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Les cartulaires de certaines commanderies de france

Histoire et Cartulaire des Templiers en Eure-et-Loir
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Maison de Sours
Maison du Temple de Beauvoir
Maison du Temple de Sours
Ferme ou commanderie de Sours
Commandeurs de Sours
Arville et le Temple près Mondoubleau
La Boissière près Châteaudun
Commanderie de La Villedieu en Dreugesin
DreuxHospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem
Hôpital de Champagne
La Renardière de Manou
Liste des Commandeurs
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Préface — Ordres Militaires en pays Chartrain
L'action bienfaisante des Ordres religieux se manifeste de différentes façons, sous l'influence variée des pays, des circonstances et même des règlements intérieurs qui les régissent et du but qui les ont fait naître. Plus cette action est intense, plus nombreux et considérables sont les monuments qui nous en restent, attestant leur grandeur et excitant notre admiration.

A côté des Bénédictins de Marmoutier, de Saint-Père, de Josaphat, de Bonneval, de Coulombs et de Tiron, des Augustins de Saint-Jean en Vallée et de Saint-Chéron, à côté des Chanoines de Notre-Dame, les Templiers et avec eux les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, n'ont eu dans notre pays qu'un rôle bien secondaire.

Les documents qui attestent la vitalité d'une congrégation sont de deux sortes ; les uns littéraires, les chartes ; les autres lapidaires, les églises et autres monuments.

Or, si le Cartulaire ou la collection des chartes que nous avons publiées a cela de particulièrement intéressant qu'elles étaient ignorées de nos historiens chartrains, il faut avouer qu'elles sont relativement peu nombreuses et d'une portée historique purement locale, à une ou deux exceptions près.

Ces vieux titres ont eu l'avantage d'être transportés à Paris au chef-lieu du grand prieuré de France, quand, lors de la suppression des Templiers, leurs biens furent donnés à l'ordre de l'Hôpital de Saint-Jean. Ils ont traversé intacts la tourmente révolutionnaire et portent encore les cottes de l'archiviste de l'Ordre, avec les numéros de l'inventaire, sans lacune, pour ainsi dire. Mais par ce fait ils ont été soustraits aux investigations de nos historiens-Chartrains, qui n'en soupçonnaient pas l'existence. De Souchet à Lépinois et L. Merlet, nul ne les a consultés. Mannier en 1872, dans son livre: « Les Commanderies du grand Prieuré de France » en a résumé trop rapidement les principales chartes, et de nos jours, M. la Ville-Le-Roulx publie les plus importantes au point de vue de l'Histoire dans son « Cartulaire général de l'Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. » Nous avons transcrit avec soin toutes celles relatives au diocèse actuel de Chartres, et, grâce aux sommaires assez détaillés dont nous les avons fait précéder, le lecteur a, toute faite, dans ses grandes lignes, l'histoire de ces religieux dans ce même pays ; nous n'avons donc pas à la reprendre, sauf pour quelques détails particuliers.

Les monuments élevés par nos deux ordres militaires sont peut-être plus rares encore et plus pauvres. Les églises et prieurés édifiés par eux n'ont point fixé l'attention du peuple ni excité l'enthousiasme et l'admiration par la beauté et la richesse des constructions et des sculptures. Les quelques ruines qui existent encore ne révèlent rien de grandiose et de majestueux, et c'est à peine si nous aurons à signaler quelques fragments dignes d'être sauvés de l'oubli.

A quoi donc attribuer cette infécondité surprenante à côté des productions multiples des autres maisons religieuses ? La cause en est bien simple.

Fondés pour combattre au loin, en Orient, les ennemis du nom chrétien, les chevaliers du Temple et de l'Hôpital ne pouvaient dépenser leurs revenus sur place, les réservant aux frais de la guerre sainte. Après les croisades, la charité des fidèles n'avait plus à soutenir une institution désormais déviée de sa fondation primitive, surtout après la suppression des premiers en 1311. De là d'une part l'indifférence de nos populations positives, sensibles surtout aux résultats réels et tangibles, et de l'autre la nécessité de réduire au strict nécessaire les constructions d'ordre religieux ou civil, dans l'étendue exigée pour l'exploitation fructueuse des terres formant la dotation de chaque prieuré.

Notre but, dans cette Préface, sera donc de rechercher ce qui peut exister encore des monuments élevés par ces deux ordres militaires, d'en raconter l'histoire succincte et de les décrire avec soin. Quelques gravures les feront mieux connaître encore et donneront à ces pages un nouvel attrait.
v Les biens des Templiers réunis à ceux des Hospitaliers furent dans la dernière période rattachés à deux commanderies principales: Sours et Arville en Chartrain, et la Villedieu en Drugesin. Nous suivrons forcément cet ordre.
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Commanderie de Sours et d'Arville. I — Chartres
Les religieux Hospitaliers devancèrent à Chartres les Templiers. En effet, entre 1129 et 1150, un nommé Gauthier, sellier, donna sa maison, sise rue de la Sellerie (aujourd'hui des 3 maillets) à partager entre Saint-Père, Josaphat et l'Hôpital (1). Les chevaliers avaient fixé leur résidence dans le Muret, près de l'enclos où fut plus tard le couvent des Jacobins.
1. Charte CC

En 1185 (1), ils étaient en pleine activité. Forts d'une bulle du pape Lucius III, ils avaient cru pouvoir édifier une chapelle, avec son cimetière, dans la censive du Chapitre, sans la permission de celui-ci. Les chanoines ne purent tolérer une semblable entreprise. Le grand maître de l'Hôpital, Roger des Moulins et le prieur Anselme durent se rendre à Chartres et se résoudre à changer la destination du sanctuaire inachevé. La forme ronde du chevet qui accusait son caractère sacré de chapelle « figuram et formam capelle », disparut, l'édifice fut décapité pour se terminer par un mur droit et prendre la forme vulgaire d'un carré, et recevoir un usage purement profane : « decapitaretur et reduceretur in formam quadratam et ad alios usus transferretur. »
1. Charte XII

En retour, le Chapitre lui donna l'église de Villeconin, près Etampes (2). De nouvelles maisons également sises dans le Muret furent jointes à ce premier établissement en 1262 et 1264 (3).
2. Cette église fut rattachée à la Commanderie de l'Hôpital Ancien ou de Saint-Jean de Latran à Paris ; le commandeur avait la collation de la cure avec toutes les dimes de la paroisse.
3. Charte CLVII et Charte CLVIII


La maison des Templiers était contiguë à celle des Hospitaliers, dans le Muret également, à l'endroit précis où est actuellement l'ancienne chapelle des Carmélites, aujourd'hui la Cour d'Assises. En 1183, elle était entourée de murs élevés (4). Deux autres actes précisent l'emplacement de cette maison. Elle était dans le faubourg du Châtelet : « fratribus Templi in vico Casteleti », mais dans la partie neuve dite le Muret : « in novo vico Murioli » (5) ; du côté de la porte Saint-Jean en Vallée : « juxta portam Valeie », maison d'ailleurs réputée en 1197 comme provenant de la donation récente de Simon de Chevreuse (1).
4. Le Chapitre impose alors à l'Hôtel-Dieu de Chartres l'obligation de clore une de ses maisons située près de là, rue des Vasseleurs (ou des Lices), comme l'était la maison voisine des Templiers : « Tali muro qualis est circa domum fratrum de Templo. » (Cartulaire. de N.-D. tome I, page 210).
5. Charte XXII: donation de 100 sols de cens à la maison des Templiers par Guillaume de Chartres.
6. Charte CCV
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Maison du Temple de Beauvoir
En 1271, Baudouin de Cornouailles et Culvende, sa femme, augmentèrent l'enclos par l'abandon d'un autre immeuble, également situé du côté de la porte Saint-Jean: « Domum sitam apud portam Sancti Johannis in Valeia, in censiva dicti Templi » (2).
2. Chartre CLXVI

Cette maison était appelée la maison de Beauvoir « de Bello videre », distincte des maisons du grand et petit Beauvais appartenant au Chapitre : « In vico magni Bellividere habet Capitulum quasdam domos sitas a parte sinistra dicti vici eundo de porta nova in eumdem vicum, ab appositis domorum Templariorum » (3).
3. Cartulaire de Notre-Dame, tome II, page 408.

L'enclos des Templiers était donc plus rapproché de la porte Saint-Jean, et séparé des Jacobins, (aujourd'hui couvent des sœurs de Saint-Paul) par le prieuré des Hospitaliers.

Aux XIV et XVe siècles, les Hospitaliers en firent la résidence des commandeurs, sans n'y construire aucun édifice digne de leurs richesses ; le séjour d'Arville, restauré au XVIIe siècle, fut alors préféré. Les Carmélites sollicitèrent près du roi et du pape l'autorisation d'acheter ces immeubles abandonnés, que l'acte d'acquisition nous montre à l'état de ruine.

Voici les principaux passages de cet acte que nous devons à la communication bienveillante de M. Lestrade, notaire à Prunay le Gillon.

« Comme ainsi soit que dans la ville de Chartres, il y ait eu depuis plusieurs siècles un lieu, maison et jardin vulgairement nommé les Hospitaliers, dépendant de la commanderie de Sours, ordre de Saint-Jean de Jérusalem, dans lequel autrefois les sieurs commandeurs de Sours faisaient les cens et rentes dues à ladite commanderie et y exerçaient la juridiction qui leur appartient à cause de ladite commanderie, ce qui a été depuis longtemps discontinué, n'ayant ledit lieu été occupé que par de simples locataires, auxquels lesdits sieurs commandeurs ou leurs fermiers en ont fait bail à somme modique, et parce que les bâtiments de ladite maison sont vieux et caduques, les réparations à faire de tems en tems en diminuant le revenu ; étant arrivé qu'assez proche de ce lieu les religieuses Carmélites de ladite ville de Chartres auraient voulu s'établir et pour s'accroître auraient traité d'une des maisons appartenant aux doyen, chanoines et Chapitre de Notre-Dame, contigüe à la maison des Hospitaliers, dont elles auraient aussi souhaité faire l'acquisition.., elles se seraient pourvues par devant M. le grand prieur de France et messieurs les commandeurs... le jour de Saint-Barnabé 1631... Le commandeur de Sours aurait informé... et dressé procès-verbal, le 25 août 1635, signé par plusieurs notables... approuvé par l'official de Mgr l'Evêque... contenant que ladite maison ne pouvait produire plus de 40 ou 50 livres de revenu...

Lesdites religieuses ont offert d'abord 6000 livres, mais l'ordre de Malte, selon sa louable coutume, ne pouvait consentir de faire aucune aliénation de domaines de ses commanderies, dont le fonds est inaliénable et hors de commerce..;

Lesdites religieuses auraient eu recours à Sa Sainteté et obtenu un bref Apostolique portant permission à l'Ordre de traiter par voie de permutation...

Après plusieurs commissions, visites et en dernier lieu par une dernière conclusion de Monsieur de Bussy-Rabutin, grand prieur de France, du chapitre provincial tenu à Paris le 16 juin 1651, Messieurs Louis de la Rivière de Laon, procureur du commun trésor, François Alexandre Delbenne de Villedieu, de Bailleul, de Bellecroix et Castres, receveur dudit commun trésor, Pierre Des Guets Lapotinière d'Estrepigni, Gilbert Dellebenne et Guillaume de la Brosse, tous commandeurs se sont transportés sur les lieux le 22 octobre 1651 et ont fait visite... et reconnu le peu de valeur d'iceux, la ruine et décadence des bâtiments... et par suite que l'aliénation ne pouvait être dommageable...

Les Carmélites ayant offert 9000 livres... le roi et la reine ayant été informés du préjudice qu'en souffraient les religieuses pour le dessin du monastère qu'elles voulaient construire et édifier, leurs Majestés auraient eu la bonté d'en faire la demande instante à son Eminence, Mgr le Grand Maître de Malte, lequel inclinant à une si recommandable prière... aurait fait rendre un décret du 24 avril 1656..., et un second décret du 15 juin 1658, en vertu desquels frère Gilbert Delbenne, chevalier commandeur de Sours et Arville...

Marie Madeleine de Jésus, humble prieure du grand couvent des Carmélites, dite de l'Incarnation, faubourg Saint-Jacques de cette ville de Paris, au nom des Carmélites de Chartres... le 5 novembre 1658, ont fait les échanges suivants... à savoir:
La maison et lieu des Hospitaliers, ainsi qu'il se poursuit et comporte, situé en ladite ville de Chartres en la rue de... (le nom est effacé entièrement), d'un bout aux dites religieuses Carmélites, d'autre bout à ladite rue, d'un côté et d'autre aux autres rues aboutissants proche le monastère des Jacobins de ladite ville de Chartres, contenant la quantité de 45 perches de terre et consistant en une cour et jardin, entre lesquels sont les bâtiments de la maison, consistant en chambre basse, cuisine, garde-robe, garde-manger et petite chambre, joignant une haute chambre, autre garde-robe, cabinet et grenier dessus, et une montée hors œuvre, sur le haut de laquelle il y a un petit pavillon en forme de guérite, et dans la cour deux espaces de bâtiments servant d'écurie, où il y a un grenier dessus, et deux petits espaces d'appentis, le tout couvert de tuile et le lieu enclos de murailles, pour 11,000 livres, pour être employées à l'achat d'une métairie près la commanderie de Sours...

Et afin que l'ordre puisse conserver quelque portion du lieu ci-devant échangé, faire connaître que l'aliénation n'en a pas été faite sans cause, mais pour raison de piété et au surplus avec l'avantage notable de ladite commanderie de Sours, aux droits de laquelle l'on n'a entendu déroger, les dites religieuses Carmélites de Chartres seront tenues de faire bâtir à leurs dépens sur partie du lieu échangé le moins incommode une (sallette) salle de longueur de 12 pieds et large de 10, et de 6 de hauteur avec une autre petite chambre à l'un des bouts de la sallette, de longueur de 8 pieds, grillée de barreaux de fer en forme de prison, des quels lieux le dit sieur commandeur se pourra servir pour y recevoir ses revenus, ainsi qu'il se faisait dans la maison ci-dessus échangée et avec les mêmes droits, privilèges auxquels a été entendu rien innover ni déroger pour lesdits lieux réservés seulement.

Seront aussi tenues lesdites religieuses de faire graver sur la porte de ladite (sallette) salle en pierre dure les armes de l'Ordre et de ladite commanderie de Sours pour marque des droits de fief, de justice et autres droits qui autrefois s'exerçaient dans ladite maison...
Le 6e jours de mars 1659.  »
Signé : Mougenault et Broyn, notaires.
1. Le nom est effacé entièrement.

Il ne reste plus aucune trace de la maison des Templiers ou Hospitaliers.
Le couvent des Carmélites est devenu la maison d'arrêt et leur chapelle la cour d'assises.
La communauté des religieuses de Saint-Paul de Chartres occupe l'emplacement du couvent des Jacobins et aussi une partie des jardins des Carmélites.
La « Salette » de Saint-Jean-de-Jérusalem avec son écusson a disparu sans laisser le moindre souvenir ; mais sa situation est bien indiquée dans le plan de Chartres en 1750, au chevet de l'ancienne chapelle des Carmélites, au côté gauche de l'angle de la rue des Jacobins.
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II — Sours.
La maison de Sours fut de tous points la plus importante de toutes celles du pays chartrain. Elle fut fondée par Alix, fille de Louis le jeune, roi de France, et d'Aliénor d'Aquitaine, épouse de Thibault IV, comte de Blois, sénéchal de France, lui-même un des principaux bienfaiteurs des Templiers, dont il avait pu apprécier la valeur pendant la croisade où il périt en 1190. Veuve, Alix semble s'être retirée dans le pays chartrain, elle aurait même habité une maison forte, entourée de fossés, muni d'une chapelle, etc., sise à Sours, près Chartres.

Ce fut en effet à Sours même, en 1192, que pour le repos de l'âme de son mari, avec le concours de son fils, Louis, comte de Blois et de Clermont, et de ses autres enfants, elle donna généreusement aux Templiers son hébergement de Sours et sa chapelle, entouré de fossés, un étang, un moulin, des terres, etc. « Hebergamentum suum de Soiis, cum capella prout fossatis clauditur, etc. » La fondation fut approuvée l'année suivante, par le roi Philippe-Auguste (1).

L'évêque de Chartres, Regnault de Mouçon mit les biens de ce nouvel établissement religieux sous la sauvegarde des lois de l'église et lança l'excommunication sur tous ceux qui troubleraient la possession paisible des Templiers (2).
1. Charte CCIV, Charte XX et Charte XXI.
2. Charte XXXV


Il serait trop long de rapporter ici toutes les donations faites à l'exemple de l'illustre princesse. Les domaines directs du Temple de Sours étaient situés:
Bonville ;
Gellainville ;
Generville ;
Epernon ;
Gallardon ;
La Bourdinière ;
Mainvilliers ;
Bois Mivoye ;
Bretigny ;
Louville ;
Chandres ;
Cherville ;
Bucé ;
Nuisement, etc.

De là son importance majeure, qui avec sa situation centrale d'une part, et rapprochée de Chartres, de l'autre, en fit le chef-lieu des possessions réunies des Templiers et des Hospitaliers, sous le titre de commanderie de Sours en Chartrain.

Plus tard les autres maisons secondaires d'Arville, de la Boissière, et même celles du pays Blesois, Blois, Villetroche, etc. lui furent adjointes par l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem sous le nom de Sours et Arville.

La maison d'ailleurs, plus que tout autre, du moins dans le principe, était munie de tout ce qui était nécessaire à une exploitation agricole, en pleine Beauce, sous la garantie d'une maison fortifiée et habitée par des guerriers.

La porte d'entrée, construite en ogive et en pierres taillées de Berchères devait à elle seule en imposer.

commanderie de Sours
Porte d'entrée de la commanderie de Sours.

La chartre CLXVIII, de 1272, la signale comme un point de repère remarquable: « Apud Sors, ante portam domus Templariorum. » Précédée d'un fossé, elle offrait une résistance suffisante aux attaques inopinées des rôdeurs.

Charte CLXVII 6 aoât 1272.
Etienne de Pesy, prêtre vend une maison et plusieurs terres aux Templiers.

Universis... Noveritis... quod Stephanus de Peseio, presbiter, (habebat) quamdam domum cum suis pertinentiis sitam apud Sors juxta domum Guillelmi Torchart, unum sextarium et unum minotum terre semeure.... juxta terras Gaufridi prepositi magistri Raginaldi clerici... in territorio de Closes Verrignes, juxta terram Johannis dicti Gautereau, relicte defuncti Hugonis Lavardin..... juxta viam que ducit de Sors apud Chantereine, juxta terram Colini Rosselli, Laurencii de Riperia et in censiva monachorum de Columbariis, juxta cheminum quod dicitur Loardais, juxta terram Mathei le Borgoignon, Nevelonis Bariieau.... etc., quos contulit.... fratribus milicie Templi.
Datum anno Domini M. CC. LXX. II, die sabbati post festum beati Petri acl Vincula.
Archives Nationales, S. 4999, A. nº 18.

De la même époque et non moins élégante avec son trilobé taillé dans le tympan est la petite porte qui s'ouvre dans le mur de clôture, à droite «  sur les champs  », à côté de laquelle on a ménagé une large porte cochère pour l'exploitation moderne.

Commanderie de Sours
Petite porte de l'ancienne Commanderie de Sours.

Au fond de la cour s'élève une massive tour, aujourd'hui convertie en fuye à pigeons, mais qui a pu dans le principe servir de donjon.

Tour, Commanderie de Sours
Tour, Commanderie de Sours

cave voûtée
Cave voûtée, Commanderie de Sours

La tour est construite en pierres de taille et couvre une belle cave voûtée en arêtes d'ogive.

D'autres souterrains règnent dans tout cet enclos aussi bien sous les maisons d'habitation, la chapelle que sous la cour, mais malheureusement inexplorés. Les maisons d'habitation situées à gauche sont modernes et sans intérêt pour notre sujet.

Elles sont attenantes à la chapelle dont elles masquent la porte d'entrée. Cet oratoire peut remonter au XIIe siècle, ses fenêtres, petites, à plein cintre, largement évasées à l'intérieur et le contrefort peu saillant qui soutient la muraille ne laisse aucun doute sur son identité avec celle que la comtesse Alix donnait toute construite en 1192 aux chevaliers du Temple.

Chapelle de la Commanderie de Sours
Chapelle de la Commanderie de Sours

Dans la suite des siècles, Templiers et Hospitaliers, plus empressés à recueillir les revenus de leurs terres que de construire des églises à la gloire de Dieu, n'ont point touché à cette construction par trop modeste.

La voûte en bardeau suivait le mouvement de la charpente restée encore intacte. Il ne reste plus rien du mobilier, l'ornementation intérieure était simple et peut être nulle, car il n'existe aucune trace de peinture sur les parois.

M. A. de Trémault nous en a fait un croquis fidèle, mais il l'a dégagée des constructions modernes, ce qui nous permet d'avoir une idée très exacte de son état primitif (1).
1. Nous lui devons également les dessins de la tour et de sa voûte. Le regretté M. G. Launay avait dessiné les deux portes, ainsi que le petit portait reproduit plus loin ; qu'ils reçoivent tous nos remerciements.

Cette chapelle dédiée à la sainte famille était desservie en 1760 par le vicaire de Sours qui y disait la messe une fois par semaine et recevait 30 livres d'honoraires par an.

A proximité de la commanderie se voit encore une porte à double ouverture, une plus grande et l'autre plus petite; à plein cintre, surmontée d'un tore et dominée par de jolis créneaux (2).
2. Les créneaux et le double cintre ont été abattus ces dernières années. Le dessin de M. Gervais Launay n'en aura qu'un plus grand intérêt pour nos lecteurs.

Porte d'entrée d'un fief de Sours
Porte d'entrée d'un fief de Sours (Launay)

Rien ne s'oppose à ce que ce soit là l'entrée de l'hébergement de Gilles de Cou-Rouge, signalé dans la charte CLXVIII datée de 1272, attenant à une pièce de terre située vis-à-vis la porte des Templiers. En effet, le commandeur de Sours au XVe siècle énumère parmi ses possessions une maison importante appelée le Clos-Pilier que nous n'hésitons pas à identifier avec celle du Gilles de Cou-Rouge.

Un registre terrier de la fin du XVIIe siècle, dressé pour le commandeur, Jean de Montmorin de Saint-Héran en fait mention expresse : « Le lieu de Sours consiste en plusieurs logis manables, granges, étables, bergeries, écuries à chevaux et à vaches, grande cour dans laquelle est renfermée la chapelle et colombier... la maison et clos Pillier, etc. » (S. 5439).

La commanderie de Sours fut peu habitée par les titulaires qui lui préférèrent Chartres d'abord et plus tard Arville.

Le Livre Vert (S. 5543) écrit en 1373 nous en donne le motif : « Est assavoir que le pays chartrain est de si commun cours habité de gens d'armes, allans et venans, que le commandeur, n'osa demourer hors de forteresse passé a X ans et a esté pris des Anglais pour les guerres qui moult agrève ladite baillie. »

Sours valait alors IXxx VII francs (187) X deniers oboles tournois de revenu, pris séparément, et V cent VI livres (506) XII sols VII deniers tournois avec Arville, la Boissière, Mondoubleau et le Blésois. Les charges étaient plus élevées V cent XVIII francs (518) XIII sols tournois.

Au XVe siècle, le fermier seul « y faisoit demourance », d'après le procès-verbal de visite de 1495, qui s'exprime ainsi :
« Audit lieu de Sours a ung villaige de C à VIxx feuz qui sont de la jurisdiction de plusieurs seigneurs. Le commandeur a jurisdiction basse dessus IX ou X feuz qui sont ses hommes. Dedans ledict lieu, la commanderie a une maison basse, fort vieille, où le fermier faict sa demourance. Plus y a de LXXX à C arpens de terre du domaine qui sont baillés à quatre fermes qui doivent de prouffict chascun au XX muis de grain, II tiers froment, I tiers avoine, en ce comprinses les terres de Varville, Orsonville et Bonville (1).  »
1. la ferme totale de la Commanderie de Sours et Arville s'élevait en 1583, à 5400 livres, en 1748 à 5900, en 1788 à 6761. En ce total était comprise une rente de 64 minots d'avoine due par le séminaire Saint-Charles de Beaulieu à cause du prieuré d'Auneau, qui lui avait été uni. Parmi les charges nous voyons une rente de 40 setiers de blés et de 40 setiers d'avoine due aux religieuses de Belhomer, ordre de Fontevrault, à livrer dans leur grenier de Chartres. En 1786, sœur de Sourdeval prieure de Belhomer, donne quittance de ladite rente.

Le papier terrier de 1610 dressé pour frère Gédéon de Joigny de Bellebrune, commandeur, déclare « que les titres de Sours ont esté esgarez, perdus et adhirés pendant la contagion et derniers troubles et guerres qui ont eu cours en cestuy notre royaulme » (S. 5434)

Une déclaration des domaines de la commanderie de Sours datée du 6 septembre 1751 nous fera connaître en détail l'état de la commanderie à la fin du siècle dernier. En voici les principaux articles
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Ferme de la commanderie du Sours.
« La maison est couverte de tuile et consiste en une grande chambre basse et cabinet, une chambre haute et cabinet, grenier dessus, une montée de bois, le tout de longueur de 27 pieds sur 23 de large ; contre le pignon du côté de la chapelle en un fournil de pierre avec un poulailler y joignant étant sur la motte du four, cave sous ledit fournil, grenier dessus, couvert de tuile auquel on monte par un petit escalier en pierre de taille, chaux et sable à côté duquel fournil est un petit bas-côté servant de laiterie, de 6 pieds de large. De l'autre côté de l'autre pignon est une écurie couverte de tuile de 46 pieds de long sur 20 de large, un grenier se trouve au-dessus, une charterie (charreterie ?) de maçonnerie couverte de chaume joignant le portail ancien dudit lieu seigneurial, de 37 pieds de long sur 24 de large, au-dessus de laquelle est un grenier carrelé avec une montée pour y aller, garnie d'une porte fermante à clef, et au dedans de la cour, est adhérant un poulailler couvert de tuile dont les murailles sont de pierre, de 16 pieds de long sur 6 de large, et de l'autre côté dudit portail ancien est une grange de maçonnerie couverte de chaume de 34 pieds de long sur 28 de large, qui sert pour engranger les mars, contre laquelle il y a un petit toit joignant ledit portail, et de l'autre côté est une étable à vaches dont les murailles sont de pierre et bauge, couverte de chaume, garnie de 2 portes, contenant 57 pieds de long sur 18 de large... un bâtiment servant d'écurie et bergerie... un colombier de pierre de figure ronde couvert de tuile, au-dessous duquel il va une cave, une grande grange de pierre, couverte de tuile, de 120 pieds de long sur 55 de large, entre laquelle grange et la chapelle sont des bergeries couvertes de chaume, de 80 pieds de long sur 8 de large.

La chapelle contenant 50 pieds de long et 20 de large, faite de maçonnerie en pierre, chaux et ciment et couverte de tuile.
Grande cour, à laquelle il y a un portail et grandes portes sur les champs, porte d'entrée sur la rue, etc.
Tout ce que dessus enclos de murs et par un fossé commun avec plusieurs habitants de Sours.
La maison du clos Pillier située à Sours.
Le pré de la commanderie entouré de fossés à Sours ;
Les terres et champtiers suivants, situés près Chandres:
Champtier des Fossés blancs ;
Terre et champtier du moulin de la Commanderie ;
Du moulin de Pierre ;
De Leuvreville ou des grandes vignes ;
Du Cornet ;
De la roue de Lorville ;
De la fosse L'hopiteau ;
De la Croix de Lorville ;
Des fosses longues ;
De la Claye ;
Du Grand fossé ;
De la Croix brisée ou des Corps saints.

Des Ouches de Couppe gorge ;
De la Butte ;
Des Petits Bléreaux ;
Des Grands Bléraux ;
De la Corbeille ;
De la Pierre Complissée ;
Des Eparrières ;
De la Vallée Bourget ;
Du moulin Pathée ;
De l'Ormeteau ;
Du chemin Fourchu ; et
De la sente des Chameaux.

La ferme de Bussé à Berchères-l'Evêque se composait de terres sises aux champtiers des Parquets, des Genettes, de la Guidde, des Ouches, du Muid-Villereau, du Noyer, des Herbages et de la Grosse-Pierre.

Les terres à Ossonville à Ouarville (1) étaient situées aux champtiers de la Piérie, des Epinettes, du chemin des Mathurins, des Longues-Rayes, du Buisson, des Maisons rouges, du bois de Villerey et de la fosse Saint-Jean.
1. Primitivement le domaine d'Ouarville était réuni en une métairie dite la Maison-Rouge, détruite au XVe siècle, car la visite de 1495 n'en fait plus mention.

La métairie de Bonville au Temple, paroisse de Gellainville, se composait « d'un grand enclos muré en bauge, dont l'entrée par des grandes portes est par la cour de ladite ferme ; et de pièces de terre situées aux champtiers des bois de la Motte, des saulles de Beaulieu, des Pierres Burres, des Radrets, des Reaux, de la Fosse-Fondue, des Buternes, fosse du Moulin ou Grosse Borne, des champs Durand, du pas de Saint-Martin, de la Haye, de la Garenne-Robinet, vers la Saussaye, les Fossés blancs, de Marin-Fosse.
On cite encore des possessions au village d'Epiney, paroisse de Moutiers, à Lhopiteau et Villarceau, paroisse de Voves, à Orphin, etc.
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Liste des Commandeurs de Sours
12311. Frère Jean, précepteur « preceptor » de Sours et frère Baudouin, précepteur de Chartrain. (Ch. CXXII).
1273. Guillaume Bocel, précepteur de Chartrain. (Ch. CLXXII) (2).
2. Nous avons trouvé trop tard pour l'insérer dans le cartulaire une charte dont voici la partie essentielle:
— Echange fait entre les Templiers et les chanoines de Saint-Jean de plusieurs pièces de terre sises à Sours, 1280. Universis, etc… Frater Johannes Franciscus domorum militum Templi in Francia preceptor humilis, salutem in omnium Salvatore. Noverint universi nos de fratrum nostrorum consilio et assensu quamdam peciam terre domui nostre de Sours pertinentem, sitam apud Colinum Sancti Germani prope Sours religiosum.., abbati et conventui abbacie Sancti Johannis in Valeia Carnotensi in escambium seu permutacionem perpetuo concessisse ab eisdem tenendam et pacifice possidendam cum omni jure dominio, possessione que nos et fratres nostri habebamus et habere poteramus in eadem, pro tribus peciis terre ipsorum abbatis et conventus quas nobis et fratribus nostris domus nostre de Sours in escambium seu permutacionem dederunt seu concesserunt cum omni jure, dominio, possessione et proprietate pacifice possidendas, que site sunt in locis que sequuntur : due pecie videlicet versus crucem de Loerville, inter terras domus nostre de Sours predicte, alia vero versus Lienville ; promittentes etc. Datum anno Domini Mº CCº octogentesimo, die martis post octabas purificationis beate Marie. (Archives d'Eure-et-Loir).


1286. Guillaume Gaudin, maître du Temple de Sours. (Charte CLXXXIII).
1321. Guillaume de Mail « commandeur des maisons jadis du Temple » donne à bail le four de Chartres, situé rue Berchot. (Chatre CLXVI, note I, 1. Les Templiers possédaient aussi une maison en la rue Berchot, comme l'atteste l'acte suivant : « Guillaume de Mail, de la sainte religion de l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem, humble commandeur des maisons jadis du Temple, donne à bail le four de Chartres, en la rue Berchot, tenant à Henri de Valée et à Colin de la Mare, pour 50 sols. 1321, le dimanche après l'apparicion de Notre-Seigneur. — Approbation par frère Simonie Rat... prieur en France de la sainte maison de l'Hôpital. 1322. »).
1334. Jean Daguenet.
1356. Gilbert de Seau.
1364, 1378. Thomas de Waleran.
1382, 1412. Vincent d'Ayne (ou Dasne, Desne. On trouve en 1380 et 1394 Jehan le Tort, commandeur d'Arville, commis à gouverner la commanderie de Chartrain.
En 1380, il donne celle-ci à bail.
1416. Jehan Bordault ou Bridault.
1440. Jehan du Boys, « commandeur en Chartrain »
1469. Guillaume Poissonnyer.
1478. Aymery ou Méry d'Amboîse, chevalier, « humble prieur en France et commandeur de la commanderie et baillie de Sours en Chartrain » donne à bail « la terre et seigneurie de l'Hospital les Vosves et Villourceau (1). »
1. vidimus donné par « Guido, Dei gratia episcopus Lingonensis », et nº 15, autre vidimus de l'official d'Orléans, date de 1721
1506. Germain Loulier.
1509. Jehan d'Aunoy ou d'Aulnay, commandeur de Fieffes en Picardie et de Sours. Désormais tous les commandeurs prennent le titre de chevalier. Il fit dresser en 1511, les terriers d'Arville. (Archives nationales S. 5425 et 5432). Sur le premier feuillet se voient peintes ses armoiries : Ecartelé au 1 et 4 d'azur au lion d'or, au et 3, d'or à 7 losanges de gueules 3, 3, 1, au chef de la religion. « Ledit commandeur et ses prédécesseurs sont continuellement en l'île de Rhodes. »
1517. Jérôme de Hombelières, trésorier général de l'Ordre, commandeur de Sours, Chanteregne et Breda.
1535, 1555. Louis de Dormans. En 1540, Guillaume de Dangeul lui fit aveu pour le chastel de Laval près Sours. Clos à fossés, pleins d'eau, avec la basse court, vergers, colombiers et jardin, une vigne, garenne, étang près le chastel, l'hébergement du Carouge, à Sours et la mairerie du chastel de Laval.  » (S. 5499, B.)
1562. Claude de Lyons.
1573. Jehan de Gonnelier, « commandeur de Sours, seigneur châtelain d'Arville et de la Boissière les Châteaudun, demeurant à Arville » (S. 5499. B.)
1610. Gédéon de Joigny, dit Bellebrune, chevalier et grand-croix de Saint-Jean de Jérusalem, commandeur de Sours, en vertu des lettres royaux du 10 juin 1610. (S. 5434.)
1621. Jehan François de Vion-Tessancourt, né le 15 mai 1580. En 1621, il fit réparer le moulin de la Boissière.
1634. Jehan des Guets de la Potinière.
1638. Gilles Bernard de Courmenil, commandeur de Sours, seigneur châtelain du Temple de Mondoubleau, fit dresser les terriers d'Arville (S. 5426, 5433). Au premier feuillet sont peintes ses armoiries : D'argent au chevron de sable, accompagné de 3 trèfles de sinople, en chef et 1 en pointe. Soutiens, 2 sauvages, homme et femme. Le 7 juillet 1638, il vendit une maison, sise à Bonville au Temple, paroisse de Gellainville.
1651. Jehan Angorran de Claye.
1655. François de Rupière de Survye.
1655. Gilbert d'Elbenne, bailli, grand-croix, commandeur de Sours, seigneur châtelain d'Arville (S. 5425 et 5438.)
1674. Guillaume du Fay.
1687. Jehan de Montmorin de Saint-Herem, capitaine des galères du Roi. (S. 5439).
1690. 1695. François du Monchel (ou du Moncel de Martinvast, commandeur de Sours, grand châtelain des châtellenies d'Arville, le Temple près Mondoubleau (S. 5427 et 5435). En 1693, il passe un acte avec Guillaume de Montigny, chevalier, seigneur du lieu de Montigny, Perreux, Pommessan, Lhermite, Beauchamp, Sours. Chandres, Bretigny, vicomte héréditaire de Dreux, baron de la Coudray, seigneur châtelain de Long, Longpré, les Corps-Saints, etc. Demeurant ordinairement au château de Sours. (S. 5499. B)
1699. Jean-Baptiste de Briçonnet.
1710. Jean-Baptiste d'Arbouville, capitaine des galères du roy.
1716-1728. Claude-Jacques de Rogre de Champignelles fit dresser les terriers. (S. 5428. 5436 et 5440.)
1730. Philippe-Alexandre de Conflans.
1742. Jean-Antoine de Thumery de Boissise. En 1739 il passe un acte avec Jean-Baptiste Fleuriau, marquis d'Armenonville, seigneur comte de Morville, Gas, Houx, Hanches, maître de camps du régiment de dragons et d'Armenonville, bailli, capitaine et gouverneur de Chartres.
1748-1755. Alexandre de Loubert de Martinville, il fit rédiger les terriers d'Arville. (S. 5430. 5437 et 5441.)
1756. Gabriel de Briqueville de La Luzerne, maréchal de camp des armées du roy. Sous lui le revenu de la commanderie s'élevait à 4.400 livres, 824 gerbes de blé, et les dépenses à 4088 livres, et 550 gerbes de blé : il fit faire le registre terrier S. 5431.
1762. Le chevalier d'Osmont.
1763. Joseph de Hennot de Theville.
1775. Charles du Roux de Varennes.
1782. Charles-François de Cacheleu-Baromesnil ; il eut pour bailli de la commanderie Louis Le Tellier, 1782. 1784. d'après le registre terrier S. 5261, daté de 1786. Le revenu de la commanderie était affermé pour 20.820 livres, savoir la ferme de Bonville 3700, la ferme de Lhopiteau 2600, les branches de la Boissière et de Villejoint, 7500, les branches d'Arville avec le Temple de Mondoubleau, 4000, les bois, 120, les rentes dues par les Carmélites, 500, les rentes sur plusieurs maisons à Sours et à Chartres, 2400.
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III. — Arville et le Temple près Mondoubleau.
L'histoire de ces deux maisons est tellement connexe qu'il est difficile de les séparer.
Le Temple de Mondoubleau, aujourd'hui commune et paroisse du Temple, situé à 7 kilomètres de cette dernière ville, était déjà assez, bien constitué, en 1134, pour recevoir Geoffroy, vicomte de Châteaudun et ses nombreux chevaliers venus conclure un accord avec les moines de la Trinité de Vendôme : « Actum in foreste que Pertieus dicitur, in domo militum de Templo, anno MCXXXIV » (1). C'était par suite une des premières fondations de France, puisque celle de Piusieux-sous-Laons, la plus ancienne en date, remonte à 1130. On peut, sans crainte d'erreur, en attribuer la fondation à Geoffroy, fils de Geoffroy, vicomte de Châteaudun, et seigneur de Mondoubleau et à sa femme Helvise. Dans la charte IV, de 1176 (1), Hugues, le vicomte de Châteaudun, dit expressément que les Templiers demeuraient sur le terrain appelé Defais, donné par son père : « Fratribus Templi, qui in elemosina patris sui manent, scilicet domui que vocatur Defessum. » Et plus loin encore : « Domus sua que in elemosina patris sui et sua sita est. »
l. Cartulaire de la Trinité de Vendôme, tome II, page 264.

Arville, d'ailleurs, eut une même origine, et en cette même année, les chevaliers du Temple s'y trouvaient nombreux et y possédaient de riches troupeaux. Pour faciliter cette exploitation, Hugues permit le transfert libre de 20 vaches et de 10 porcs, d'Arville au Temple, avec le privilège de les faire paître dans ses forêts et d'y prélever le bois mort. L'acte nomme le commandeur, frère Gohier: « frater Goherius, tunc præceptor domus illius » et six chevaliers : Henri de Couesmes. Herman de Dreux, Archambaud de la Chaine, Gautier, Regnaud et Guillaume le vigneron, mais le texte ne dit pas clairement s'ils habitaient Arville ou le Temple.

On voit déjà la dépendance de ces deux maisons dont les revenus sont ainsi mis en commun. Le droit concédé par le vicomte va d'ailleurs engendrer bientôt des contestations qui accentueront la confusion au bénéfice d'Arville.

De plus, une charte de Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou, qui n'est certes pas postérieure à 1130, nomme comme témoin Guillaume d'Arville ; « Guillelmus de Aridavilla » Si on veut voir en lui un commandeur d'Arville, et nous trouverons un cas semblable entre 1227 et 1239 où le doute n'est pas possible, Arville aurait été fondé simultanément avec le Temple près Mondoubleau.

Arville reçut en 1185 du comte Thibault de Blois l'abandon en toute propriété des gages des duels (1).
En 1199, Raignaud d'Alluyes donne deux charretées de bois dans la forêt de Montmirail (2).
Enfin, en 1208, Robert d'Avelin, commandeur d'Arville « præceptor » est présent avec ses religieux, Laurent et Garin, à la donation des terres sises à La Bourdinière, par Robert de Chartres (3).
L'année suivante, Hugues Maistre ou Marcq, commandeur, « præceptor Areville » fut témoin de la cession par Albert d'Ormoy d'une maison sise à Chatonville.
1. Charte XIII
2. Charte XXXI
3. Charte LII

Cependant des difficultés avaient surgi pour la jouissance de la forêt. Dès 1205, la discorde battait son plein. Les seigneurs de Mondoubleau, vicomtes de Châteaudun, prirent ombrage de la puissance et de la richesse des nouveaux chevaliers, et après leur avoir fait dans le principe d'abondantes aumônes, ils les poursuivirent de leurs injustes vexations.
Le vicomte Geoffroy IV voulut empêcher les Templiers de conduire leurs hommes faire des convois en dehors de la châtellenie de Mondoubleau, leur interdire d'avoir un four, d'étaler les marchandises, de recueillir la fougère dans le bois, etc. Un accord fut cependant conclu, mais sans chance de durée : le four fut réservé aux religieux et à leurs familiers, les autres habitants de la ville du Temple cuiront leur pain au four du vicomte, le droit d'étal fut restreint aux denrées, la vente des grains, chevaux et bestiaux restant soumise aux droits seigneuriaux, les autres privilèges furent purement confirmés (4). Les différents droits d'usage dans la forêt du Bouchet, une première fois reconnus par le vicomte cette même année 1205 (5), furent l'objet d'une nouvelle convention en 1212.
4. Charte XLII
5. Charte XLIII


Les Templiers, pour avoir la paix, en firent abandon en échange de 45 arpents de bois en un seul tenant ; le vicomte, toutefois, s'y réservait le droit de chasse et de poursuite pour le cerf et la biche, le sanglier et le chevreuil (Charte LII). La querelle s'envenima bientôt à ce point que l'abbé de Sainte-Geneviève de Paris, délégué par le Pape, se vit obligé d'excommunier le terrible vicomte qui de bienfaiteur était devenu persécuteur acharné. Le pape Honorius III confirmait de son autorité souveraine cette terrible sentence, le 30 mai 1216 (Charte LXVIII).
Geoffroy avait enlevé deux chevaux et une charrette à deux serviteurs des Templiers, extorqué 30 sols à l'un, 4 livres à un autre, emprisonné plusieurs manœuvres employés à creuser les fossés, avait fait faucher l'étang d'Aigues-Mortes extirper le bois du Deffais, encombrer les chemins qui vont du Temple à Mondoubleau, d'Arville et Châteaudun, etc. Mais vaincu par l'excommunication du Pape, il consentit enfin à l'accord amiable proposé par les juges, à savoir à payer aux Templiers la somme de 80 marcs et à reconnaître les droits des religieux, mars 1217 (Charte LXX). Ceux-ci s'empressèrent de mitiger ces dures conditions, lui firent remise de la somme d'argent et lui permirent d'exploiter le bois du Deffais sans nuire à leur droit d'usage, etc., novembre 1218 (Charte LXXIII).

Ces troubles, malgré leur solution favorable, semblent avoir été funestes à nos chevaliers d'Arville et du Temple. Les donations disparurent ou du moins il ne nous en reste plus de trace. Les chartes désormais sont muettes.
Signalons toutefois la présence, le 12 juin 1218, d'un Guillaume d'Arville à la dédicace de l'abbaye des Clairets (1).
1. Cartulaire des Clairets, par le vicomte de Souancé, charte LIII.

De même Renaud d'Arville en 1227 donnait à l'abbaye de Saint-Avit une rente d'un 1/2 muid de blé.
Ce qui nous porte à croire que l'un et l'autre étaient commandeurs d'Arville, c'est qu'en 1239, Albéric, évêque de Chartres, fit sommation au précepteur d'Arville en personne « magistro domus militiæ Templi de Aridavilla » d'avoir à payer cette dernière rente (Charte CXXVII).
Les Templiers ne se seraient pas ainsi substitués à un étranger pour subir les charges qui lui incombaient.
Enfin en 1270 Randoin ou Baudouin de Cornouailles et Culvende sa femme, se donnèrent eux et leurs biens à Dieu et à la maison du Temple selon les us et coutumes d'Arville (Charte CLXVI).
Nous trouvons encore mention d'un commandeur d'Arville en 1380, Jean Le Tort, qui avait été commis à gouverner la commanderie de Chartrain, et reconnaissait devoir à Oudart de Cloyes 18 muids de grains pour cause de la moitié des dîmes de Chatillon-en-Dunois.
Le Temple de Mondoublel n'est pas plus favorisé. La principale mention est celle de la franchise que les Hospitaliers accordèrent en 1326 aux habitants, bourgeois et mansonniers de l'Hôpital de tous les droits de terrage, moyennant un cens annuel de 4 deniers par arpent de terre et les dîmes.

Le Livre-Vert donne le procès-verbal de la visite de 1495 : « Le membre d'Arville, y est-il dit, a ung villaige de XXV ou XXX feuz, tous hommes de la Commanderie, a toute jurisdiction et justice levée, ou a une églize parochiale fondée de Notre-Dame, servie par ung frère chapelain, à présentation de Mgr le Grand Prieur de France, et y a une maison de la commanderie fort vieille et demyte, et donne de prouffit en argent LXIIII livres, XIII sols, VI deniers, III setiers de meteil et un muis, V setiers d'avoine.

« Au Temple-lez-Mondoubleau, le villaige dudit lieu est de XVI ou XX feuz, hommes de la commanderie à toute juridiction, ou à une église parochiale fondée de Notre-Dame et de Saint-Jehan, servie par ung frère et y a une maison fort vieille et en ruyne, où ledit frère chappelain faict sa résidence et donne de prouffict adjoint avec Groschenne et Materas LXXXl livres IIII sols VIII deniers.  »

L'église du Temple fut probablement construite par les Templiers.
En voici la description technique donnée par M. Launay dans son Répertoire archéologique de l'arrondissement de Vendôme:
« Eglise paroissiale de la sainte Vierge, du XIIe siècle, comprise dans l'enclos de la Commanderie.
Construction d'époques différentes. Longueur, 32 mètres ; largeur, 9,20 mètres ; hauteur. 5,30 mètres.
Tour quadrangulaire, élevée en dehors du mur du Sud.
La partie primitive depuis le pignon ouest jusqu'à la tour inclusivement, mesure 22 mètres environ.
Elle est éclairée au midi et au nord par d'étroites fenêtres romanes, au-dessous desquelles se terminent en rampe des contreforts peu saillants.
Pignon ouest percé d'une fenêtre à la hauteur des autres, et dans la pointe de deux ouvertures du XIIIe siècle, avec écusson dans l'intervalle portant la croix des Templiers.
Tour rectangulaire de 4,45 mètres sur 3,75 mètres et 16 mètres de hauteur.
Chapelle au rez-de-chaussée avec voûtes à nervures.
Restes de fresques couvrant autrefois les murs.
Fenêtre élancée à cintre brisé, au midi.
Toit pyramidal en charpente, incendié en 1782, cloche fondue.
La partie de l'église à l'Est date du commencement du XVIe siècle.

Eglise de Mondoubleau
Eglise de Mondoubleau

Elle est percée, au midi, d'une fenêtre ogivale surmontée d'un fronton aigu dont les rampes sont ornées de crosses et de statuettes d'anges à leur naissance et à la pointe.
Pignon est à doubles contreforts saillants aux angles et percé de trois fenêtres ogivales, à larges embrasures intérieures, descendant jusqu'au sol.
Rampes à crosses et statuettes.
Lambris de la voûte de 1537 (1. M. Beauvais de Saint-Paul a lu 1553).
Ancien pèlerinage à la Vierge. »
« Le lambris, nous écrit-on, avait beaucoup de ressemblance avec celui de la salle des Etats du château de Blois. Dans la partie supérieure on voyait autrefois, dans un ordre symétrique, les bâtons de commandeur, terminés par une belle fleur de lis dorée, qui furent barbouillés de chaux à la Révolution. »
Les bâtiments de la commanderie étaient assez vastes et mesuraient 20 mètres sur 11.
Les quelques vestiges qui en subsistent dans le presbytère, spécialement un pan de mur d'une grande épaisseur avec deux fenêtres primitives à plein cintre, conservent le caractère indéniable du XIIe siècle.

Le terrier S. 5426 des Archives Nationales, dressé en 1640, pour Gilles de Bernard de Courmenil, commandeur de Sours, seigneur châtelain du Temple de Mondoubleau contient quelques lignes de description: « Le domaine consistant en un grand corps de logis appelé l'Hospital, assis proche de l'église dudit Temple, consistant en chambres basses, chambres hautes, greniers, une salle où se tient la jurisdiction... la prison de la chastellenie du Temple... estables, cours, jardins, bois taillis, etc. »

Les principaux déclarants sont: Marie du Plessis, veuve de Jehan de Coustances, escuyer, sieur de la Maillardière (1) ; Claude de Coustances, son fils aisné ; François Lhermite, escuyer, sieur de Prazé (2) ; Jehan Brossier, sieur de la Morandière, baron de Mondoubleau ; René Viau, conseiller ordinaire de Mgr le prince de Condé, Bailly de Mazangé ; Pierre de Courtalvert (3), escuver, sieur du Grand-Boucher ; Renée de Courtalvert, veuve de Louis d'Espiers, escuyer, sieur des Matraz ; Marguerite du Bouchet, veuve en deuxièmes noces dudict seigneur des Matraz ; Charles de Félines, escuyer, sieur de Villersfaux.
1. On connaît deux Maillardières, une à Sarge et l'autre à Cormenon.
2. Il y a dans l'église un tableau au maitre-autel représentant le Rosaire donné par le sieur de Rougerie de Prazé, 1645, peint par Janvier : « F. Janvier, invenit et pinxit, 1645. »
3. Le peuple dit encore Courtalvert pour Courtarvel, famille actuellement éteinte.


Arville est beaucoup mieux conservé.
Comme celle du Temple, l'église est du XIIe siècle et aurait été construite également par les Templiers. Ses fenêtres romanes et son portail en tiers point, à trois archivoltes, sont à peu près intacts. Un campanile à étage, dit clochera arcades, qui n'est que le pignon surélevé, est ajouré de trois fenêtres où se trouvaient les cloches. Il semble ici porté par un arc ogival soutenu par deux contreforts. « Long de 32 mètres 10 et large de 9 mètres 60, l'édifice est rectangulaire, voûté d'un beau lambris à sept pans et terminé par une abside semi-circulaire. » La gravure ci-jointe nous a été gracieusement communiquée par notre savant confrère. M. l'abbé Blanchard, curé de Souday, à qui nous avons également emprunté quelques précieux détails dans sa notice sur Arville (4).
4. Perche de Percheron, page 72 et suivantes. Nous lui devons la gravure-ci-jointe. Qu'il reçoive ici nos remerciements.

« La commanderie d'Arville fut construite sur un plan grandiose. Le pavillon central, plus ancien, en poudingue, est flanqué de deux tourelles des XVe ou XVIe siècles, au toit élancé couvert de bardeau. Sauf leur base, qui baignait dans d'énormes fossés que remplissait le Coitron, ils sont construits en briques, soit réticulées, soit en carré, soit horizontales. »

Commanderie d'Arville
Commanderie d'Arville, porte d'entrée de l'église

« Ce gracieux monument a été sauvé d'une ruine imminente, il y a une vingtaine d'années, par M. l'abbé Rochette, curé d'Arville. Il l'a fait adjoindre au presbytère, après l'avoir payé lui-même au nom de la fabrique paroissiale, grâce à une souscription encouragée par la Société archéologique du Vendômois. »

« Les bâtiments d'habitation de la commanderie s'étendaient le long de l'église. Le presbytère actuel, construit sur leur extrémité, est une maison du XIXe siècle. »

« Outre une fuie du moyen-âge, il reste encore, partagées entre plusieurs propriétaires, une grange bien remarquable (à trois nefs) et des écuries magnifiques surmontées de greniers admirables à chevrons portant ferme. »

Les documents anciens ne sont pas moins explicites. Voici la description donnée par le terrier d'Arville dressé en 1694 et 1695 (Archives nationales, S. 5435) pour « frère François du Moncel de Martinvast, chevalier de Saint-Jean de Jérusalem, commandeur de Sours, grand châtelain des châtellenies d'Arville, le Temple, Villejoim, Gros-Chaisne et la Boissière. »

« Premièrement : Le château d'Arville, enclos de murailles et fossez avec pont-levis (2) et planchette, ce consistant en deux chambres à feu, grenier dessus, deux caves dessous, une grande salle et grenier dessus, une grande cuisine au bout de laquelle il y a un puits, grenier dessus, une petite chambre à feu entre lesdittes deux chambres cy-dessus, une salle appelée la chambre des Suisses, tous lesquels bâtiments sont couverts de tuiles » ; 2. Le terrier de 1750 dressé pour Alexandre de Loubert de Martinville, commandeur de Sours (Archives nationales S. 5437) signale l'état délabré de ce pont-levis:
« ... A l'entrée duquel (château) étoit autrefois pont-levis et à présent en ruine, ne se levant plus et que l'on dit que l'on recomblera (le fossé) en peu de temps de terre et de pierre, les bois d'iceluy (pont-levis) estant usez pour partie »;


« Item trois gros pavillons proche ledit pont-levis, dans l'un desquels il y a deux chambres à feu en l'autre une petite chambre à feu au-dessous de laquelle sont les prisons de ladite chatellenie d'Arville, et en l'autre l'escallier pour aller en iceux » ;

« Item une galerie qui va desdittes deux chambres cy-dessus esdits trois pavillons, dans laquelle il y a une garde robbe et des latterines » ;

« Item une autre grande chambre de laquelle l'on va dans deux autres grandes chambres l'une à feu et l'autre sans cheminée, appelée la chambre de la recepte, un fournil dessous icelle chambre avec un grand bûcher à coté et un grenier dessus, une petite écurie entre lesdits pavillons et ladite chambre à tenir 8 ou 10 chevaux, une garde robbe a costé à coucher un palefrenier, y ayant un grenier sur le tout à mettre du foing. » ;

« Item une autre grande écurie à tenir environ 50 chevaux, dessus laquelle il v a un grand grenier qui servoit autrefois de tripot ; à coté de laquelle écurie il y a une grande remise de carosses, avec une petite étable à coté et un grenier à mettre du foin au-dessus ; tous lesquels bastiments sont couverts de bardeau (En 1750, la couverture était en tuile) et de guenvelle (?) » ;

« Item une grande court au milieu de laquelle il y a une grande grange dixmeresse couverte de thuille, à laquelle est adjacent un chenil » ;

«  Item une grande fuye de pierre et briques, couverte de thuille et ardoyse estant au milieu des murailles qui enclosent ladite court, aux deux bouts de laquelle muraille il y a deux petites tours couvertes de thuille » ;

Commanderie d'Arville, côté Nord
Commanderie d'Arville, côté Nord

« Item une petite court entre ledit château et l'église du dit Arville » ;

« Item un jardin proche ledit château enclos de murailles contenant un quart d'arpent de terre ; sortant de ladite court, l'on entre dans une allée d'arbres fruictiers au bout de laquelle il y a une garenne de bois de haulte futaye, contenant 1 arpent de terre, à laquelle garenne et joignant, sont six pièces de terre qu'on appelle les garennes, joignant icelles d'un costé au chemin qui va d'Arville à Millese, d'autre costé à l'estang de la Dornière, d'un bout au jardin et chasteau cy dessus, et d'autre bout au champ de la fabrique d'Arville et à une ruelle qui descend du chemin dudit Arville à la Fontenelle » ;

« Item devant la sortie et entrée dudit chasteau d'Arville, il y a une grande terrasse appelée Esperon, au pied de laquelle passe la rivière dudit Arville » ;

« Mondict seigneur le commendeur est seigneur spirituel et temporel dudit Arville, il pourvoit à tous les offices et charges d'icelle et à la cure dudit lieu, auquel cure il donne de pension 300 livres avec le casuel, sans aucunes dixmes » ;

« Mondist seigneur le commendeur est gros decimateur...., a droict de haulte, moyenne et basse justice, et pour l'exercer il a bailli et procureur fiscal à ses gages et donne au bailli dix livres et au procureur six livres ; afferme son notariat et le greffe et en tire 40 livres » ;

« … A son prétoire vitré et couvert de thuille, en lequel s'exerce la justice tous les jours de marché..., est tenu entretenir le pont comme grand-voyer..., a droit de péage..., a four banal, où tous les habitans sont obligés d'aller cuire leur pain de ménage et doivent un sou par boisseau » ;

« Item au milieu du bourg d'Arville, où tiennent les foires et le marché, est un pouteau où les armes de mondit seigneur le commandeur et de l'ordre sont appliquées avec la pancarte du péage et billiette, au-dessus desquelles est un carcan pour mettre et pour punir les coupables de crimes » ;

« … Les foires et assemblées d'Arville tiennent le 24 et 25 août et 3 novembre » ;

«  ... A deux maisons, l'une le presbytère où il loge le curé et le greffe. »

Suit l'énumération des principales propriétés de la commanderie : La maison de la Foucaudière, à Arville, la Provenderie ou le Domaine, la Colasière, le Bordale de l'Ouche de la Pierre, l'aistre Guillaume, la métairie de la Templairie, la maison de Saint-Mexant à Arville, l'Hospital de Melleray à Melleray, la Chesnaie des Etilleux, le petit Croc, aux Etilleux, la Pinterie ou le Manoir à la Chapelle-Guillaume, la Gravasère au Gault, la Tasse, à la Chapelle-Guillaume, la Chedanerie à Oigny.

Les principaux déclarants sont : Louis Bardou, sieur de Mardelle pour les maisons dites la Pitardière, la maison brûlée et la maison Fairand à Arville ; Martin des Perelles, écuyer, sieur des Bordes, pour les maisons de Forge et de la grande Perrine ; Henri de Félines, écuyer, sieur de la Tudinière, demeurant à la Perrière d'Unverre, pour la Pohuterie, la petite Perrine et la Ferranderie ; Jacques de Lancé, écuyer, sieur de la Morelière, paroisse d'Arville, pour la Talbotterie, les maisons aux Vigneaux et à Jeanne Henry ; Pierre Brès, sieur de la Triboulardière, pour le fief de la Godasserie, la Dumanderie, la maison Vizinier et la maison rouge ; messire Auguste Hustache Le Cerf de Serville, chevalier, seigneur de Charbonnières, la Herbaudière, les Autels, le grand Bouchet.

André Villemay, sieur de la Vallée, officier de S. A. R. Monsieur, frère unique du Roy, demeurant à l'Ecottière, paroisse de Brunelles, pour la maison des Trois Marie à Brou.

En 1638 (S, 5433), nous trouvons parmi les déclarants, François Lemore, bailly d'Arville ; Louis de Lancé, écuyer, sieur de Montsoreau et de la Haute-Bichetière ; demoiselle Emée de Phélines, veuve de Jehan du Boullay, sieur du Pavillon (1).
1. Nota. — Lire à la page précédente, ligne 31, Le Clerc de Lesseville.
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IV. — La Boissière près Châteaudun.

Commanderie de La Boissière
Commanderie de La Boissière, vue générale

Les Templiers n'eurent pas moins de succès à Châteaudun.
En 1181, Geoffroy de Lisle, leur donnait une maison sise dans la ville même et plusieurs vignes (Charte X).
Cet exemple eut de nombreux imitateurs:
En 1207, le chevalier Jodoin Tresiau leur confère une maison, rue de l'Aiguillerie (Charte XLIX) ;
En 1286, une autre maison, même rue, fut donnée par Guillaume Petit-Guyot et Agnès sa femme pour la reconnaissance d'une rente de 140 sols (Charte CLXXXII).
En 1233, ils avaient déjà acquis 10 deniers de cens du chevalier Girard Le Chat sur la maison de Gautier Bernoin, même rue (Charte CXIII).
En 1244, le marché aux harengs leur devait également 12 sols de rente, grâce à la munificence de Philippe, Eude et Paulin de la Broce (Charte XCIV) que Philippe du Mée leur confirma en 1258 (Charte CXLVII).
En 1190, les religieux n'avaient pas attendu si longtemps pour établir à proximité une résidence, ils choisirent un point stratégique, non sans importance pour la défense de la ville. Répondant à leur désir, le comte de Blois, Thibaud, leur donnait en 1190 le moulin de la Boissière (1), dans la banlieue de Châteaudun, au bas du Raffaux, paroisse Saint-Valérien, au point le plus resserré entre la colline abrupte et le Loir.
1. Charte XVI. Ce moulin était chargé d'une rente d'un muid de blé en faveur des religieux de la Madeleine. Le comte la transféra sur son ban de la Pentecôte. Voir également Cartulaire de la Madeleine.

Ils étaient ainsi maîtres d'une des voies les plus fréquentées, la rivière, aboutissant aux pieds du château-fort des comtes. Ils s'y établirent aussitôt.

En 1198, huit ans plus tard, ils y étaient en nombre, et les quatre principaux assistaient à l'acte de donation d'une vigne voisine que leur faisait l'abbé de Bonneval, Nicolas d'Orfin, procureur ou mieux précepteur du prieuré, avec Pierre de Villebeton, Robert de Mauso et Joscelin fils de Garin (2).
2. Charte XXIX. — Les moines de Tiron possédaient à la Boissière une vigne pour laquelle ils payaient à Roscelin Male-Terre et à Hubert Payen, 8 sous et 1 obole de cens, en 1145. Cartulaire de Tiron, II, page 47.

La faveur des comtes de Blois et des vicomtes de Châteaudun leur fut promptement acquise.
En 1202, Louis, comte de Blois, défendait de leur faire aucun dommage, en particulier de venir faucher l'herbe du marais d'Aigue-Morte ou Morteuve dont ils avaient la jouissance et la garde (Charte XXXVI).

Les chevaliers de la suite du comte ne pouvaient mieux faire que de suivre un exemple venant de si haut.
En 1203, Robert de Frouville, leur offrit une rente de 3 muids de blé sur son moulin d'Alluyes afin d'être enterré dans leur cimetière et d'être associé au bénéfice de leurs prières et bonnes œuvres. Il prit à témoins son suzerain Renaud d'Alluyes, seigneur de Montmirail, Simon de Montfort, Gelduin de Beauvilliers, Guillaume Prunelé, Geoffroy de Pray, Hugues de Marboué, Hugues de Chevernay, Rainaud Morhier, etc (Charte XXXVII et Charte XXXVIII).

En 1208, le nombre des Templiers s'élève à sept, dans un acte de donation d'un pré par Michel Harenc. Ce sont Guillaume de Chartres, Jean Rouillé, Ascius, Etienne de Varenne, Raignaud chapelain, Guillaume Bruno et Gaultier, serviteur (1).

Le nom du chapelain Raignaud laisse supposer l'existence de la chapelle, mais la première mention explicite de celle-ci, sous le titre de Notre-Dame de la Boissière, ne se rencontre qu'en 1221 (2). Pralie, veuve de Girard Estrivart, donne un cellier, sis rue de l'Aiguillerie, à Châteaudun, à Dieu et à l'église de Notre-Dame de la Boissière de Châteaudun (3).

Cette chapelle est un des plus beaux monuments élevés par les Templiers dans notre contrée. Les gravures ci-jointes offertes gracieusement et exécutées par M. Laussedat, propriétaire actuel, en donnent une idée fidèle.
1. Charte LIII.
2. Nous devons cependant mentionner ici la légende de saint Aventin qui lui attribue un miracle au lieu même de la Boissière. Son frère Jean, malade de la lèpre s'était retiré dans une des grottes du coteau et à proximité avait élevé un oratoire dédié à Notre-Dame. Averti par un ange, Aventin, sans se faire connaître, embrassa le malade et lui rendit la santé par le signe de la croix. De là, il se réfugia lui-même dans une cave creusée dans le rocher, à l'entrée du bourg de la Tannerie. Voici un extrait du texte des Bollandistes, au 4 février :
« Ut conspecta illi eminus patria est, ad modicam quietem consedit (Aventinus) ; ac mox somnus fatigato subrepsit, in eo vero angelum visus est sibi videre et audire edicentem, parentem quidem utrumque obiisse sed pergeret ipse juxta flumen ad locum Buxerias, olim Sub-Urbe dictum. Eunti germanus ejus Joannes solitarius occurrit, qui lepra fœdum in modum inquinatus, eoque ab urbe ac civium congressu sua sponte semotus, domicilium sibi isthic, et juxta ædiculam in qua Deo preces offerret, construxerat, dicaratque Deiparæ Virgini lllacrymatus spectaculo Aventinus et benigne fratrem salutat, ac deterso fletu, ei osculum præbet, tum benedicens lepram omnem pellit, sanumque eum ac vegetum reddit........ Aventinus tugurium sibi struit in rupe, quam serpentium aliorumque venenatorum animalium copia fecerat inaccessam, nihil tamen illi incommodi afferebat, velut sanctitatem ejus reverita. »
Une chapelle aurait donc existé dès le VIe siècle à la Boissière, il n'en reste aucune trace ; les Templiers toutefois dédièrent également la leur à Notre-Dame.
3. Charte LXXXIV.


Les belles fenêtres à lancette, les contreforts, tous les détails de son architecture sont de la meilleure école du XIIIe siècle. Elle a 17,40 mètres de longueur, 10,80 mètres de hauteur sous voûte, 8,10 mètres de largeur, 18 du sol au faîte du pignon, les murs 1,25 mètres d'épaisseur ; elle est éclairée par 9 fenêtres ogivales. Les deux petites fenêtres du pignon, qui seules sont en plein cintre, servaient de clocher et abritaient deux cloches.

A l'intérieur, les murs sont couverts d'un crépissage en mortier très fin sur lequel sont tracées, encore apparentes en maints endroits, les lignes blanches simulant la coupe de pierre. L'autel a disparu, mais de chaque côté se trouvent encore les crédences avec leurs piscines. Celle de gauche est à double baie et à plein cintre et d'un aspect des plus gracieux.
Le pavé est en carreaux sans aucune trace de sépulture.

Chapelle de La Boissière
Chapelle de Commanderie de La Boissière

Convertie aujourd'hui en atelier d'héliogravure par M. Laussedat, elle a perdu sa destination religieuse, mais le propriétaire est trop amateur des belles choses pour ne pas conserver avec un soin jaloux tout ce qui est de l'intégrité du monument. La voûte en croisée d'ogive, les chapiteaux, à peine dégrossis, les colonnes rondes de cette belle nef sont intacts et l'archéologue qui désire les visiter trouve toujours dans ce salon grandiose et imposant le plus aimable accueil.

Malheureusement aucune fouille n'a été pratiquée dans le sol de cette chapelle ; on y aurait sans doute trouvé quelques sépultures des chevaliers du Temple ou de leurs bienfaiteurs, qui s'y firent enterrer, à l'exemple de Robert de Frouville.

Le prieuré devait alors avoir son plein et entier développement. Les cavités profondes creusées dans le coteau, soit pour en extraire la pierre nécessaire aux constructions, soit pour y ménager des servitudes, suppléaient au défaut d'espace et donnaient à la résidence des Templiers de nouveaux agréments et une plus grande sécurité. Le prieuré devenait ainsi une forteresse difficile à surprendre, et le but religieux et militaire de l'ordre était pleinement atteint.

Les vicomtes de Châteaudun en eurent-ils ombrage ? Toujours est-il que les démêlés qu'ils eurent avec les Templiers d'Arville rejaillirent sur ceux de la Boissière. Mais la sentence de 1218 (1) leur rendit entière justice et leur fit restituer tout ce qui leur avait été enlevé à eux et à leurs tenanciers par la reconnaissance explicite de leurs droits sur le marais d'Aigue-Morte ou de Morteuve et les compensations pécuniaires qui leur furent allouées.

En 1223, le vicomte Geoffroy reconnut en outre aux Templiers le droit de justice sur le faubourg de la Boissière, sauf certains droits seigneuriaux, le ban, le criage et les coutumes perçues sur le marché du jeudi tenu dans le même faubourg (2). Guillaume de Jalan et Reginald son fils furent les négociateurs habiles de cette paix que le comte de Blois, Jean de Chatillon, affermit de nouveau en 1257 (3).

Les donations n'en furent point toutefois ralenties.
1219, mai, Gohier de Lanneray donnait ses vignes de Châteaudun (4).
1224, Guillaume et Robert de Morville cédaient en pure aumône leur vigne du Gué-Valin (5).
1. Charte LXX et LXXIII.
2. Charte XCII et XCIII.
3. Charte CXLVI.
4. Charte LXXVIII.
5. Charte XCVII.
6. Charte CXV.


1233, Eudes Craton (6), Guillaume de Chartres et Jean de Pray en 1234 (1)
1236, Geoffroy Halou en 1236 (2)
1249, Guillaume et Jodoin Troussel (3)
1258, Mathieu de Pontault (4) firent pareil abandon de morceaux de vignes sises paroisse Saint-Valérien, à la Boissière, au faubourg Anteaume, à Villefein, etc.
1236, Guy et Philippe de Mondoucet (5)
1236, Etienne Morel, même année, donnaient des terres labourables ou des prés (6)
1245, Guillaume d'Ormoy, leur reconnaît la libre possession d'une terre donnée par un nommé Bourgouing (7).
1. Charte CXVI.
2. Charte CXXI.
3. Charte CXXXVIII.
4. Charte CXLVIII.
5. Charte CXXIII.
6. Charte CXX.
7. Charte CXXXVI.


Nous ne parlerons pas des simples acquisitions, mais nous devons mentionner la contestation soulevée par les religieux de Marmoutier établis à Chamars, dont les intérêts devaient fatalement heurter ceux des chevaliers du Temple.
Un jugement arbitral, survenu en 1231, après de longues enquêtes, donna gain de cause aux Templiers et leur reconnut la possession de Morteuve et du cours du Loir (8).
8. Charte CVIII.

Le prieuré de Notre-Dame de la Boissière fut-il jamais un chef-lieu de commanderie indépendant, comme le nom de Nicolas d'Orfin, procureur de la Boissière en 1198, le laisse supposer ? Du moins il ne conserva pas longtemps son autonomie.

Après sa réunion à l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, le prieuré de la Boissière fut donné à ferme. Nous avons mentionné comme fermiers ou administrateurs de la Boissière Jehan de Monceaux décédé le 23 février 1421, frère Adam du Fay, prêtre, 1424-1435. D'ailleurs on disait la messe encore un jour par semaine dans la chapelle, à la fin du siècle dernier.

Outre ce centre principal de leurs possessions dans le pays Dunois, les Templiers en avaient encore plusieurs autres.
Nous citerons :
1206, une maison à Cloyes donnée par Robert de Pochinet (1)
Une terre à la Boudinière, commune de Saint-Loup que Robert de Chartres leur avait contestée, et qui, pour obtenir le pardon de ses injustices, leur concéda en outre 5 setiers de terre au Bois-Mivoye (2).
1. Charte XLVI. 2. Charte LII.

1212, autre maison à Brou, donnée par le chevalier Jean le Roux.
1217, par un jugement prononcé par les prieurs de Sainte-Geneviève et de Saint-Eloi de Paris, choisis pour arbitres, il fut reconnu que Jean de la Bruyère ne pouvait prétendre aucun droit sur les maisons du Temple de Brou super domos Templi de Broellio situées au vieux marché de cette ville et acquises autrefois par les Templiers des auteurs du dit Jean (4).
4. Mannier. « Les Commanderies, etc. page 144. »

1213, Le four bannal de la Ferté-Villeneuil était chargé d'une rente de 40 sous Dunois donnée par Olivier Bigueline (5).
5. Charte LXIII bis.

Grâce à de semblables générosités, les Templiers possédaient 4 setiers de terres labourables à Bonneval (6) donnés par Robert Chaveran pour avoir un service anniversaire : des terres à Saumeray, terroir de l'Aubespine, à Saint-Pellerin, moulin de la Putoisière, à Langey, terroir de Veilley, à Poupry etc.
6. Charte LXXVV.

L'ordre des Hospitaliers avait d'ailleurs à Châteaudun quelques possessions dès le XIIe siècle, et, en 1208, nous les trouvons régulièrement établis dans une maison avec plusieurs religieux dont un commandeur, nommé Guillaume Geoffroy, prêtre, Robert Coset et plusieurs autres.

Geoffroy, vicomte de Châteaudun, approuvait la donation de Robert Viateur d'une rente de deux setiers de grains sur le moulin du Vivier qui devait être apportée chaque année le jour de saint Remi dans la maison de l'Hôpital de Châteaudun (1).
Une autre donation d'une mine de blé fut faite en 1283 par Jean d'Ancises, à la même condition (2).
Où se trouvait cette maison ? Les documents qui nous restent ne le disent pas. On croit généralement qu'elle se trouvait paroisse de la Madeleine, peut-être rue de Chartres, là où était la chapelle de Saint-Frambourg.

D'ailleurs, les Hospitaliers possédaient dans la contrée d'autres possessions, en particulier six setiers de blé sur le moulin de la Varenne donnés vers 1200 par Erard de Villebon pour servir au luminaire de la chapelle de Saint-Jean d'Ouzenain, près Bonneval (3).
Le 18 mai 1453, Jean du Bois, commandeur de Sours donnait à ferme à Pierre Loste, laboureur à Ermenonville-la-Grande, la chapelle nommée l'Hôpital d'Ouzenain, avec tout le lieu, cour, jardins, terres labourables et non labourables, pour 25 sols tournois, 6 connins et 6 poules et à la charge d'entretenir et faire desservir la chapelle, et rebâtir la maison, qui était détruite, le tout en 4 ans.
D'après Mannier cette chapelle s'appelait aussi Saint-Jean d'Aigrefin, au XVIe siècle.
1. Charte LI.
2. Charte CLXXIX.
3. Charte XXXIII.


Non loin de là, à Dangeau, ils avaient reçu une rente de 20 sols tournois sur le péage du lieu par don entre vifs fait durant le siège de Damiette par Thibault de Dangeau, que son fils croisé comme lui s'empressa d'approuver (1).

De même, dans la dépendance de la commanderie de Saint-Marc d'Orléans, nous voyons figurer au XVIe siècle la chapelle Saint-Marc de Fontenay-sur-Conie (2), la ferme dite l'Hôpital de Guenières, à Viabon, ruinée pendant les guerres en 1562, démolie pour cause de vétusté en 1670, la métairie du Petit-Marasson à Loigny avec une chapelle dédiée à Saint-Marc, sise au lieu-dit la Maladrerie, désaffectée déjà au XVIIIe siècle, mais toujours debout dans son deuil et dans l'oubli.
Il nous paraît plus naturel, à défaut des documents originaux, d'attribuer ses possessions à l'Hôpital-Ancien, et non aux Templiers.
Cependant, en 1280, le seigneur du Puiset leur aurait donné tout droit de justice sur le territoire d'Orgères et sur ses habitants « de quelle que sorte qu'ils soient. »
Le domaine de la Maladrerie rendait foi et hommage au duc d'Orléans et payait 50 livres de rente (3).
1. Charte LXIV. 2. Pouillé du diocèse de Chartres de 1738, p. 26. 3. Mémoire de la Société Archéologique de l'Orléanais, VI, 357, 358.
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II - Commanderie de La Villedieu en Dreugesin
I. — La Villedieu.
Cette maison, sise paroisse de Laons, devint bientôt le chef-lieu principal des Templiers dans la région de Dreux.
La première mention parvenue jusqu'à nous remonte à 1165, mais elle présuppose l'établissement déjà bien notoire des Templiers dans le pays. Hugues de Dammartin, pieur du Temple de Villedieu, pour se prémunir contre les empiétements de voisins toujours avides, obtint d'Ernaud, seigneur de la Ferté, (aujourd'hui la Ferté-Vidame) la confirmation de toutes les possessions de sa commanderie à Villedieu, à Beauche, au bois Fautray ; il faisait également garantir les terres du Temple des Pelles, qui semble avoir été déjà suffisamment constitué (1).

Un grand nombre de seigneurs voisins furent présents à cette solennelle confirmation, et dans la suite ils prirent rang parmi les bienfaiteurs des Chevaliers ; c'est ainsi que Hugues de Châteauneuf leur fit abandon en 1180 de son droit de patronage sur ses terres (2).

Roger de Marcouville, entouré des châtelains d'alentour, donne quatre bouvées de terre près la Boulaye et se fait lui-même Templier dans cette résidence (3).
Cet exemple fut suivi en 1197 par Gilbert de Crêches qui, en prenant l'habit du Temple, apportait avec lui son domaine du Vivien dans le fief de Corbonval, à Laons (4).
De même Hugues de Maulie donna un muid de blé pour la réception de son frère en 1197 (5). Gilbert d'Alency en 1199 se fit également Templier et ne fut pas moins généreux, car il offrit sa terre du Tronchay (6), proche de la commanderie.
Amaury de Mainternes et son vassal Girard firent l'aumône de leurs terres sises aux Hautes-Epines, entre Tessilly et Mainternes en 1219 (7), avec l'assentiment du seigneur féodal Guillaume de la Ferté (8).
1. Charte II.
2. Charte VI.
3. Charte VIII.
4. Charte XXVI.
5. Charte XXVIII.
6. Charte XXX.
7. Charte LV.
8. Charte LXXXIII.


Gilles de Gouvieux ou de Gouvy, en 1222, amortissait tous les biens donnés au Temple, en particulier les terres cédées par Robert Quarrel (1).
Un droit d'usage et de pâture dans la forêt de Crevant en faveur de Villedieu et de ses tenanciers de Marigny et du Bois-Fautray fut reconnu franc et valable par Geoffroy de Thomas et Jabeline sa femme (2).

Les puissants seigneurs de Châteauneuf furent particulièrement favorables aux Templiers. Outre le don fait par Hugues de Châteauneuf en 1180, mentionné plus haut, nous voyons en 1245, Hervé de Châteauneuf prendre sous sa sauvegarde toutes les donations faites à l'Ordre par Ernaud de la Ferté (3).

A son exemple, son successeur Hugues, seigneur de Châteauneuf et de Brezolles et Agnès sa femme approuvèrent d'abord en 1259 les dons de Guillaume du Coudret (4), en 1260 ratifièrent de nouveau les aumônes du sieur de la Ferté et de feu Hervieu de Châteauneuf et d'Alix sa femme (5), de tout ce qu'ils possédaient au fief de Champseru, et, qui mieux est, en 1266 firent cession de tout droit de justice sur les hommes du Temple à Brezolles et à Saint-Remy (6).

Le fief de Champseru avait en effet été acheté par Hervé à Geoffroy de Boullaye en avril 1228 (7) et donné par lui en 1233 en pleine propriété aux Templiers (8).
1. Charte XC.
2. Charte CVII.
3. Charte CXXXV.
4. Charte CL.
5. Charte CLIV.
6. Charte CLXV.
7. Charte CII.
8. Charte CXII. Voir également page 173, note, l'accord conclu en 1456 avec Guy le Baveux seigneur féodal, et p. 170 note, l'intervention de René d'Alençon, vicomte de Châteauneuf, en faveur de Villedieu, contre Jean Desquen, seigneur de Belleville, 1477.


Geoffroy Bollain et Hugues de Feuilleuse ou de Feuillet avaient fait pareil abandon des droits féodaux qu'ils pouvaient avoir sur cette terre ; de plus, ce dernier ajoutait en 1234 la cession d'un champart sur le même lieu et d'une rente sur le moulin de Montullet (1).

Guillaume de Saint-Gervais en 1260 (2), Drouin de Champseru en 1261 (3), Guillaume de Montullet en 1269 (4), vendirent aux Templiers différents autres biens.

Outre ce fief de Champseru, la commanderie de la Villedieu en Dreugesin possédait encore celui des Pelles, paroisse de la Saucelle donné par Ernaud de la Ferté en 1165 (5).
Une longue contestation fut soulevée à son sujet en 1273 par Guillaume Moyel, que frère Laurent, percepteur de Villedieu, ramena aux sentiments de la justice en présence des principaux seigneurs de la contrée (6).

Robert de la Touche, curé de Saint-Maurice de Villemeux, offrit en 1275 un héritage situé au Gué-Bordeau, près les Pelles pour avoir son anniversaire fondé à Villedieu (7).
1. Charte CXVII.
2. Charte CLII.
3. Charte CLVI.
4. Charte CLXIV.
5. Charte II.
6. Charte CLXXXII.
7. Charte CLXXIV.


Non loin de là, la grange d'Olivet, connue depuis sous le nom de commanderie d'Olivet, paroisse de la Saucelle, s'adjoignit au domaine du Temple à la suite d'un fait dramatique arrivé en 1277. Jean de Beaumont, dans une altercation avec un nommé Pierre Cérinel, fut accusé d'avoir tué son adversaire. Le père de ce dernier voulut venger son fils. Malgré les dénégations de l'accusé, son frère, Robert de Beaumont, crut plus prudent de transiger et donna aux Templiers 2 muids de blé sur la grange d'Olivet à charge pour eux de célébrer pour la victime un anniversaire dans leur chapelle de Villedieu (1).

Nous devons encore mentionner la ferme de la Moufle, paroisse de Vert-en-Drouais, donnée en 1191 par Léon de Louvilliers le jour même où il prenait l'habit du Temple (2).
Le seigneur féodal, Gervais de Châteauneuf, approuva cette donation ; mais cette propriété fut ruinée pendant les guerres des Anglais et il n'y avait plus en 1373 que deux arpents de vigne rapportant 40 sols.
Plusieurs autres possessions des Templiers de Villedieu n'ont point d'histoire : La Place au commandeur à Ormoy (3)
La Croix de Neuville à Villedieu, 1455 (4)
Le Rosay à Prouais (5)
1. Charte CLXXVI. Il y avait également là un moulin dont les habitants moururent tous de maladie pestilentielle en 1635. V. p. 187, note.
2. Charte XIX.
3. Page 94, note.
4. Page 190 note.
5. Charte XXVII.


La Charmoye, près de Laons, Marigny à Prudemanche, la Boulaye à Laons, les Groslières à Chataincourt, le Perthuis à Rohaire, Montmureau aux Chatelets, actuellement habitation du curé de la Mancellière et des Châtelets, le Bois-Robert, le bois de la Couture, et le Bois du parc à Escorpain.

Enfin Launay, paroisse de Rueil la Gadelière, où le prieur de Villedieu avait droit de justice avec gibet et fourches patibulaires, semble avoir été un centre plus considérable d'exploitation rurale. Il y avait là une chapelle dédiée à saint Georges, sur le chemin du Moulin-Chapel, dont il ne reste aucun vestige et à peine le souvenir.
« Launay au Perche, dit le Livre-Vert en 1373, jadis du Temple, a chapelle. Frère Nicole le Ber prestre. — Valeur LXVIII livres, VIII sols, III deniers. »

« Esdites maisons n'a aucunes rentes, ne revenus, ne aucun frère ne demeure en icelles pour la fortune des guerres. Charges IIIIxx VIII livres tournois. »

« Et est assavoir que ladite baillie est en pays si mal seur qu'il convient le commandeur demourer en forteresse pour la plus grant partie du temps. »
Le revenu de ce membre était de 1200 livres en 1757.

Les Templiers avaient encore des cens et rentes à Fessanvilliers, à Mezian, paroisse de Beauche, aux Châtelets, à Nogent-le-Roi, à la Chapelle-Fortin. Dans cette dernière paroisse se trouvait le Temple-Bodard ou la Chaperonnière, qui, en 1373, n'avait « aucunes rentes ne revenues, ne aucuns frères... pour la fortune des guerres. »
En 1391, le manoir de Chaperonnière fut cédé à Guillaume Bodart, moyennant 70 sols par an ; en 1752, la terre de la Chaperonnière, appelée plus communément le Temple-Bodart, était tenue du commandeur par Jean de Brossart, écuyer, seigneur de Bois-Malet.

Le domaine direct de la commanderie de Villedieu en Dreugesin comprenait plus de 400 arpents de terre dont la moitié était à peine cultivée au XIVe siècle, le reste étant ruiné par suite des guerres qui avaient ravagé le pays.

En effet le Livre-Vert nous donne à son sujet les renseignements suivants :
« Commanderie de la Villedieu en Dreugesin, et y a chapelle jadis du Temple, chef de baillie. Frère Nicole Barilet, prestre commandeur, de l'aage de L ans, messire Jehan Letailleur, prestre, de l'aage de LXXV ans. Valeur de Villedieu XLVIII livres, XIIII sols, I denier, de Pelles, XXVII livres, IX sols, IX deniers, de la Moufle XL sols. Charges IIc I livres V sols. »
«  Et est assavoir que passé a XV ans ne fut payé le quart de ladite réparation, que plusieurs édifices de la dite baillie ont esté ars par les guerres et a esté le commandeur tenu prisonnier en la main des ennemis. »

Un registre terrier de 1747 ajoute que « le lieu seigneurial et enclos, ferme et métairie de Villedieu, commune de Laongs, a tout droit de seigneurie, haute, moyenne et basse justice et voyerie, et pour l'exercice d'icelle ledit commandeur a bailly, procureur fiscal, greffier et sergent, dans lequel enclos dudit lieu seigneurial est une chapelle sous l'invocation de saint Antoine, dans laquelle était ci-devant acquitté le nombre de cent messes »

Villedieu en Dreugesin
Commanderie de La Villedieu en Dreugesin

« Cette chapelle est actuellement entièrement détruite ; il n'en reste plus qu'un bloc de maçonnerie dans lequel on a ménagé une niche où se trouve une statue en bois de saint Antoine, trouvée dans l'ancienne chapelle démolie depuis près de 40 ans (1). »
1. Renseignements donnés par MM. les curés de Vitray et de Laons.
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II. — Dreux — Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem
A quelque distance de Dreux, à 300 mètres environ, Robert, comte de Dreux, et Agnès, son épouse, donnèrent, en 1179, une chapelle, située auprès d'une croix sur le chemin de Nogent, sauf les droits curiaux de l'église paroissiale et du chapitre Saint-Etienne, aux frères de l'Hôpital Saint-Jean de Jérusalem (1). C'est donc à tort que les historiens, et en particulier M. Lefèvre, dans ses « Documents historiques sur Dreux », attribuent cette donation aux frères de l'Hôtel-Dieu de Dreux.
Le Livre-Vert résume ainsi l'état et le revenu de la maison de Dreux.

« La maison de Dreux, membre de Champaigne de l'Ospital ancien ; et y a chapelle, et en est commandeur frère Jehan du Tremblay, XIII arpents de vigne, dont VII en désert pour les guerres, qui peuvent valoir par an VIII livres, XV sols tournois.
— La foire de Dreux, le jour de Saint-Denis, valant chascun an LX sols tournois.
— III arpents de gros pré non fauché passé XII ans et baillies pour paturaiges à bestes 1 demi-franc.
— III arpents de petit bois qui ne vault chascun an que le cens du seigneur, néant.
— Une petite disme de vin, 1 demi-franc
— Cens à plusieurs termes, LXXV sols tournois.
— Somme du revenu tant en argent comme en aultres choses, XVI livres X sols tournois. »
«  Charges VIIIxx V livres X sols (165 livres 10 sols.) »
«  Et pour ce ne se peult payer ladite réparation et ne seraient remises les maisons en estat pour mille livres, que partie de celles de Champaigne furent arses par les Anglois et celles de Dreux furent abattues pour doubte que les ennemis n'y feissent embuches pour ce quelle est jouxte la dicte ville. »
1. Charte V.

Le droit de foire le jour de Saint-Denis rapportait en 1539 quinze livres tournois. En 1590, on contesta au commandeur, le chevalier de Vignacourt, desservant la chapelle de la Croix Saint-Denis, le droit de justice pendant ladite foire ; ce droit ne lui fut rendu que par sentence du bailli de Dreux, le 8 décembre 1592, confirmée par arrêt du Parlement le 3 octobre 1593.

La maison fut détruite pendant les guerres du XVe siècle, mais le droit de foire subsista. La chapelle fut épargnée et le commandeur de Villedieu donnait chaque année 20 livres pour la desservir au curé de Saint-Jean de Dreux.

« Cette chapelle, nous écrit M. Lemenestrel, était de petites dimensions. Il existait en dessous une chambre assez grande dans laquelle on entrait par une porte latérale, au niveau du terrain adjacent. »

« En avant de cette chapelle, il y avait une petite avenue plantée d'ormes, au milieu de laquelle se dressait une grande croix, dite croix buissée. Le jour des Rameaux, le chapitre Saint-Etienne et les deux paroisses de la ville se rendaient en procession devant cette croix que l'on décorait de branches de buis. »

« Elle fut vendue, avec une partie de la pièce de terre qui l'entourait, le 28 germinal an III, moyennant 8300 livres, au citoyen Pierre Moreau. En 1798, elle servait de grange et de réserve pour des grains, pailles et foins ; ce ne fut qu'au mois de juillet 1801 qu'elle fut totalement abattue. Il n'en reste absolument aucun vestige de nos jours le 21 octobre 1899. »

L'Hôpital possédait encore à Dreux, dans la rue Perée, deux maisons que frère Jean Lemaire, commandeur de Saint-Victor, acheta le 26 février 1410, l'une de Pierre Eauqueterre et l'autre de Jean de Postel. Une de ces maisons fut donnée en arrentement perpétuel le 12 avril 1437 par frère Chippot, commandeur de la Villedieu, à un nommé Guillet Mectret à la charge de 15 sols de cens par an.
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III. — Hôpital de Champagne
La maison de Champagne, aujourd'hui encore (en 1899), chef-lieu d'une toute petite commune de 123 habitants, canton d'Anet, sur le chemin de Prouais à Houdan, fut une des plus anciennes fondations de l'ordre des Hospitaliers de de Saint-Jean de Jérusalem : elle existait en effet en 1174. Simon de Montfort accordait en cette année aux frères de l'Hôpital qui habitaient Champagne la libre et entière jouissance de tout leur domaine avec le droit de prendre le bois mort dans la forêt Iveline (1).
Il faut attendre l'année 1213 pour trouver dans nos titres mention du prieuré de Champagne. Isabelle, épouse d'Osmond de Chaumond, donne deux setiers de blé sur sa métairie de Serville. Michel Louis de Dreux confirma l'acte généreux de sa sœur (2). En 1243, le vicomte Thibaud de Chaudon, Alix sa femme et leur fils Guy firent l'aumône de quatre arpents de terre arable entre les Touches et la Musse (3). Quelques autres acquisitions faites en 1259 et 1275 augmentèrent le territoire qui, au XIVe siècle, comptait 200 arpents de terre. Le Livre-Vert en donne l'aperçu suivant : «  La commanderie de Champaignes, chef de baillie, a cure. La maison de Dreux, membre d'icelle à présent a chapelle, de l'Hôpital ancien.
« Frère Jehan du Tremblay, prestre et curé dudit Champaigne, de l'âge de LX ans et commandeur d'icelle baillie. »
1. Charte III.
2. Charte LXIII.
3. Charte CXXXIV.


« Valeur LXXIX livres, XVIII sols, V deniers obole franc pour XX sols tournois. »
D'après un acte de 1564, Champaigne avait un manoir, droit de justice, haute, moyenne et basse, droit de colombier, de voierie, etc. Le revenu s'élevait en 1757 à 1600 livres et était descendu en 1783 à 1480 livres. Parmi les dépendances du prieuré, il faut mentionnerle fief de Beaulieu, réuni à la Commanderie en 1493, faute d'hommage et devoirs liges ; une maison à Dreux où se payaient les cens annuels, des terres à Condé-sur-Montfort, à Louviers-soubz-la-Tour-Neufve, à Beaufou, commune de Vacheresses-les-Hautes, à Garencières, Marchezais, Mézières, Luray, etc. Les terres de la Commanderie sont toujours réputées comme les plus fertiles de la contrée.

Eglise de Champagne
Eglise de Champagne

La commanderie de Champagne est encore entourée de fossés desséchés et de murailles en partie conservées. Mais les bâtiments convertis en ferme n'ont rien de remarquable. Non loin de là, se présente la petite église, dédiée à Sainte-Croix, d'une pauvreté désolante. Un autel en bois, quelques bancs rustiques, trois pauvres statues mal dégrossies font tout son mobilier. Les fonds baptismaux, car l'église était autrefois paroissiale (1), ont disparu ; ils étaient en pierre et ornés de fines sculptures sur tout le pourtour de la cuve ; l'aigle du lutrin orne aujourd'hui l'église de Goussainville. Rien à l'extérieur pour attirer le regard, la gravure ci-jointe nous dispense d'une description inutile. Enfin cette chapelle a vu disparaître son sanctuaire vers le milieu du XIXe siècle, par suite de vétusté.
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IV. — La Renardière de Manou.
Les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem eurent des propriétés à Manou dès le commencement du XIIe siècle. En 1136, ils y avaient bâti une villa sous le nom de Villedieu. L'acte suppose déjà une chapelle avec un prêtre pour la desservir. L'office divin qui y serait célébré ne pouvait s'étendre aux droits de sépulture qui appartenaient à l'église paroissiale de Manou (2).
A ce premier domaine s'adjoignit vers 1180 lieu de la Renardière que les religieux de Saint-Jean en Vallée de Chartres leur cédèrent pour une rente d'un muid de blé (3).
1. Il y avait en 1733, 100 communiants, 400 livres de revenu ; la commune n'a plus que 123 habitants en 1899, à peine si on célèbre une fois l'an la messe dans la chapelle.
2. Charte CCI.
3. Charte CCII.


En 1216, Gervais de Manou contesta aux frères Hospitaliers de la Villedieu de Manou et à leurs tenanciers le droit d'usage et de pâturage dans ses bois. Gervais, son frère Simon, son neveu Mathieu reconnurent leur tort, mais obtinrent une délimitation certaine des propriétés respectives (1).

Les moins de Saint-Laumer, jaloux de leurs prérogatives, obtinrent également en 1223 un accord où les droits de leur prieuré de Moutier-au-Perche et du curé de Manou sont de nouveau proclamés (2).

Hervé de Léon, seigneur de Châteauneuf en 1269, avec l'assentiment de sa femme Mathilde, donna en perpétuelle aumône 15 livres de rente sur sa terre et châtellenie de Châteauneuf, avec droit de justice, seigneurie, etc. De même il confirmait un nouvel accord intervenu entre les Hospitaliers et Nicolas de Manou au sujet des bois sis à la Renardière avec droit de ferrage, etc., et la haute et basse justice de la Villedieu de Manou (3).

« L'ancienne commanderie de la Renardière, se composait donc d'une belle maison seigneuriale dans la cour de laquelle se trouvait une chapelle dédiée à sainte Apolline et dont dépendaient plus de 200 arpents de terre arable et de bois. »

« A cent pas de la maison, sur une hauteur, il y avait une seconde chapelle dédiée à sainte Catherine, chargée, comme celle de sainte Apolline, d'une messe par semaine qui était dite en 1757 par un capucin de Dreux. »

Dès le XIVe siècle, ces chapelles étaient en assez mauvais état. Le Livre-Vert nous édifie sur ce point. « La commanderie de la Renardière, chef de bailli, a chapelle de l'Hôpital ancien, qui est toute déserte, par le fait des guerres, et avoit esté baillée a séculiers pour XXII francs et demi, mais ils y ont renoncé par pure povreté, et ne peut-on trouver frère de l'Hospital qui la veuille prandre, 1373. »
1. Charte LXVII.
2. Charte CCVII.
3. Charte CV.


L'année suivante, 1374, Robert de Juilly, grand prieur de France, en accorda la jouissance pour neuf ans à un donné de l'Ordre, Amaury Dufour, sans autre charge que d'y rétablir la maison qui tombait en ruines et d'y faire exercer la justice.

Actuellement, la Renardière conserve encore ses murs d'enceinte, sans aucune trace de tours ni fortifications ; la chapelle de Sainte-Apolline seule subsiste. En voici la description qu'une main amie a tracée avec soin.

« La chapelle est construite au milieu d'un terrain entouré d'un mur formant enclos, mesurant 60 et quelques mètres de pourtour, planté de nombreux sapins. A droite, la maison de maître, ancien bailliage de la Renardière et la ferme, à gauche le vallon, au-dessus, la sapée ou bois de la Renardière. »

« C'est au milieu de ce petit bocage que s'abrite notre chapelle, petit édicule, d'une vingtaine de mètres de contour, à façade rectiligne, à chevet cintré, pouvant dans sa plus grande hauteur compter dix mètres de haut, surmontée d'une élégante flèche à peu près aussi haute que l'édifice lui-même. »

« Cette chapelle a été restaurée, il y a quelque cinquante ans (1949), par la famille Gaubert, à qui elle sert de chapelle funéraire. »
« On y accède par un portail bivalve de 1 mètre 40 d'ouverture sur 1 mètre 90 de haut. Elle est ajourée sur la façade par une fenêtre ogivale géminée, surmontée d'un œil de bœuf, et par trois autres fenêtres cintrées, dont une au fond du chevet, les deux autres à droite et à gauche dans les murs latéraux. Au-dessus du portail et au-dessous de la fenêtre de façade, deux pierres blanches encastrées dans le mur nous conservent deux écussons dont l'un est chargé d'une croix simple, et l'autre de trois bandes échiquetées, souvenir, à n'en pas douter, de l'un des commandeurs de la Ville-Dieu. »

« L'intérieur est simple : blanchi à la chaux dans la partie principale, il est peint à l'huile dans la partie absidale. Le tout en dedans de l'œuvre mesure 6 mètres 50 sur 4 mètres 50. Un lambris de chêne de l mètre 20 de hauteur règne tout autour. Les murs sont retenus par un trait en bois ouvragé au centre duquel on lit en lettres anciennes : Adoramus te, Christe. Les vitraux semblent appartenir à l'époque de la restauration de la chapelle. La fenêtre du fond a pour sujet l'Assomption ; la Vierge est escortée à droite par un ange portant la fleur de lys, à gauche par un autre ange portant la couronne, et, à la partie supérieure, par quatre anges en extase. Le vitrail de droite représente la Mort du Christ avec cette inscription en lettres gothiques : Vous serez avec moi aujourd'hui dans le paradis. Dans le vitrail de gauche, la Résurrection. »

« La fenêtre géminée n'a aucun sujet mais au-dessous se trouve un tableau du siècle dernier mesurant 1 mètre 75 et représentant le Lavement des pieds. Sur les murs latéraux et à hauteur des fenêtres, deux statues dont une ancienne de sainte Apolline et l'autre de la Vierge. »

« Mais ce qui attire particulièrement l'attention c'est l'autel en marbre blanc, qui fut dressé comme mausolée par M. et Mme. Gaubert sur la tombe de leur jeune fille, et qui aujourd'hui en sert également au père et à la mère. Cet autel a deux mètres de long, le tombeau est cintré et élevé en courbe de cul de lampe, il est surmonté d'un élégant tabernacle également en marbre ; aux deux extrémités, deux socles supportent deux urnes en marbre blanc veiné de noir. Sur le devant du tombeau est gravée en lettres d'or une touchante inscription. »

« Chaque samedi, une messe est célébrée sur cet autel pour M. Mme et Mlle Gaubert, et grâce à cette pieuse fondation, la chapelle des anciens Hospitaliers se voit pour longtemps à l'abri d'une ruine qui n'eût pas manqué de la faire disparaître depuis de longues années. »

Chapelle de La Renardière
Chapelle de La Renardière

Cette chapelle et la commanderie furent achetées par M. Chouet, ancien maire de Senonches et appartient aujourd'hui à son gendre. M. Rousseau, directeur des fours à chaux de Senonches.

A la Commanderie de la Renardière était uni le domaine seigneurial de la Cruchonnière, paroisse de Fontaine-Simon. Cette terre avait été concédée aux chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem par Jean, comte de Chartres, avec cens et rentes, s'élevant à 7 livres, que lui devaient les 60 habitants du lieu (1), Cette terre de la Cruchonnière était affermée 4 livres en 1477, 63 livres en 1737 et 520 livres en 1783 : elle comprenait 24 arpents de terre labourable, 12 arpents de bruyère et 1 arpent et demi de pré.

Les religieux hospitaliers possédaient encore d'autres biens dans le diocèse actuel de Chartres, par exemple la Bruyère et les Gués, paroisse de Rohaire, avec droit de haute, moyenne et basse justice, Bouvilliers, paroisse de la Chapelle-Fortin, le Buisson-Gohier, paroisse de Morvilliers, possessions rattachées à la commanderie de Saint-Victor-sur-Avre, canton de Verneuil, arrondissement d'Evreux Eure.

Les quelques chapelles situées dans la juridiction de la commanderie de Villedieu en Dreugesin furent délaissées par les religieux sans entretien et menacèrent bientôt ruine entière.

Le Conseil de l'Ordre s'en émut ; et en 1747, frère Anne Hilarion Duplessis-Chatillon de Nonant, commandeur de Villedieu en Dreugesin, fit rapport que « les chapelles de la Villedieu-Feuillet, paroisse du Mage sous l'invocation de saint Jean-Baptiste, de la Villedieu, paroisse de Manou, dédiée à sainte Catherine, de la Renardière, paroisse de Manou, dédiée à sainte Apolline, et celle de Launay, paroisse du Rueil, dédiée à Saint-Georges, sont situées dans les lieux éloignés des habitants, de manière qu'il ne se trouve aucun ou très peu des habitants aux saintes Messes..... Qu'elles sont en mauvais état, etc. Il est d'avis qu'il seroit plus convenable de les réduire à deux, savoir l'une dans la ville de Dreux et l'autre dans le chef-lieu de la Commanderie. »
1. Charte CLXII. Le comte donnait par une autre charte du mois d'avril 1265 la Villedieu-Feuillet, paroisse du Mage, qui fut également rattachée à la Commanderie de Manou Charte CLXI.

M. Pinto, grand-maître de l'Ordre de Malte, rendit une bulle datée du 13 février 1758, par laquelle les susdites quatre chapelles devaient être démolies, les autels détruits, les ornements enlevés pour être distribués aux deux autres, et les messes, savoir 50 de la Villedieu-Feuillet, 50 de la Renardière, 50 de la Villedieu-Manou et 100 de Launay seront réunies savoir 180 à la Villedieu de Laongs qui en a déjà 100 et 70 à Saint-Denis de Dreux qui en a déjà 40.

La chapelle de Champagne étant une église paroissiale ne pouvait être menacée d'un pareil désastre. Seule celle de la Renardière a survécu à la terrible condamnation du Grand Maître de l'ordre, et à la tourmente plus terrible encore de la Révolution. Toutes les autres ont disparu.

Chapelle de Villedieu-Maurepas
Chapelle de Villedieu-Maurepas

Nous devons reconnaître que sauf la chapelle de la Boissière de Châteaudun, ces édifices n'offraient rien de remarquable ; l'archéologue n'a rien à regretter. Mais nous ne pouvons passer sous silence la belle chapelle de la Villedieu-Maurepas, paroisse d'Elancourt, ancien diocèse de Chartres, dont il est fait mention dans notre Cartulaire, p. 177. «  Cette chapelle, dit M. Morize (1), fut bâtie au XIIIe siècle, alors que notre architecture nationale avait atteint toute sa perfection... C'est un monument construit avec soin, décoré avec goût, il a 28 mètres de long sur 8 de largeur dans œuvre. Il se termine par une abside à cinq côtés. A l'angle de la façade est appliquée une tourelle d'escalier de forme octogone couverte d'un toit conique en ardoise. La porte au couchant a pour toute décoration une archivolte à pointes de diamant. Au-dessus, s'ouvre une des quatorze longues fenêtres (1 mètre 40 sur 6 mètres) qui éclairaient la chapelle. A l'intérieur, trois grandes travées presque carrées précèdent le chevet. La voûte sur croisées d'ogives s'élève à 11 mètres 80 au-dessus du dallage primitif. Les nervures, soigneusement appareillées et moulurées, ont pour supports dans la nef huit cul-de-lampe décorés de feuillage, et au chevet six gracieuses colonnettes. Les clefs de voûte sont toutes sculptées avec délicatesse. Une piscine à double cuvette, sous une arcade ogivale, occupe la place habituelle du côté de l'épître. Sept ou huit pierres tombales ont été, dit-on,retirées et dispersées lorsque l'on baissa le sol de la chapelle pour la convertir en grange. »
1. Le canton de Chevreuse, Tours, Deslis, 1892, page 84.

M. Morize accompagne sa notice d'un joli dessin de la chapelle ; M. de Dion a bien voulu nous prêter un autre cliché non moins intéressant, nous lui en adressons nos vifs remerciements.
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Liste des Commandeurs
La liste des commandeurs de la Villedieu en Dreugesin donnée par Mannier est à peu près complète, la voici avec quelques rectifications :
1 - Commandeurs de lu Villedieu en Dreugesin.
1165. Hugues de Dammartin.
1273. Laurent (Charte CLXXII)
1304. Fr. Renaut Dargeville.
Vers 1310. Richard de la Salle, devint commandeur de Renneville en 1318.
1332. Guy de Bauchery.
1355. Helin Beloy, également commandeur de Launay au Perche.
1370. Nicole Barillet (1).
1398. Jacques Tranchant, également commandeur de Launay.
1409. Jehan le Bouteiller, également commandeur de Champagne (1382) et de Launay (1398).
.........Robert Lestoc (2).
1421. Pierre Chippot (1436, 1453, également commandeur de Launay (1422-1455), de Saint-Victor et de la Renardière (1468).
1474. Adam Cadiot (al. Cadrot), également commandeur de Launay (1475).
1482. Pierre de Clouet (1490, 1500, 1502), également commandeur de Dreux (1480).
1505. Jehan de Clerc (1507, 1516, 1518).
1524. Georges Le Monyer, administrateur de la commanderie.
1525. Louis de Tinteville.
1. Mannier indique, en 1374 Robert de Juilly, grand prieur. Cette dernière qualité ne se concilie pas avec les fonctions de simple commandeur de la Villedieu; d'ailleurs nous avons trouvé Nicole Barillet encore en exercice en 1378.
2. Cité avant Pierre Chippot par le mss. 3367. f. 59.


1532. Pierre de la Fontaine (1541, 1547)
1548. Charles de Refuge (1552).
1555. Robert Dache.
1560. Louis de Mailloc, dit Sacauville.
1590. Alof de Wignacourt (1597), également commandeur de Dreux (1590).
1602. Louis de Morel, dit Cateville.
1621. Philippe de Namur.
1627. Noël Brulard de Sillery, conseiller du roi.
1642. Jehan d'O. (1651).
1655. Henri d'Estampes de Valencay, conseiller du roi, ambassadeur de France à Rome.
1671. Louis de Joigny de Bellebrune.
1678 Robert de La Val.
1699. Adrien Jallot de Beaumont, demeurant ordinairement à la Renardière.
1713. Charles-Martial Davy de la Pailletrie, chef d'escadre, inspecteur général des galères de France.
1718. Gabriel Charles-Bernard d'Avernes-Chaumont.
1731. Armand-Louis Foucault de Saint-Germain-Beaupré, brigadier des armées du roi.
1740. Victor-Féru de Rouville.
1742. Abdon-Victor de Riaucourt d'Orival.
1750. Anne-Hilarion du Plessis-Châtillon de Nonant.
1700. Eustache de Vauquelin.

Les lacunes de cette liste doivent, selon toutes les probabilités, être comblées par les noms des commandeurs des autres maisons, s'il est vrai que toutes furent réunies sous un même chef au plus tard à la suppression des Templiers.

Nous aurions ainsi outre ceux déjà cités :
2 - A Saint-Victor et à la Renardière. 1355. Hue de la Broce.
1373. Pierre de Caux.
1389. Amaury Dufour.
1409. Jehan Lemaire.
1450. Mathieu du Cresson.

3 - A Champagne. 1180. Robertus.
1356. Pierre de Lapion.
1373. Jehan du Tremblay, également commandeur de Dreux (1575).
1382. Jehan Bouteillou ou Bouteillon.
1390. Jehan de la Cour (1396).
1421. Isambert Leroux.
Sources: Abbé Charles Métais, Archives du diocèse de Chartres. Chartres 1902

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