut-il en conclure qu'avant cette date, les Templiers n'avaient eu que des chapelles portatives, comme il en est fait mention dans la règle du Temple, et que les maisons déjà nombreuses qui pouvaient exister en France ou à l'étranger étaient dépourvues d'oratoires ? Nous ne saurions nous prononcer.

Pour nous résumer il n'y a pas de maison ou commanderies du Temple antérieures à l'année 1128, les plus anciennes ayant été fondées entre les années 1128 et 1140 (18).

Pendant tout le XIIe siècle l'Ordre n'a ouvert ses portes qu'aux nobles, ou aux prêtres comme chapelains ; les non-nobles n'y ayant été admis qu'au XIIIe siècle et par nécessité.

Pour ce qui est plus spécialement de notre sujet, il est probable que les Templiers eurent des biens en Picardie dès l'an 1129 ou 1130.

Le père Mansuet (19) dit, qu'en 1142 on trouve les Templiers établis dans le diocèse d'Amiens ; or, il est certain que ces religieux militaires, ont possédé des biens en Picardie, bien avant cette date.

Dès 1130 l'évêque de Noyon (20), leur donna les annates des prébendes de sa cathédrale et nous trouvons parmi les noms mentionnées dans l'acte, celui de Nivard, surnommé Payen de Montdidier, chevalier du Temple, auquel le fondateur Hugues, avait confié le soin des affaires de l'Ordre, dans cette région, c'est-à-dire dans le diocèse de Noyon et sans doute aussi dans le diocèse d'Amiens. On a supposé que la commanderie de Fontaine-sous-

Montdidier (21), devait son origine à Payen de Montdidier, qui en s'attachant au fondateur, aurait abandonné ses biens au nouvel Ordre ; la chose est plus que probable.

Sources : Trudon des Ormes : Possessions de l'Ordre du Temple en Picardie. Editions Yvert et Tellier. Amiens 1893

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Note Origine des maisons ou commanderies
(l) Payns. (Aube. Arr. et cant., de Troyes).

(2) Guillaume de Tyr. T. I, liv. XII, ch. 7, p. 520. (Dans « Recueil des historiens occidentaux des croisades » in-fº. — Sur le Temple Salomon, voir un article de M. de Mas Latrie, dans le t. 9 (1847-48) de la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, p. 385 et s.

(3) Héfélé (Mgr). — Histoire des conciles d'après les documents originaux. Traduit de l'allemand par Delare. T. 7. p. 202 et 203.

(4) Prologue de la Règle du Temple publiée par H. de Curzon, p. 19

(5) H. de Curzon. Règle du Temple, p. 11 et s.

(6) Histoire des Templiers par le P. Mansuet. T. I.

(7) Bulle de Célestin II, datée du 9 janv. 1144. — A. N. L. 227, A nº 1. — Se trouve analysée dans le « Cartulaire de Paris » par R. de Lasteyrie. T. I. p. 289.

(8) Précepteur, commandeur, maître, procureur ; ces mots sont synonymes.

(9) Michelet. — Procès des Templiers dans les Documents inédits. 2 tomes. — au tome I. p. 642.

(10) Ces clercs ne faisaient pas partie de l'Ordre du Temple.

(11) Voir les listes des précepteurs des maisons, au chapitre VI; un grand nombre ne sont que frères sergents.

(12) Procès. Tome II. p 137.

(13) Pièce justificative, nº 13.

(14) Aimont (Somme, arr. Abbeville, cant. de Crécy, com. de Conteville).

(15) Guillaume de Tyr, tome I. liv. XII. c. 7. p. 521. (des historiens Occid. des croisades — in fº)

(16) Archives Nationales L. 230 — nº 13. Cette bulle qui commence ainsi « Alexander eps, servus.. . dilectis filiis Bertranho magistro religiose militie. » Et finit par « Datum Turon per manum Hermanni..... XIII Kal. Julii... anno mº cº LXIII. » N'a pas été publiée.

(17) Rymer. — Foedera, conventiones, etc. inter reges Anglioe et alios... — T. I. p. 10, Ed. de 1745.

(18) Il est à présumer que les premiers chevaliers du Temple tels que Hugues de Payns, Payen de Montdidier, Geoffroi de Saint-Omer, donnèrent tout ou partie de leurs biens à l'Ordre.

(19) Histoire critique et apologétique des Templiers par le père Mansuet.

(20) J. le Vasseur. Annales de l'église cathédrale de Noyon. T. III. p, 377. La Chartre de donation est publiée en entier.

(21) Fontaine-sous-Montdidier (Somme arr. et com. de Montdidier).

Sources : Trudon des Ormes : Possessions de l'Ordre du Temple en Picardie. Editions Yvert et Tellier. Amiens 1893

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Comment on devenait frère du Temple.
CHAPITRE II

Noviciat. — profession. — vie de couvent. — chapelains. — aumones. — chapitres locaux.

Les statuts originaux (1) parlent d'un noviciat exigé, comme dans les Ordres purement religieux, avant la profession; dans la règle française, il n'en est plus question.

Ce qu'il y a de certain, c'est que le noviciat était encore de rigueur en 1163 et en 1172, comme le témoignent les bulles du pape Alexandre III citées précédemment, et qu'il consistait en une année d'épreuves.

Mais au XIIIe siècle à partir d'une époque que nous ne saurions préciser, il n'y avait plus de noviciat. Le postulant, aussitôt après avoir reçu le manteau et prononcé les voeux était reçu profès. (2).

Les réceptions se faisaient généralement le matin avant la messe, dans la chapelle de la Commanderie, ou dans une chambre ; le jour étant indifférent. C'est du moins ce qui ressort à la lecture du procès des Templiers.

Le Templier qui faisait la réception (récipiens), ordinairement le précepteur de la maison, faisait faire au postulant, les voeux de chasteté, d'obéissance et de pauvreté, bien que l'Ordre fut apte à posséder. Il lui faisait jurer d'aider de tout son pouvoir, à la délivrance de la Terre-Sainte. Pour ce qui était de la conduite dans la maison, il y avait les statuts de l'Ordre, qui enseignaient aux frères comment ils devaient vivre, se vêtir, se chausser, quand, il leur fallait aller à la chapelle, dire leurs heures, etc. Ces statuts étaient lus aux réceptions (3).

Ce qui caractérisait le Templier, c'était le manteau, avec la croix en étoffe rouge, appliquée dessus (4).

Par les nombreuses dépositions, consignées dans le Procès des Templiers, nous savons, que le frère du Temple avait les cheveux coupés fort courts, la barbe longue, et un long manteau, blanc pour les chevaliers, de couleur brune pour les sergents.

Mais si au début du XIVe siècle les Templiers portaient la barbe, il n'en avait pas toujours été ainsi, car nous lisons dans la Règle du Temple (5), que les Templiers devaient avoir les cheveux courts et la barbe rase. C'était donc une modification apportée à la règle primitive.

Il semblerait que le Templier, une fois reçu n'ait eu qu'à mener la vie religieuse, telle qu'on se la représente maintenant, vie toute de prières, de contemplation, d'abstinence ; il n'en était rien, dans une certaine mesure (6). Nous ne parlons ici, bien entendu, que du Templier vivant dans une maison quelconque de l'Ordre.

Le Temple veut que ses recrues lui soient utiles. Aux uns la gloire de défendre les lieux saints ; à d'autres le soin des commanderies. Aucun ne doit rester inactif dans la maison : l'un est précepteur, un autre sénéchal, un autre trésorier, tel autre, de condition inférieure, a la garde des bestiaux, tandis son frère, le laboureur, déposant à la lisière du champ, le long et lourd manteau qui pourrait l'embarrasser, et la robe levée, pousse tranquillement la charrue, creuse de profonds sillons, bouleverse une terre parfois rebelle, et regagne, à la nuit tombante, la maison commune, heureux sans doute, car le travail est une prière.

Le précepteur a la haute main sur ses frères, il a le pouvoir temporel ; le chapelain de la maison est le supérieur spirituel.

Le chapelain pouvait être en même temps curé de la paroisse voisine de la Commanderie ; souvent les Templiers avaient le patronage avec la cure. C'était une charge pour eux : ils devaient donc avoir certains profits. Ainsi la maison de Bellinval (7) dont le chapelain était curé de Brailly, ayant le patronage de cette paroisse, devait pourvoir et entretenir le choeur de l'église de Brailly, payer la moitié de toutes les choses nécessaires au culte. En revanche les Templiers de Bellinval avaient droit à la moitié de toutes les aumônes faites à cette église (8).

C'était au chapelain ou à un prêtre de l'Ordre, que devaient se confesser les Templiers, à moins que celui-ci ne leur permit de s'adresser à un prêtre séculier (9).

Chaque maison du Temple faisait des aumônes, les Templiers donnaient la dîme du pain qu'ils cuisaient, du moins en Picardie. Cependant ils ne donnaient pas aux pauvres du pain d'aussi bonne qualité que le leur ; c'était ce qui avait lieu à Sommereux, à Oisemont (l0) etc. On faisait l'aumône à tous ceux qui passaient, et en général trois fois la semaine. En outre les maisons exerçaient l'hospitalité, et tous ceux qui n'étaient pas vagabonds ou mendiants, (boni homines) étaient bien reçus (11).

C'était un usage dans l'Ordre du Temple, de tenir des Chapitres, des assemblées où se réglaient les questions importantes, la Règle en parle. En dehors de ceux qui furent tenus en la maison de Paris, il y eut aussi des Chapitres de moindre importance, intéressant les maisons groupées dans une baillie du Temple ; ainsi nous savons par le Procès des Templiers, qu'il y en eût au moins un à Oisemont. En effet Jean Peynet, prêtre du Temple, arrêté lors de la chute de l'Ordre, parle dans sa déposition (12), d'un Chapitre tenu en la commanderie d'Oisemont, par Robert de Beauvais, prêtre du temple. Ce Robert de Beauvais ou de Saint-Pantaléon (13), très souvent mentionné dans le procès des Templiers, était à la fin du XIIIe siècle et au début du XIVe siècle un personnage considérable dans l'Ordre. Il fut tour â tour précepteur de la baillie de Sommereux, précepteur de la maison du Temple de Beauvais et précepteur du Ponthieu (14).

Baudouin de Saint-Just (15), le dernier précepteur de la baillie de Ponthieu, assista à deux de ces Chapitres à Paris, et à deux autres en Chypre (17). Or les délibérations de ces assemblées étaient tenues secrètes, n'étant pas même dévoilées aux frères qui n'y avaient pas assisté.
Les dépositions d'un grand nombre de Templiers nous apprennent qu'ils changeaient assez fréquemment de maisons, sans qu'il paraisse y avoir eu de règle pour le séjour : six mois, un an, un an et demi, deux, trois ans ou plus. A la fin du XIIIe siècle et au XIVe siècle il ne peut plus guère être question de séjour en Terre-Sainte, car l'on sait que les Templiers avaient dû la quitter, après la reddition de leur dernier rempart en Palestine ; Saint-Jean d'Acre ayant été prise par les infidèles le 18 mai 1291. Dès lors les Templiers se retirèrent dans l'île de Chypre (17).

Le Templier ne résidait pas forcément dans l'une ou l'autre commanderie du diocèse qui l'avait vu naître ; tout au contraire il va de l'est à l'ouest, du nord au midi. Ainsi un Templier du diocèse de Metz, Gérard (de Pasagio) (18), simple frère sergent, fut, dans l'espace d'une quinzaine d'années, trois ans à Chypre, de là dans des maisons du diocèse de Langres, puis en Lorraine et en Picardie, à Aimont, où il resta un an et demi « ex inde in Picardia, in domo vocata Aymo. » Mais ce n'est pas tout, Gérard quitte Aimont, et va passer deux ans dans une commanderie du diocèse de Trêves, puis il la quitte pour aller au diocèse de Vienne. Voilà certes quinze années bien remplies ; sans compter que sur son passage, il a visité nombre de maisons de son Ordre.

Il est venu, par exemple, à Paris, où il avait accompagné le précepteur de Trêves, qui s'était rendu en cette ville, pour un Chapitre (19).

Qu'on se représente en effet l'un de ces religieux militaires, voyageant par étapes. Traverse-t-il une ville ? Il y rencontre une maison de l'Ordre, car le Temple a des biens dans toutes les villes de quelque importance ; non seulement à Abbeville, à Amiens, mais à Doullens, à Péronne, à Noyon. S'aventure-t-il dans les campagnes ? Il ne tardera pas à rencontrer sur son chemin quelque commanderie, (20) où on l'accueillera, et où on ne lui demandera en échange de l'hospitalité qu'il recevra, que de vouloir bien raconter d'où il vient et ce qu'il a vu. Et quel attachant récit ne fera-t-il pas ! Lorsque, comme Baudouin de Saint-Just ou Gérard, il aura été à Chypre, après une longue et périlleuse traversée ; quand il racontera son séjour, puis son départ de l'île, ses adieux à cette mer, que les anciens appelaient « coeruleum mare », aux flots bleus et clairs comme le cristal ; lorsqu'il dira ce dernier regard lancé aux pays du soleil d'or, afin d'en mieux garder le souvenir, et son arrivée en France, son séjour dans les commanderies éparses le long de sa route, enfin, son arrivée, sa dernière étape.

Sources : Trudon des Ormes : Possessions de l'Ordre du Temple en Picardie. Editions Yvert et Tellier. Amiens 1893

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Notes Frère du Temple
(1) de Curzon. Règle du Temple. Introduction p. IV.

(2) Michelet. Procès des Templiers T. I. p. 471, et passim.

(3) Michelet. Procès. T. I. p. 243 et passim.

(4) Ibid. T. II. p. 457 et passim.

(5) De Cuzon. p. 32. nº 21 de la règle latine.

(6) Cependant les Templiers jeûnaient le vendredi, sans compter les nombreux jours de jeûne fixés par la règle. Michelet. Procès. C. T. II. p. 43.

(7) Bellinval. Somme, commune de Brailly-Cornehotte, arrondissement d'Abbeville, canton de Crécy-en-Ponthieu.

(8) Pièce justificative, datée de juillet 1283, nº 11.

(9) Michelet. Procès. T. I. p. 246.

(10) Sommereux (maison du temple) Oise, arr. de Beauvais, canton de Grandvilliers.
Oisemont (maison du temple) Somme, arr. d'Amiens, chef-lieu de canton. — La commanderie n'était pas à Oisemont même, mais dans la commune.

(11) Michelet. Procès. — T. I. p. 247 et 330 et passim.

(12) Michelet. Procès. — T. II p. 73.

(13) Ainsi appelé du nom des commanderies du temple où il avait passé.

(14) Nous voulons dire : précepteur des maisons du Temple dans les baillies de Sommereux ou de Ponthieu. — Voir dans le Procès. T. I. p. 241, 371, 374. 471.

(15) Saint-Just, Oise, arr. Clermont. Chef-lieu de Canton.

(16) Procès des Templiers. T. I. p. 245.

(17) Art de vérifier les dates— — Ed. in-8º. T. 5. 2e partie, p. 356.

(18) Procès des Templiers. T. I. 215 à 217.

(19) Gérard, fut arrêté comme la plupart de ses confrères, lors de la chute du Temple ; le bailli de Mâcon, le fît mettre à la torture, et poussa l'atrocité jusqu'à faire suspendre ce malheureux, avec des poids attachés aux parties génitales. Procès des Templiers. T. I. p. 218.

(20) Le nombre des commanderies du Temple, était beaucoup plus considérable, qu'on ne serait porté à le croire ; dans le seul département de la Somme, il n'y en avait pas moins de vingt-cinq.

Sources : Trudon des Ormes : Possessions de l'Ordre du Temple en Picardie. Editions Yvert et Tellier. Amiens 1893

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Confraternité. — Convers et Converses du Temple.
CHAPITRE III.

Nous avons dit que les commanderies du Temple avaient été habitées, gérées, tout d'abord par des nobles ; que dans la suite, au XIIIe siècle, on avait admis comme frères du Temple, des non-nobles. C'était par économie, et aussi pour d'autres raisons. L'une d'elles, était sans doute, que ces chevaliers s'enrôlaient dans cette pieuse milice bien plus pour aller guerroyer en Palestine, que pour surveiller une exploitation agricole (1).

On trouve aussi dans le Temple, une autre catégorie de personnes, les convers et converses du Temple.

Au Moyen Age, alors que la vie de couvent était réputée la plus parfaite et le plus sûr moyen de salut, nombre de gens allaient finir leurs jours dans quelque monastère, loin des plaisirs, si plaisir il y a, et aussi des périls de ce monde. Et certes, les périls étaient grands à cette époque du Moyen Age. Ceux qui prenaient ainsi tardivement le froc avaient le nom de convers. Ce n'étaient point des moines, mais des laïques, vivant volontairement, et moyennant indemnité, de la vie religieuse (2).

Voilà le premier sens du mot convers. Au XIIe et au XIIIe siècles ce mot a reçu une deuxième signification ; il a désigné des religieux et religieuses, d'une condition inférieure, destinés au service du couvent et aux travaux manuels.

Pour ne parler que de la première catégorie de convers, c'étaient des gens, nobles ou bourgeois, hommes ou femmes, qui moyennant une donation pieuse, ce qu'on appelait une aumône, obtenaient de vivre de la vie de couvent (3). Ils s'étaient retirés du monde volontairement, ils pouvaient aussi y rentrer, à leur gré.

L'Ordre du Temple, religieux autant que militaire, se conforma en cela, à une coutume établie depuis longtemps. Souvent on se contentait de demander au Temple la simple confraternité, une part dans les prières de l'Ordre moyennant une aumône, d'autres fois, on finissait ses jours comme convers, dans une commanderie, mais toujours moyennant une donation faite au Temple.

La règle du Temple dit en effet, (4) que si des hommes mariés demandent « la confrairie, et le bénéfice, et les oraisons de la maison », il sera fait droit à leur demande, à la condition cependant, que l'un et l'autre conjoint laisseront leurs biens au Temple, après leur mort.

Si ces confrères du Temple veulent vivre de la vie religieuse, ils habiteront la commanderie, mais non la même maison que les frères.

D'après l'article 70 de la même règle, il était défendu d'admettre des soeurs dans l'Ordre, car dit la règle « périlleuse chose est compagnie de femme. » La règle est formelle, et cependant il y a eu certainement des converses du Temple dès le XIIIe siècle. L'article précédent parle d'ailleurs de gens mariés, pouvant habiter une dépendance de la commanderie.

En Picardie, dès le XIIe siècle, nous voyons des époux solliciter la confraternité du Temple ; quant aux femmes seules, veuves ou non mariées, nous n'en trouvons d'exemple qu'au XIIIe siècle, ce qui ne veut pas dire que le cas ne se soit pas présenté antérieurement.

Dans un acte de donation, de l'an 1169 environ (5), passé en faveur de la maison du Temple de Sériel, (6) il est stipulé que si le donateur, Henri de Raincheval (7) et sa femme venaient à solliciter l'habit de l'Ordre, ils l'obtiendraient sans frais (8). En d'autres termes H. de Raincheval et sa femme pourront vivre à Sériel, comme convers.

Ajoutons que d'après l'article 69, déjà cité, de la Règle, ces confrères du Temple » ne devaient « mie porter blanches robes, ne blans manteaus. » Sans doute y avait-il une couleur d'étoffe particulière aux convers.

Quand nous parlerons des Templiers en Vermandois, nous aurons occasion de citer une vente faite en juin 1234, par le précepteur du Vermandois, au Chapitre de Saint-Quentin (9). Or, les biens qui font l'objet de la vente avaient été donnés aux Templiers, par leur converse Marie, soeur de Simon, chevalier, en son vivant maire de Fonsommes (10), et cette donation, elle l'avait faite au moment de revêtir l'habit du Temple.

En 1240, Raoul de Nouvion fait une donation, à la maison du Temple de Forest (11) ; bien qu'il s'en réserve l'usufruit, il stipule dans l'acte, qu'il aura part au bénéfice des prières de la maison et à la confraternité.

Enfin le dernier exemple, que nous connaissions, est celui d'une veuve du nom de Perronne (12), qui, après avoir donné une partie de ses biens au Temple de Sériel, à la condition de vivre comme converse dans cette maison, c'est-à-dire d'y être logée, nourrie et vêtue, quitta la commanderie en 1302 et renonça ainsi à être défrayée de tout par le Temple, tout en se déclarant pleinement satisfaite, et en assurant les religieux du Temple qu'elle ne les inquiéterait jamais au sujet de sa donation.

M. de Curzon, dans « sa maison du Temple de Paris » n'a pas parlé des convers et converses du Temple. Il dit seulement qu'il y eut des donnés au Temple, la règle y faisant allusion. Nous supposons cependant que la maison de Paris, plus que toutes les autres a dû abriter un grand nombre de ces confrères du Temple, les uns habitant la maison comme convers, les autres se contentant d'une sorte de lien spirituel avec l'Ordre du Temple, d'une confraternité, qui leur donnait part au bénéfice des prières dites par les religieux du Temple.

Sources : Trudon des Ormes : Possessions de l'Ordre du Temple en Picardie. Editions Yvert et Tellier. Amiens 1893

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Notes Confraternité, Convers
(1) Les Templiers ne faisaient même pas valoir toutes leurs terres, ils avaient des censiers, des hôtes et des vassaux. Parmi ces censiers il y avait des seigneurs, par exemple, et pour ne parler que de la Picardie, la noble dame Ydore des Autheux (pièce justif. nº 15.) ; pour ce qui est des vassaux, nous citerons Eustache de Frettemeule, vassal de la commanderie de Beauvoir, près Abbeville (pièce justif. nº 7) ; ou encore Raoul de Brocourt (pièce justif. nº 51), qui rendit l'hommage à la maison du Temple du Catelet.

(2) Du Cange, glossaire, au mot « Converis »

(3) Ex. pris dans du Cange au mot conversa « iv nonas Junii obiit domina Ermengardis Britannioe, conversa. »

(4) Règle du Temple. Ed., de Curzon. p. 68 nº 69 des règles latine et française.

(5) pièce justif, nº 20.

(6) Sériel — Somme, arr. de Doullens, canton d'Acheux, commune de Puchevillers.

(7) Raincheval — Somme, arr. de Doullens, canton d'Acheux.

(8) Sans frais, eu égard à la donation faite par eux à la commanderie.

(9) Pièce justificative, nº 58.

(10) Fonsommes — Aisne, arr. et canton de Saint-Quentin. Ce lieu est sur la Somme.

(11) Forest-l'abbaye — Somme, arr. d'Abbeville, canton de Nouvion-en-Ponthieu. (Pièce justificative nº 2.).

(12) Pièce justificative nº 27.

Sources : Trudon des Ormes : Possessions de l'Ordre du Temple en Picardie. Editions Yvert et Tellier. Amiens 1893

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Des diverses fonctions dans les Maisons du Temple.
CHAPITRE IV

La règle du Temple donne les noms des grands dignitaires de l'Ordre, elle détermine leur rôle ; aussi n'est-ce pas de ceux-là, dont nous voulons parler. Il ne s'agit ici que des fonctions plus modestes des frères du Temple qui habitaient les maisons de province, et en particulier celles de Picardie.

Une chose nous a frappé, en parcourant le « Procès des Templiers », c'est l'absence presque complète dans l'Ordre, au XIVe siècle, des frères chevaliers et le grand nombre des frères sergents, autrement dit, des non-nobles. Bien entendu nous ne parlons que pour la France et pour les maisons éparses dans les provinces, mettant hors de cause l'importante maison de Paris. Il est vrai de dire aussi que tous les sergents n'étaient peut-être pas forcément bourgeois ou vilains ; ce qui nous le fait supposer, c'est qu'un certain Jacques de Bergnicourt, qui fut dans une maison picarde, et qui est qualifié, « frère sergent du Temple » dit lui-même (1) qu'il est de famille noble.

L'absence des chevaliers ou du moins leur nombre assez restreint dans l'Ordre, doit être attribuée à plusieurs causes. A la fin du XIIIe siècle, il n'y avait sans doute plus autant d'enthousiasme à aller visiter les Lieux-Saints; les possessions françaises en Orient étaient bien menacées, et la perte de la Palestine en 1291, dut porter un grand coup à l'Ordre du Temple. En France les chevaliers s'accommodaient peu de la vie paisible des commanderies, ils en laissaient le soin aux frères sergents. Ainsi dans la règle française du Temple, qui est sans doute du commencement du XIIIe siècle, nous voyons qu'il y a déjà des frères sergents, commandeurs des maisons (2).

Le frère sergent commandeur n'a droit qu'à un cheval, il peut avoir un de ses frères pour écuyer ; tandis que le chevalier commandeur d'une maison (3) peut avoir quatre chevaux, et deux écuyers (4).

Dans les maisons où il n'y avait que des sergents, le commandeur seul avait un cheval, c'est du moins ce qui ressort des inventaires de maisons faits en 1307 et en 1308, après la chute des Templiers (5).

De la fonction de chacun dans une commanderie.

La plupart des maisons ou commanderies ont un précepteur, appelé aussi commandeur, maître, procureur (6) ; tous ces mots désignent une même fonction. Nous venons d'en parler. Nous ajouterons, qu'un prêtre du Temple pouvait être :
précepteur, ex : Robert de Beauvais ou de Saint-Just, prêtre de l'ordre, fut précepteur de la maison du Temple de Beauvais, dite de Saint-Pantaléon, (7) puis précepteur de la baillie de Sommereux, et enfin précepteur de la baillie de Ponthieu (8).

Il y avait des maisons du Temple qui en raison de leur peu d'importance, n'avaient pas de précepteur et étaient habitées par un ou deux frères seulement.

Au-dessus de ces précepteurs sont les précepteurs de baillies.
Pour remplacer le précepteur, il y a le « subpreceptor » (9) appelé aussi « Custos domus, vicarius preceptoris, locum tenens preceptoris, (10) custos domus loco preceptoris, ex. :
Mathieu de la Table, était « custos domus » de la Druelle (11) au début du XIVe siècle (12). Nous citerons en outre : Le sénéchal — ex. : Jean de Pont-l'Evêque, (13) sénéchal de la maison du Temple de Montécourt, au XIVe siècle (14).

Le maréchal. — D'après la Règle du Temple (15), le maréchal est préposé à la maréchaussée : magasins, ateliers pour les chevaux, équipements, armes, armures, harnais. C'est lui qui achète les chevaux, les mulets, etc. Il est certain que dans les maisons du Temple en Picardie, son rôle était beaucoup moins étendu (16).

Le claviger ou clavigerius (17) — c'est le gardien des clefs de la commanderie ; la garde des clefs, pouvait même être confiée à un prêtre, ainsi Thomas de Janville ou de Janval, prêtre de l'Ordre eut la garde des clefs de la maison de Forest (18) « cui claves traditoe fuerant (19). »

Dans les églises, le « claviger » n'est autre que le trésorier, mais le Temple a d'autres termes pour désigner cette fonction.

Le trésorier se nomme « elemosinarius-camerarius » (20). Ainsi Michel Musset ou Mouset était trésorier de la maison du Temple d'Oisemont (21) au moment de l'arrestation des Templiers.

Le « dispensator domus » sorte d'économe sans doute (22).

Nous ne sommes pas en mesure de dire, si dans chaque maison du Temple, en Picardie, on trouvait et le sénéchal et le maréchal, et même le trésorier, mais il est certain que toutes les commanderies avaient leur chapelle et un chapelain pour le service divin.

Le chapelain est appelé dans les actes « capellanus, presbyter, curatus », quand il a la cure d'une paroisse, « presbyter seu capellanus, capellanus capelloe domus (23). »

Mais il y avait bien d'autres frères du Temple, dans une commanderie ; ne fallait-il pas des laboureurs, des bergers, des meuniers, etc. Or tous portaient l'habit de l'Ordre, en étoffe plus commune, il est vrai ; ils formaient comme une seconde catégorie, dans la classe des frères sergents.

M. de Curzon dit dans son introduction à la Règle du Temple (24) que des bâtiments secondaires s'élevaient à côté des édifices conventuels : étables, magasins, ateliers occupés par des métiers de toute sorte. Aussi la règle mentionne-t-elle des frères de métier, frères sergents attachés à divers services ménagers, four, cuisine, cave, jardin, moulin, grenier, bouverie, bergerie, porcherie.

Le procès du Temple, publié par Michelet, est rempli des dépositions de ces malheureux ; nous nous demandons quelle foi on peut ajouter aux dépositions de gens qui sans nul doute n'avaient aucun rapport avec les chevaliers du Temple, si ce n'est celui du maître au domestique.

Nous trouvons par exemple :
Des laboureurs, « frère servient agricultor, ou agricola domus, ou curam gerens aratrorum, laborator agrorum » ;
Des bergers, « bergerius » ; « frère N. magister bergerius domus (25) » ;
Des vignerons « frère vincator domus » (26) ;
Des maçons « frère servient lathomus » ;
Des charretiers, « frère servient carrugarius. »

Il y avait un ou plusieurs frères, préposés à la garde des animaux, « custos animalium, pastor porcorum » ;
Des frères qui avaient la garde du cellier « frère servient cellerarius » ;
D'autres qui avaient le soin des granges, « grangiarii. »
Dans beaucoup de commanderies il fallait des bateliers « frère portonarius » ;
Un frère, voyageant pour les affaires concernant sa Maison « viator domus (27). »
Il y avait bien d'autres frères de métier, mais l'énumération, de tous ceux qui sont mentionnés dans le Procès, serait fastidieuse.

Il fallait qu'au XIVe siècle, la position de précepteur d'une maison, fut bien peu de chose, puisque nous lisons dans le Procès (28) qu'un précepteur d'Oisemont, avait été mercier, « mercerius », avant d'entrer dans l'Ordre du Temple.

Dans les actes, quand il y a énumération de frères du Temple, on nomme tout d'abord le ou les chapelains, le précepteur de la baillie, puis les précepteurs des maisons ; c'est ce que nous voyons dans une charte se rapportant à la maison de Sériel, de l'an 1209 (29).

Dans une autre énumération (30), on nomme d'abord le précepteur, puis le frère qui a la garde des clefs (claviger) de la maison, les chevaliers, les sergents ou servientes.

Sources : Trudon des Ormes : Possessions de l'Ordre du Temple en Picardie. Editions Yvert et Tellier. Amiens 1893

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Notres divers fonctions
(1) K. Schottmuller. — Der Untergang des Templer-Ordens mii urkundlichen und... T. II. p. 45.

(2) H. de Curzon. — Règle du Temple, art. 180 p. 134.

(3) Ibid. art. 132. p. 106.

(4) Arnoul de Gruise, frère du Temple, précepteur de la Commanderie picarde de Mouflières (Somme — arr. d'Amiens, Com. d'Oisemont) avait un écuyer. — Michelet. Procès. I, 489.

(5) Il ne faudrait pas induire de là qu'il y avait des maisons affectées aux seuls frères sergents.

(6) Preceptor dans les chartes latines. — Commandeur dans les actes français, jamais précepteur.

(7) Procès des Templiers. T. I. p. 291.

(8) Ibid. T. I. pages 241, 371, 374, 471, etc.

(9) Procès des Templiers, tome I. page 418, 7e ligne.

(10) Ibid. tome II. p. 280, 395. 413, 416.

(11) La Druelle. — Maison du Temple. — Somme. — Arr. de Montdidier, canton d'Ailly-sur-Noye. — Commune de Louvrechies.

(12) Procès, tome II. p. 380.

(13) Pont-l'Evêque — Oise, arr. de Compiègne, Com. de Noyon.

(14) Montécourt (maison du temple de) Somme, arr. de Péronne, canton de Ham, commune de Monchy-Lagache. Procès, tome II, p. 378 — autre exemple, t. II. p. 329.

(15) H. de Curzon. Règle du Temple, p. 89 et 90.

(16) Procès des Templiers.— T. II. p. 327.

(17) Ibid. T. II. p. 43 à 19e ligne et p. 172.

(18) Forest-l'Abbaye. — Somme, arr. Abbeville, Com. Nouvion.

(19) Procès des Templiers. T. I. p. 444.

(20) Procès des Templiers. T. I. p. 465.

(21) Oisemont (maison du temple d') Somme, arr. d'Amiens, chef-lieu de canton.

(22) Procès. T. I. p. 509 et T. II. p. p. 288, 381, 415.

(23) Procès des Templiers. T. II. p. p. 428 et 442.

(24) Règle du Temple. H. de Curzon. p. XXII.

(25) Procès T. II. p. 293, et passim.

(26) Ibid. T. II. p. 38. Ou faisait, paraît-il, au XIIIe siècle du vin en Picardie, la preuve en est dans nombre de chartes, où il est question de vignes.

(27) Procès, I. 549.

(28) Ibid. II, 132.

(29) Sériel (maison du temple de) Somme, arr. Doullens, canton d'Acheux, commune de Puchevillers, pièce justificative nº 22.

(30) Procès. T. 1. p 567.

Sources : Trudon des Ormes : Possessions de l'Ordre du Temple en Picardie. Editions Yvert et Tellier. Amiens 1893

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Hiérarchie des maisons du Temple.
CHAPITRE V


Baillies du Temple, du Ponthieu et du Vermandois.
Une maison du Temple, « domus », dans les actes en latin ; commanderie, dans les actes en français, est administrée par un précepteur ou commandeur.

Ce précepteur est lui-même soumis à un supérieur, appelé indifféremment : maître, précepteur, procureur ou proviseur et qui a la surveillance d'un groupe de maisons, dans une portion donnée de territoire. Avant l'institution des baillis (1) par la royauté, c'est-à-dire jusqu'en 1190 environ, il y a un précepteur chargé de l'administration des commanderies situées dans un diocèse. Ces maisons ayant d'ailleurs, chacune, leur précepteur.

Ainsi Baudouin de « Gant » était maître et proviseur du temple, dans le diocèse d'Amiens, vers l'an 1185-1186 (2); bien avant lui, Payen de Montdidier, l'un des compagnons du fondateur, avait eu, dès 1130, la gérance des biens du Temple dans le diocèse de Noyon et très probablement aussi dans celui d'Amiens.

Après l'institution des baillies royales, (1190 environ) nous trouvons non plus des maîtres du Temple dans les diocèses d'Amiens et de Noyon, mais des maîtres du Temple en la baillie de Ponthieu ou en la baillie de Vermandois.

Ici, nous prévenons une objection. Nous ne prétendons nullement assimiler ces baillies du Temple aux baillies royales ; nous disons seulement que les Templiers ont adopté cette dénomination de baillie et rejeté, à cette époque, celle de maître en diocèse.

Ces précepteurs de baillies du Temple relevaient, à leur tour, du maître du Temple en France, ou encore, ce que nous croyons être la même chose, du précepteur ou maître de la baillie de France. Ici, le mot France, ne doit pas s'entendre seulement de l'Ile-de-France, car nous venons de dire que le Ponthieu dépendait de ce dignitaire.

A la fin du XIIIe siècle on dira, précepteur de la province de France (3), mais ce terme de province ne se trouve pas employé dans la première moitié du XIIIe siècle. Il est inutile de dire, que Paris était le chef-lieu de cette province, une des dix de l'Ordre. Mais nous le répétons, il ne s'agit ici que de divisions et d'appellations propres aux Templiers.

L'Ordre du Temple jugea sans doute à propos de subdiviser des baillies aussi étendues que le Ponthieu et le Vermandois en baillies plus petites ou sous-baillies. Cette supposition est basée sur deux dépositions consignées dans le procès des Templiers, et où il est fait mention d'une baillie de Sommereux (4), et d'une baillie de Montécourt (5). C'étaient deux maisons du Temple, qui faisaient partie, l'une de la baillie de Ponthieu, l'autre de la baillie de Vermandois.

Nous nous sommes proposé l'étude des possessions du Temple dans ces deux grandes baillies qui correspondaient, à peu près, aux anciennes divisions par diocèses, le diocèse d'Amiens et le diocèse de Noyon.

Cependant le Ponthieu comprenait également des localités sises dans le diocèse de Thérouanne (6) ; de même le Vermandois s'étendait partie sur le diocèse d'Amiens et partie sur le diocèse de Noyon.

Pour classer les maisons ou les possessions du Temple dans l'une ou l'autre de ces deux baillies, nous n'avons eu d'autres guides que le procès des Templiers, et un registre du XIVe siècle connu sous le nom de Livre vert (7).

Sources : Trudon des Ormes : Possessions de l'Ordre du Temple en Picardie. Editions Yvert et Tellier. Amiens 1893
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Notes Hiérarchie des maisons
(1) On ne sait pas encore l'époque précise de l'institution des baillis ; tout ce qu'on peut affirmer, c'est que Philippe Auguste fixa leurs attributions en 1190, et que ces officiers royaux ne devaient alors compter que quelques années d'existence.
(Voir : Testament de Philippe Auguste (1190) à la page 19 du tome I des Ordonnances des Rois de France. — Paris, 1723).

(2) Darsy. — Bénéfices de l'église d'Amiens. — T. II. p. 95 note 1.

(3) Procès des Templiers, t. II. p. 324.

(4) Maison du Temple. — Procès des Templiers. T. I. p. 241 et p. 377.

(5) Maison du Temple. — Ibid. T. II. p, 407.

(6) Thérouanne. — Pas-de-Calais, arr. Saint-Omer, canton d'Aire-sur-la-Lys.

(7) A. N. S. 5543.

Sources : Trudon des Ormes : Possessions de l'Ordre du Temple en Picardie. Editions Yvert et Tellier. Amiens 1893
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