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Les châteaux des Croisés et des Ordres Militaires

Château de Coliath - Qulei'at - L'histoire du Site
Le site est mentionné pour la première fois en 1127, lors de la donation par le comte de Tripoli aux Hospitaliers. Il est à nouveau cité en 1153 ; mais dans aucun de ces deux textes il n'est désigné sous le nom de castrum ni de castellum. Comme l'avait fait remarquer R.DUSSaUD, le nom arabe signifie «  les fortins  » : l'auteur a reconnu ici les trois fortins cités par le géographe al-Idrisi dans la baie de 'arqa, proposant d'identifier ces fortins avec Tell al-Kiri et Tell al-Biba, au nord de Qulei'at, enfin bien sûr ce dernier site. Il est également possible de penser à un autre tell voisin, celui de Tell Hahed ou al-aiad ; on peut se demander si justement le pluriel ne sert pas à désigner ces trois tells qui encadrent le promontoire rocheux de Qulei'at.
Voir Guide bleu du Liban, Paris, 1955, p.142, qui signale «  Tell ayat, sur la gauche, surmonté d'un petit monument sans style qui devait servir de poste de garde aux Croisés ou aux arabes  ». Voir carte IGN du Levant, dressée en 1933 par le Service Géographique de l'armée, 1/50.000e, feuille NI-37-XIII-3a, Halba, qui cite ces tells sous les noms de Tell Kari, Tell Bibeh et Tell Hahed.

En 1207-1208, lors d'une campagne menée contre les Hospitaliers, le sultan al-'adil Saif ad-din, frère de Salah ad-din, s'en empara, laissant la vie sauve aux défenseurs de la place ; il le ruina, mais n'y implanta pas de garnison. Quatre ans plus tard, Wilbrand d'Oldenburg y passa ; le château était ruiné. Le voyageur passa également dans une autre fortification appelée Manacusina que P.DESCHaMPS a proposé d'identifier à l'un des fortins cités plus haut.

En 1266, le sultan Beibars s'en empara, en même temps que de Halba et Tell 'arqa/archas. Il est peu probable que les Croisés le reprirent ; sans doute la petite fortification eut-elle un rôle à jouer pendant les cinq ans séparant sa prise de celles du Crac et de 'akkar. En 1282, un traité entre les Templiers de Tortose et le sultan d'Égypte signalait Qulei'at parmi les possessions des Musulmans, à côté de Hisn al-akrad, Safitha, Mi'ar (Burj Mi'ar, au sud de Qal'at Yahmur), Qal'at 'areima, Halba, 'arqa, Taibu, Qulei'at. On peut penser qu'après la prise de de Tarabulus/Tripoli par Qalawun en 1289, la place perdit tout rôle stratégique.
Sources : Paul Deschamps - Les Châteaux des Croisés en Terre Sainte, tome III, La Défense du Comté de Tripoli et de la Principauté d'Antioche. Editeur Paul Geuthner, Paris 1973

 

Château de Coliath - Description


Plan du Château de Coliath
Plan du Château de Coliath - Sources : Dessin de P. Coupel

Le château forme approximativement un rectangle de 64x57 mètres, cantonné de quatre tours carrées aux angles, et d'une tour rectangulaire par face. Il a existé deux portes dans l'enceinte : l'une, a, est percée dans la tour 6, l'autre, b, est percée entre les tours 1 et 8. Ceci peut paraître curieux pour une fortification d'une aussi petite taille : on verra que ces deux portes ne sont pas nécessairement contemporaines. A la première vision, le château paraît assez homogène, en particulier dans ses dispositions architecturales ; cependant, un examen attentif permet de déceler de très nombreuses reprises d'appareil traduisant des réparations, voire des reconstructions, confirmant ce qui ressort du caractère peu régulier du plan d'ensemble. En fait, la maçonnerie originelle se caractérise par un appareil régulier d'une hauteur moyenne de 37 cm, formé de pierres rectangulaires assez bien taillées, dépourvues de bossages : on est donc assez loin du grand appareil utilisé pour la première enceinte du Crac.

 

Château de Coliath - (el Qlei'at)
Près d'Archas, à 4 km au Nord-Est était le fort d'Albe (Halba). A 6 km au Nord d'Archas on rencontre à peu de distance du rivage, sur une légère éminence, à la jonction de la route venant de Tell Kalakh avec celle du littoral, le fort de Coliath qui paraît un ouvrage reconstruit par les Francs au XIIIe siècle. Coliath est la transcription de Qoulei'at, pluriel diminutif de Qaï'a. René Dussaud observe que ce pluriel al Qoulei'at signifie les fortins et qu'en effet il y avait là, à proximité, deux autres fortins aujourd'hui disparus.

Les Francs ont dû par la suite reconstruire Coliath. En mai-juin 1266 une armée de Beibars envahit le comté de Tripoli et enleva les châteaux de Qoulei'at, Halba et Arqa. Van Berchem observe que ces trois places formaient un triangle défendant Tripoli contre une attaque venant de Homs ; leur chute était le prélude indispensable à la prise de Tripoli.

Le petit château de Coliath, dans la plaine d'Akkar à 24 km au Nord de Tripoli, domine un mamelon à moins de 2 km du rivage. Nous avons dit que c'est la transcription de Qoulei'at qui veut dire les Fortins. René Dussaud observe qu'en effet, il y avait non loin de là deux autres forts aujourd'hui disparus : il les situe (carte V) à petite distance au Nord de Coliath à Tell el Kerré et Tell el Bibé. René Dussaud.
Wilbrand d'Oldenbourg en 1212 appelle l'un de ces deux forts Manacusine, après un séjour à Tripoli passe par là ... «  Aliquot igitur diebus recreati et in equis precedentes, transivimus Culicat et Manacusine que sunt duo castella a Sarracenis destructa... Et, reliquimus ad dexteram Crac... Ad eandem manum, vidimus Castelblans  » (Édit. J. G. M. Laurent, p. 169). Rey, Colonies franques, page 369 identifie Manacusine avec le petit mouillage d'el Mina Kabousi à la hauteur d'Arima, mais c'est impossible car les deux forts seraient éloignés de plus de 10 km.

Coliath fut donné par le Comte de Tripoli, Pons à l'Hôpital en 1127 (1). En 1153, on retrouve Coliath dans une confirmation par le Pape Eugène III, des possessions de l'Hôpital (2). En 1207-1208, Malik al-Adil s'en empare, le ruine et renvoie en liberté le commandant du Fort (3). Nous venons de dire qu'en 1212, Wilbrand d'Oldenbourg le voit détruit.

Enfin Aboul Féda nous apprend qu'en mai-juin 1266, Beibars s'en empara en même temps que de Halba et d'Archas (4). Van Berchem observe que ces trois positions formaient un triangle et défendaient Tripoli contre une armée venant de Homs.

Coliath est le type des petits châteaux de plaine ; son rôle défensif est médiocre ; il ne pouvait servir que de gîte d'étape pendant la nuit pour une troupe en campagne ou de refuge pour les pasteurs et leur bétail. Van Berchem l'a étudié en détail (5). Il consiste en une enceinte presque carrée (63 m X 56 m) enfermant une cour. Cette enceinte est munie de tours aux quatre angles et de saillants barlongs peu accusés sur trois fronts. Au milieu du front Est, le saillant est remplacé par une tour qui commande l'entrée ; cette tour est munie de quatre archères, une vers le Nord, une vers l'Est et deux vers le Sud. La tour de l'angle Nord-Ouest est plus haute que les autres. L'épaisseur des murs est de 2,20 mètres.

Le fort est construit de pierres à bossages avec reprises de pierres lisses. C'est bien sans doute la trace des restaurations de ce Fort effectuées après 1212 et nécessitées par les dommages que lui avait fait subir Malik al-Adil en 1207-1208.
1. « ...deinde donat villas Coliath, Aroath... » Cartulaire des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, tome I, pages 76-78, n° 82, Rohricht, Reg., page 29, n° 118.
2. Cartulaire des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, tome I, page 167, n° 217. — Rohricht, Fteg. add., p. 19, n° 280 b.
3. Ibn el Athir, Kamel..., Historiens Orientaux des Croisades, tome II, page 106.
4. Aboul Feda, Annales, Historiens Orientaux des Croisades, tome I, page 151.
5. Van Berchem, Voyage en Syrie, pages 131-135.

Sources : Paul Deschamps - Les Châteaux des Croisés en Terre Sainte, tome III, La Défense du Comté de Tripoli et de la Principauté d'Antioche. Editeur Paul Geuthner, Paris 1973

 

Château de Couliat (Qoubai'at)
Dans la baie d'Arqa, Idrisi signale une petite ville populeuse dont le nom Ras el-Hisn indique à la fois qu'elle se trouvait sur un contrefort montagneux et qu'elle possédait une forteresse. Ces conditions sont remplies par la croupe au pied de laquelle s'élevait, selon Idrisi, la forteresse d'Artousiya, ou encore par le contrefort plus retiré dans les terres qui porte le gros bourg appelé aujourd'hui Sheikh Mohammed, immédiatement au nord d"Arqa et de Halba.

Idrisi cite encore dans cette baie trois fortins d'identification malaisée. Le plus voisin de Tripoli portait un nom que les manuscrits ont certainement déformé, car il se présente sous des formes diverses, peut-être Loutourous ou Loukourous. Le suivant, el-Babiya, se dressait au bord d'un fleuve du même nom ; le troisième était le Hisn el-Hamam. Ces trois postes étaient reliés l'un à l'autre par un mur, ce qui témoigne qu'ils étaient peu distants.

Le nom de l'un d'eux se maintient encore au Tell el-Bibé, près du Nahr 'Akkar. On peut en déduire immédiatement que ce fleuve s'appelait plus anciennement Nahr el-Babiya. D'autre part, dans le voisinage de Tell el-Bibé on trouve un fortin bien connu Qoulei'at ou Qlei'at (1) et une position Tell el-Kerré, qui a bien pu être organisée pour la défense. Cet ensemble fortifié expliquerait l'emploi du pluriel el-Qoulai'ât, «  les fortins  », conservé même dans les transcriptions franques du moyen âge (2). Ce n'est qu'après la disparition des fortins de Tell el-Bibé et de Tell el-Kerré que le nom, au pluriel, a dû rester attaché au Qlei'at actuel. Un des deux fortirs adjoints à ce dernier a porté aussi le nom de Manacusine.

Ce dernier, le plus rapproché de Tripoli, aurait, si l'on en croit Idrisi, porté le nom de Loutouros qui — si c'est bien ainsi qu'il faut lire — pourrait s'expliquer comme une déformation d'(è)leutheros, nom ancien du Nahr el-Kebir. On aurait ainsi la preuve que ce poste fortifié existait déjà avant l'époque arabe. Le «  plan carré et la disposition régulière de ses saillants  » n'y contredisent pas. Cela reculerait quelque peu, dans le temps, l'existence de cette forteresse dont, dans l'excellent historique qu'il en a donné, Van Berchem ne trouvait pas mention avant la cession à l'Hôpital, au XIIe siècle.

Localisation de Qoulai'at
Localisation de Qoulai'at — Sources : René Dussaud

Il faut chercher aux environs d'Arqa le fortin de Tayibou, mentionné dans le traité de 1282 entre les Templiers de Tortose et le sultan d'Egypte. Les possessions du sultan sont énumérées dans l'ordre géographique : Hisn el-Akrad, Safitha, Mi'ar, 'Areimé, Halba, 'Arqa, Tayibou, Qoulai'at. Or, il existe une localité du nom de Sheikh Taba, à peu de distance à l'est de Halba, qui doit être la transformation, en un sheikh imaginaire, du nom de Tayibou.
1. Prononciation vulgaire d'el-Qoulai'ât, pluriel du diminutif de Qal'a. Sur ce fortin, voir Van Berchem, Voyage, tome I, page 131 et suivantes.
2. Ainsi «  le Gouliat  » dans Annales de Terre-Sainte, Archives de l'Orient latin, tome II, 2, page 452. Cela répond à la question que se posait M. Van Berchem, Voyage, tome I, page 132, note 3 : «  Cette forme [grammaticale] trahit-elle l'existence, à l'origine, de plusieurs ouvrages séparés ?  » — Cela change aussi les conditions du problème au sujet du vocable «  villa Couliat  » qu'il ne nous paraît pas possible d'identifier avec Koubaiyat ou Qoubai'at au pied du Djebel 'Akkar. Déjà Rohricht, Zdpv, tome X, page 257, note 10, a remarqué qu'une ruine ou khirbé, non loin de Qlei'at, pouvait représenter le bourg médiéval de Coliath.

René Dussaud, Topographie Historique de la Syrie antique et médiévale, pages 90-91. Librairie Orientaliste Paul Geuthner. Paris 1927

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